jeudi 9 juillet 2009
La limace et les lapins !
Pendant que je faisais la limace, les lapins, les coureurs rapides, mes copains du club se voyaient et se motivaient pour la saison prochaine. Allez voir l'article sur le blog de mon club .
samedi 4 juillet 2009
grand raid 56 la grosse journée de samedi
Samedi 27 juin, sur le tour du Golfe du Morbihan, ce sera 24 heures, mais pas avec jack Bauer, pas 24 heures chrono mais 24 heures sano, lentano,
Une semaine après le départ du tour du Golfe du Morbihan, faisons un point, un blog est un journal qui est publié sur Internet, c’est sans doute intéressant de savoir qu’il y a des millions de bloggers qui racontent leur quotidien, c’est sans doute important pour eux d’écrire, en tous cas, c’est presque futile pour moi car pour me répéter, cela contribue à donner un sens à ma vie. Le presque vient du fait que certes, si je ne pondais plus de papier sur mon blog, ce ne serait pas important mais cela enlèverait mon plaisir de « parader » et parmi mes moyens d’expression c’est quand même celui qui touchent peut-être des centaines de lecteurs ; c’est l’outil google analytics qui me dit qu’il y a des centaines de visiteurs alors, allons y gaiement continuons à nous faire plaisir.
Le mois de juin est fini. La période des examens est passée pour ceux qui n'ont pas d'oral de rattrapage. C'est le cas de mes enfants.
Mes trois premiers enfants Camille, Julien et Pierre ont passé leur bac (Marie, la quatrième et dernière est encore trop jeune), chacun se différencie sur sa capacité à produire un texte « philosophique » . Ce n’est pas celui qui fait des études supérieures qui semble aimer le plus la philosophie, la recherche de la compréhension des écrits des philosophes allemands, français , chinois; c'est Julien mon menuisier de fils qui m'interpelle le plus question "sagesse".
Mes enfants et moi, étant d’origine vietnamienne donc asiatique, ne devons-nous pas approfondir les messages laissés par Confucius, Bouddha et autres penseurs orientaux? Dans mon enfance, paradoxalement, j’ai été abondamment baigné dans la Bible, j’ai eu une période de rejet, aujourd’hui je ne me positionne pas aussi franchement anti-clérical sauf quand il me revient des sursauts des réactions viscérales d’étudiant d’extrème gauche.
Que les modérés se rassurent, je n’en suis plus, l’age, le recul me portent vers le confort de l’équilibre, d'une « voie du milieu »
La culture occidentale est empreinte de la notion de souffrance, de sacrifice, certains y voient un chemin pour « communier » avec … je ne sais quel être vivant, mythique, mystique ou mort. Dans d'autres civilisations, on brûle des monnaies factices pour les envoyer vers les ancêtres. De temps en temps, on apporte des repas qu'on laisse devant l'autel pour un partage virtuel.
En tant qu’asiatique j’essaie de comprendre comment est perçue la vie par d’autres cultures où visiblement la philosophie dominante a imposé au peuple une énorme dose de résignation ou tout du moins véhiculait l’idée que le bonheur résidait dans le respect des anciens et sournoisement dans le respect de l’ordre établi.
Des idées faisant croire que l’individu était important devaient sans doute apporter le chaos si chacun de ses êtres importants devenaient des millions.
Cette introduction semble déplacée dans un papier sur la course à pied, cependant quand je me rappelle les points importants de ravitaillement et de secours, tels Larmor baden, Vannes, Sarzeau, je ne peux oublier des pieds en très mauvais états et les coureurs avec des visages marqués par la souffrance et cela me pousse à chercher un sens à tout cela. Sur l'ultra, l'endurance des muscles est certes importante mais l'alimentation est aussi primordiale. Les ampoules, les muscles fracassés peuvent anéantir un long raid et j'ai aussi vu des coureurs sous perfusion car ils n'arrivaient pas à s'alimenter. L'intégrité physique et mentale doit être de mise. N'ai-je pas aussi une responsabilité morale et ne dois-je pas encourager les apprentis raideurs à rester raisonnable, à quand même rester "sage".
