mercredi 17 juin 2009

France de 10km, karim à Andrezieux

Voilà encore un courrier que j'ai reçu, c'est du pur Karim, nous nous sommes vus juste après ce message mais je n'avais pas eu le temps de le lire alors découvrez avec moi "l'ambiance" :

... j'ai eu le temps d'ecrire mes impressions sur cette course de championnat.

Je n'ai pas l'habitude de faire ça pour des 10 km car ça passe trop vite pour racotner quelque chose d'interessant, mais là ça valait le coup tellement c'était bon, tellement c'était dur, tellement les coureurs qui ont explosé sont de mauvaise foi.

Alors qu'on était dans la voiture avec Jacques, direction Andrezieux-Boutheon, je scrute l'horizon ...
Nord, Sud, Est et Ouest, même constat: pas même un putain de petit nuage.
On est sous une sphère bleue, chauffés à blanc par le soleil.
Je dis à Jacques "sérieux, on s'est levés super tôt un samedi matin, prit le train pour Lyon , et nous
voilà en pleine campagne en voiture pour aller courir dans une fournaise pas possible...faut vraiment être timbré".
Jacques acquiesce.


Arrivés à Andrezieux, c'est une fournaise pas possible.
On rejoint quelques amis et essaye de trouver le retrait des dossards et on en profite pour faire une p'tite reconnaissance du parcours.
Il est 15h20 et moi j'ai déjà super chaud et je vois déjà quelques coureurs inconscients ou abrutis, trotter pour s'echauffer 2h avant leur course.
Une fois le sésame récupéré, je choppe mes affaires, bouteilles d'eau, carbo-cake, rouleau de PQ, et je me refugie vers une zone ombrée à côté du Parking.
Tout le monde essaye de dénichier une place à l'ombre et ne plus bouger.
L'ambiance est bizarre...même les speakers ont l'air ecrasés par le soleil.

Puis on entend le coup de pétard de la course Open, il est 16h...puis silence...
De temps en temps le speaker donne des infos...km 4, secours demandés. km 8, secours demandés...
arrivés, secours submergés, annonce des officiels: toutes les courses des championnats retardées de 30min.
Pourquoi 30min ? Juste pour absorber la déroute des coureurs de la course Open ; ça promet.

A 18h, les vétérans se lèvent, direction l'echaffaut, bye bye Jacques.
Allongés dans l'herbe avec Paulo, on les voit passer à travers les grillage...et c'est parti très vite malgré
les recommandations des officiels au micro avant le départ, allez-y molo les gars quoi !
Tu parles, pas plus tête brulée qu'un Vétéran !

Au km 5, ils sont dans des temps respectables...Mais au km 9, on se rend compte que pas un seul ne passera
la barrière des 32'...Ca en dit long sur les conditions de course et leur départ trop rapide.
En-effet, le champion de France V1 finit dans le dur en 32'17"...

Jacques revient après 38' d'effort, lessivé...il nous dit simplement: "l'enfer sur terre"
Et un nombre important d'abandons et de malaises à l'arrivée.
Moi le stress commence à monter, ça va être une belle baston de championnat.
Je suis excité comme un gamin la veille de Noel ;o)
En attendant, on reste allongés, on ne bouge pas, on boit et on ne s'éparpille pas.


Bon 19h20, il est temps de se préparer...Je trotte avec Paulo doucement.
Mes pulses bien qu'assez basses au repos, montent effectivement vite même en trottant...normal.
Va falloir jouer serrer et limitter la casse.
J'exulte, glousse, me lèche les babines, comme Homer simpson devant des Donuts.

On commence les lignes droites, et malgré tout, mes sensations sont très bonnes et la foulée assez légère.
Faut dire que là, j'arrive pour cette course après une super prépa calibré au millimètre, je suis affûté comme une lame de rasoir.

Je trempe mon bandana dans l'eau froide avant de me le foutre sur la tête.
On rentre dans le SAS et on attend notre tour.

La tension est palpable car chacun est conscient que la course va être très dure, très vite.
Côté chrono, on n'est pas dupe, ca sera pour une autre fois.
Dans ces conditions là, ce qui est bien, c'est que même un coureur potentiellement plus rapide en condition optimale, n'est
pas sûr du tout de finir devant un coureur moins rapide mais plus teigneux.
La chaleur, la difficulté de la course change la donne, le mental prend le relais très vite, le chrono ne sert plus à rien.
En outre, même à ce niveau, on sait que même les coureurs les plus aguerris commettent toujours la même connerie: partir trop vite.

Pan c'est parti...et c'est la bousculade ! Paulo tombe lourdement devant moi ! Je l'enjambe de justesse.
Je me retourne, je ne le vois pas se lever, j'hésite à retourner le voir.
Ouf je le vois se relever et reprendre la course cahin-caha ; je continue dans ma lancée sans mon camarade de course. Snif.
Hallucinant, j'étais dans le SAS préférentiel, et malgré tout après le départ je me suis quasiment retrouvé dans les derniers !
Z'êtes fous les mecs ! On se revoit dans 4 km !

Putain que c'est dur ! Le bitume est brulant bordel, et les jambes en prennent plein la gueule.