Si je devais laisser une trace sur mon passage sur terre, j’aimerais que cela soit plus que des plans d’entraînement pour une quelconque course. Si on devait se souvenir de moi, j’ai la naïveté de croire qu’on se remémorerait de ma quête de sagesse(s), de ma recherche de signification(s) à la vie, de mon envie énorme de partager mes connaissances issues de mes propres expériences et de celles de mes amis coureurs que j’entraîne. Tel robin des bois, je vole l'expérience aux "riches" c'est à dire ceux qui en ont beaucoup pour donner à ceux qui sont "pauvres".
Si l’on combine des éléments mesurables avec d’autres plus subtils et subjectifs, on obtient de quoi faire progresser soi-même et si possible ceux avec qui on communique, ceux à qui on veut "donner", vous les lecteurs tenaces et endurants tout du moins du point de vue persistance sur mon blog.
Pour le mesurable, regardons ce dont je me souviens ou ce que j'ai dans mes appareils : distance, (kms) durée, (heures) FC, (pulses) tension artérielle (SYS systole et DIA diastole en mmHg millimètres de mercure), température. (°C) La température était tout simplement estivale et je ne l’ai pas retenue, c’est comme si je voulais oublier que j’ai eu chaud, très chaud et puis somme toute, c’est normal fin juin dans ce beau coin de Bretagne Sud.
Pour ce qui a trait au cerveau, là je n’ai pas de capteur, pas de mesure, mais des termes plaisir, euphorie, souffrance, endurance, confort, inconfort, ennui, envie, « le pied », la "cerise" et d’autres.
Le redémarrage de Larmor Baden a été vers 1h30 du matin. Je quittais la salle de repos avec des voisins sous perfusion, des voisins aux pieds bandés, non pas comme dans les vieilles traditions chinoises pour faire joli mais strappés à cause des ampoules. C’était 8 heures après le départ. C’était 51,95 km parcourus. J’avais dormi en tout et pour tout zéro heure zéro minute. La prochaine fois, je ne boirai plus de coca, le soir ça énerve et j'attendrai un peu plus tard pour la pause, j'emporterai un masque pour les yeux et des boules Quiès pour mes oreilles. Ma discussion sur les qualités des artères avec un médecin m’avait bien plu, j’étais content de faire ma petite expérience avec mon tensiomètre à prise au poignet, celui-ci ne me "coûtait" que 200g dans le sac. Au ravitaillement de Mériadec, à la nuit naissante, ma Tension avait grimpé à 211 107 ma FC 107, étonné, je reprenais la tension une deuxième fois et cela donnait 209 99 et FC 139. Ce qu’il faut noter c’est qu’il n’y a pas de rapport entre FC et TA. A l’arrivée à Larmor Baden j’avais 131 103 et ma FC à 107. Alors que je reprenais la route cela donnait 153 99.
La TA Tension Artérielle est un des aspects mesurables. Mon côté "sciences dures" est aux anges et il pourra à la prochaine visite chez le cardiologue discuter de cette expérience. Mais ce qui reste côté mental, c’est surtout qu’en attaquant ma vraie nuit de course, j’étais heureux comme un enfant qui a un nouveau jouet, pas le tensiomètre mais le terrain, la course dans la nuit, l'envie était énorme.
C’était l’euphorie, au début j’étais bien protégé, j’avais enfilé un coupe-vent et mis le sac par dessus. Ensuite, la douceur de la température ajoutée à la chaleur due à la course m’ont fait m’arrêter et je n'ai gardé en haut que le T-shirt technique encore sec, il était venu avec la navette des sacs, j’avais aussi changé de sous-vêtement, mon cuissard shorty ne m’incommodait pas, mes bijoux de famille étaient "intacts" contrairement à Guerlédan, mes sparadraps sur la poitrine tenaient bon. Ma frontale était impeccable, mes lunettes n’avaient pas de buée. Pour résumer, c’était tout sauf l’inconfort de la fin de course à Guerlédan. Les trails se suivent et je gagne en expérience sur le choix des équipements. Grace à des discussions avec des anciens de ce raid, j’ai opté pour des chaussures de route au lieu de mes trails qui certes me protègent mais en même temps n’amortissent pas du tout et cela me fait mal sur le bitume. Ce sera encore un point à peaufiner pour mon prochain gros objectif d’ultra, chaussures de trail ou chaussures de route.
Cette nuit est noire, la lune ne présente qu’un fin croissant, ma lampe est bien fixée au front et en étant vigilant, je regarde à un ou deux mètres devant moi, le faisceau est stable alors que quand je mets la lampe à la ceinture cela n’arrête pas de bouger de droite à gauche, cela révèle que mon bassin bouge et c’est normal car j’ai une foulée qui est à la limite de la marche athlètique, elle est très économique mais je fais bien attention à lever la pointe et à monter le pied en quittant le sol. Cette foulée, je l’ai travaillée sur mes sorties en endurance afin de ne pas taper les racines et les pierres affleurantes, car à Guerlédan, j’avais énormément souffert des multiples chocs qui provoquaient des débuts de contractions-crampes. C'était très désagréable. Là c'est un grand motif de satisfaction.
C’est encore et toujours le plaisir de courir ou trotter en endurance. J’ai beau savoir que je suis très loin dans le peloton, j’ai la sensation d’être tout simplement à ma place. Mes muscles sont comme intacts, mon souffle est bien sûr facile, si il n’y avait pas à rester vigilant, je me mettrais facilement en mode "veille" comme sur cent-bornes. Pour expliquer mon mode veille, c’est comme si le corps continuait à bouger avec ses mouvements renouvelés à l’infini sans intervention de la volonté du cerveau, comme les reflexes en quelque sorte. Il y a longtemps que la course est démarrée alors maintenant, tout baigne dans l’huile, le moteur ronronne, mettons le pilote automatique. Là non, pas le droit au pilote automatique sinon c'est la chûte assurée. La FC est bien basse, enfin c’est ce que je crois car elle est souvent en dessous de 130.
Puis, alors que je ne m’en suis pas aperçu, la fatigue s'est bien réinstallée. Sur des faux plats que je prenais en trottinant, je n’arrive plus à les grimper sauf en marchant, voilà le moment que je redoutais, j’ai sommeil, là plus question de courir ni même de trottiner, cela devient dangereux. Seulement voilà, quand je ne trottine plus, mon corps ne dégage plus autant de chaleur, je remet le coupe-vent par dessus le sac et j’avance comme je peux. Ce n’est pas vraiment l’ennui qui me gagne mais en tous cas il n’y a plus de plaisir, cela devient dans ma tête : « il faut y aller », c’est comme quand on a un job à terminer, il ne faut pas le repousser à plus tard sinon, on se retrouvera coincé par le temps, il y a une "dead line", en course il y a l'élimination pour pointage hors délai. Dans ma tête, c’est maintenant, la question : « puis-je m’arrêter et dormir un peu ? ». Un moment je trouve un banc et une table un peu décalés par rapport au parcours, je peux m’y reposer . Très rapidement le froid me prend et je repars pour ne pas risquer d’attraper quelque chose de grave. L’ultra est formidable, grace à la durée de ses épreuves, on peut passer par plusieurs états, plusieurs fois, l’euphorie est éphémère et précède une dépression, avec de la chance, on connaît le milieu, la sérénité du temps qui passe et c'est précieux. Il y a à peine une heure je me sentais des ailes et maintenant je ne pense qu’à avancer en marchant pour atteindre un futur point où je pourrais me reposer, m’allonger, dormir.
Quand j’étais adolescent il m’arrivait de m’endormir n’importe où, dans n’importe quelle position, couché bien sûr mais aussi assis et même debout calé dans un coin d’un hall de gare.