Au bout de 3km, le constat est simple, je suis dans le dur, la gorge seche.
Je passe les kilo en 3'22, 3'18, 3'21, incapable de tenir l'objectif de 3'15", ça serait du suicide.
Je me mets en mode championnat et remonte coureur sur coureur.
C'est très simple, du 3ème kilo jusqu'à l'arrivée, personne ne m'aura doublé et j'ai remonté un sacré paquets de coureurs
dont certains à l'agonie. D'autres ont mis le clignotant brutalement en maudissant le soleil.

Le parcours en lui même n'est pas difficile, je le trouve même plutôt pas mal. Il passe dans zones pavillonaires où les riverains ont été
vraiment sympas à nous encourager et à nous arroser avec leur jet d'eau.
C'était une bénédiction, et sans ça personnellement je n'aurai pas tenu le coup.
La chaleur était lourde, envahissante.

A partir du 5ème kilo la FC passe directe à 190...putain ça promet une belle fin de course mais pas question de ralentir
on maintient la cadence et advienne que pourra.
Bizarrement je me surprends à accélérer un peu, je repasse dans kilos en 3'20, 3'21, 3'22"...3'26" aïe un faux plat.
J'essaye de gérer au mieux la chaleur, c'est dur mais ca l'est pour tout le monde.

8ème kilo, je remets un coup d'accelerateur, je frôle les 195...ouh la on se calme, j'approche de la zone écarlate.
Enfin le 9ème, un gars me rejoint, rapide coup d'oeil sur le chrono, ça va être chaud de passer sous les 34',
mais si je me donne à fond, si je sers les dents, si j'oublie mon envie de degueuler, de m'arrêter et de souffle, et mon envie de plonger dans un tonneau
de bière fraiche...alors ça peut le faire.

Le pire dans tout ça, c'est que mes sensations sont bonnes et je prends un max de plaisir à me démener dans cette foutue fournaise.
Un pied terrible. Je passe devant quelques gars que je connais vaguement et je sais que leurs chronos sont normalement meilleurs que les miens...gnarf gnarf gnarf...
Ils sont mal, je leur passe devant, et j'aime ça.

L'arrivée se passe sur un stade, c'est toujours chouette d'arriver sur un stade.
Bon sang 300m à courir, on s'approche de l'arrivée et je vois le chrono: 33'28" ô putain je me dis, là maintenant tu te bouges
le cul et tu passes sous les 34', faut sauver l'honneur et la qualif !
Je sprinte, je vole, je double 3 autres gars par la même occasion, je passe la ligne d'arrive en 33'54" au scratch!

Je suis dépouillé, lessivé, le cardio dans les hautes sphères himalayennes.
C'est une des courses les plus difficiles que j'ai couru avec le Marathon de Paris en 2007.
Peut-être parce que les conditions ont fait qu'on retrouvait l'ambiance de baston des cross qui sait ?

Moi, j'ai trouvé ça motivant, un poil excitant.

Que du bonheur quoi.

Karim ATIKI

10 commentaires:

Bruno a dit…

Bravo Karim !

Tu parles des cross à la fin, j'y pensais de plus en plus au fur et à mesure de ma lecture.
Je suis d'accord avec Charlie, je suis sûr que les cross nous amène le petit plus qui permet de transformer un course honnête en super performance.

Le chrono, c'est dommage mais c'était pas le jour vu les conditions. Mais la place est superbe ! Ca vaut un record. Tu es dans la cours des grands maintenant, tu fais briller nos couleurs. Chapeau !

Oliv a dit…

ça fou vraiment la patate de lire tes comptes-rendu Karim. Superbe gestion de course, on a vécu la même chose j'en tremble de bonheur à lire ce que tu écris.

Thierry a dit…

salut Karim,
ton CR m'a fait transpirer à grosses gouttes et mêler à des frissons de bonheur, il me tient une fois de plus en haleine jusqu'à la fin. Bravo et merci.

michel a dit…

bravo karim
tu ne lache rien et tu a fais une course parfaite , joli cr est la qualif est la meme si tu avais les jambes pour faire beaucoup mieux , a cette canicule ....

Anonyme a dit…

la chaleur est bien l'enemi du coureur,et dans ces conditions il est bien difficile de realiser de grand chrono.
pourtant karim obtient un resultat
remarquable en temoigne son chrono
33m52s
bravo karim
a+laurent

Anonyme a dit…

Ouah , respect pour ta perf Karim , tu as aussi bien géré ta course que l'attente , les prochains 10 km vont être très interessants pour toi... je suis impatient.
Bonne récup.

Bruno C

cedric a dit…

tres beau recit et quelle niac tu as!!!
un tres beau chrono ,vu les conditions
bye

Karim a dit…

Salut à tous compañeros,
content de vous lire à mon tour.

Comme le souligne Bruno, je suis aujourd'hui persuadé, que sans les cross je serai bien incapable de sortir une course comme ça, à l'arrache, en m'accrochant à la foulée du mec devant moi.
Sûr !
Au plaisir.

Karim

Raphaël a dit…

Bravo Karim
Ton CR me donne la pêche pour aller s'entrainer.

Merci

Mounir a dit…

Bravo Karim.