Là, l’habitude de toujours dormir dans un lit m’a privé de ce luxe, de cette capacité d'adaptation au milieu. La nuit devient très longue, je n’ai plus un cerveau qui se pose des questions existencielles, la métaphysique a disparu, ce serait à la limite du "sauvons notre peau, après on verra". A un moment, deux raideurs me doublent, celui qui est devant donne des consignes pour un rdv à son copain et ce dernier reste marcher à côté de moi. Quelques instants après, rassuré par cette présence amicale, je me met en mode "marche dans les pas de l’autre", ma frontale n’est même plus nécessaire car mon confort réside en la confiance de mon compagnon « d’infortune ». Plus tard alors qu’il reprend du poil de la bête il se met à trottiner et moi, toujours dans le même mode, je trottine. Cependant, après m'avoir laissé passer devant, il finit par me dire : « je reste avec toi, tu ne tiens plus debout, c’est dangereux tu vas tomber » alors je lui fais bien sûr confiance encore plus que jamais et mes seules paroles répétées sont : « quand est-ce qu’il y aura le ravitaillement ?», il me répond quelque chose que je ne comprends pas. A un moment, j’ai peur qu’on se soit perdu alors il me demande de rester là et il va voir plus loin. Ouf il me dit qu’il a repéré une balise alors on continue. Je ne suis plus lucide j’ai l’impression qu’on tourne en rond, en fait c’est presque vrai car à certains endroits on passe d’une rive à l’autre d’une rivière qui fait des méandres …
La nuit s'en va, c’est déjà çà, le soleil n’est pas levé, c’est la fausse aube, c’est le lumière indirecte et tout semble gris.

Nous arrivons à un ravitaillement en effet, mais il n’y a qu’un lit de camp et il est occupé, par un gars qui a abandonné et il attend la navette qui va le rappatrier. Nous sommes plusieurs raideurs à discuter avec les bénévoles et je décide ne de pas m’attarder car je veux trouver un lit !
Quelques centaines de mètres plus loin je trouve un endroit où un lit d’herbes et de fougères me semblent confortable. Je m’installe regarde l’heure et je m’endors ... enfin.
Si j'avais l'humeur massacrante, je dirais que c'est un boucan qui me réveille, or, mes yeux s'ouvrent doucement alors que ce sont les chants des oiseaux qui me disent, "il est temps" En effet, il est temps, une voix intérieure m'invite à me lever et trottiner, je regarde ma montre, cela ne fait que 5 minutes de sommeil mais cela m'a revigoré.
Alors que sur les bords de l'eau ça tourne, ça vire, les racines et les pierres menacent, je lève la tête et j'aperçois le soleil, la surface de l'eau est complètement sans ride, il n'y a pas de vent et on entend bien les oiseaux chanter, il y a toutes sortes de mélodies ce qui montre la variété des espèces. C'est un instant d'éternité. Il n'y a pas âme qui vive alentour, je suis serein, j'aime tout simplement.
Par moment le chemin nous éloigne du bord de l'eau, nous longeons des zones avec des maisons magnifiques, des châteaux, qu'on devine derrière des grilles, leurs habitants sont encore dans leur grasse matinée, la mienne n'a pas duré longtemps. Le chemin me ramène au bord de l'eau, et c'est un paysage enrobé par la brume que je découvre.
Pendant que je prend des clichés, une coureure me dépasse, sans bruit, elle m'adresse juste un regard avec des yeux fatigués qui restera gravé dans ma mémoire, je reverrai ce visage plus tard au prochain ravitaillement, c'est vrai qu'à nos allures, nous restons quelques minutes sans nous pénaliser au chrono qui ne veut rien dire et cela permet aux bénévoles d'avoir un peu de conversation avec les raideurs.

On me demande si Conleau est proche, je n'en sais rien. Plus tard, je rencontre des joggeurs matinaux sur les berges du Vincin, ils me confirment que Conleau est à 3 km. Pour avoir fait le marathon de Vannes, je sais que c'est un passage magnifique et qu'il n'est pas très loin du port donc dans ma tête cela signifie que je suis proche de la grande pause du milieu du raid.

La tête va bien alors les jambes tournent bien, mon allure est maintenant décente, c'est la promesse d'une très prochaine récompense ... je vais dormir dans un lit de camp à Vannes Chorus.
Passé le pointage de Conleau, j'accélère encore, sur la partie avant que je ne me booste, j'étais à une moyenne de 107 pulses et quand j'attaquais je grimpais à 120, là je fractionne à cause de passages piégeux avec racines et en FC haute je grimpe à 130 même à 139 quand j'atteinds Chorus, c'est un véritable sprint aux environs de 10km/h. En effet, il faut se donner quelques repères, la nuit j'ai tourné à une moyenne de 5 km/h en comptant les arrêts. Ma FC de croisière est à 107, cela paraît incroyable quand je pense qu'en étant à fond je suis en séance VMA à 175 environ, dans les cross et les 10 bornes j'arrive quelquefois à grimper vers le 183 et là une approche des 140 et c'est le max.
Enfin je suis à l'hébergement, je prends soin de manger pour avoir le ventre plein et cela m'aidera à m'endormir. Une bénévole me propose le plat désormais connu de coquillettes, jambon, gruyère (même si c'est de l'emmenthal) , c'est Byzance! elle m'offre une bière, ... sans alcool, sa fraîcheur (celle de la bière) me fait énormément de bien, je ne traîne pas à table sauf à discuter un peu avec un coureur belge, je récupère mon deuxième sac et je fonce chercher un lit de camp. Je déballe mes "cadeaux", il y a un sous vêtement , un T-shirt, des pansements au cas où ceux que j'avais depuis le début n'adhéreraient plus, des lingettes, que je vais mettre dans mon sac à dos, mes prunes vietnamiennes salées-sucrées, c'est ma confiserie très personnelle. Ces prunes sont d'un goût inimitable, celui qui me reste de mon enfance quand les parents revenaient du Viêtnam. Je fourre aussi des barres de pâte d'amande, de pâte de fruit, des barres de céréales au cas où j'aurais une envie entre deux ravitos. En fait je n'en aurai pas. Je reprends ma tension artérielle. Ma TA est basse comme un jour "normal", sans raid.
Mes chaussures, mes chaussettes, mes booster enlevés, je m'endors la couverture sur la tête pour m'isoler de la lumière et un peu du bruit. Comme j'ai enregistré ma courbe de FC, aujourd'hui, je constate qu'à la fin du sprint pour atteindre chorus, j'étais monté à la FC 140, à table j'étais descendu à 90 et lors de mon sommeil c'était descendu à 75. Ce n'est quand même pas les FC basses constatées au repos lors de mon sommeil à la maison où je descends à 40 au creux de la nuit et me réveille à 60.
Une demi-heure après, je me réveille avec l'envie d'y aller, je me suis refait la "cerise" TA 127 76 FC 81 alors, je fais l'inverse de tout à l'heure (booster, chaussettes, chaussures remis, la prochaine fois je mettrais un paire de chaussette en plus), je passe au ravito remplir ma poche à eau, je sais qu'il fera chaud, voire très chaud et je la remplis intégralement avec de l'eau gazeuse en me disant je n'aurais peut-être pas besoin de sucer mes prunes "spéces" car la Badoit est bien chargée en sels.
En quittant Chorus je constate qu'il fait vraiment chaud, le parcours est en sens inverse du marathon, je dois passer sur l'autre côté du bassin des voiliers et je serai pointé à la capitainerie un peu avant midi. Maintenant je m'aperçoie que cela fait 18h30 depuis le départ. Avec un raisonnement simpliste cela donne 37 heures au total, oui mais ... la deuxième partie ne sera pas équivalente à la première. Quand je dépasse la capitaineire, je vois d'autres raideurs en face, je me rend compte que je ne suis pas dernier, pourtant il ne restait pas beaucoup de sacs à Chorus.

Direction Séné, encore une petite dose d'euphorie, j'ai l'impression de courir et même courir vite, sur les sentiers, je n'arrête pas de doubler , j'alterne du trot où je grimpe à une FC de 125 et je marche pour redescendre en dessous de 110 ... Bientôt c'est quelque chose d'autre qui va me rattrapper ! Les chemins sans ombre sont terribles, ça y est, mon corps réclame la sieste, c'est quand même trop tôt mais toujours à marcher au soleil cela commence à attaquer ma motivation, je pense déjà à m'allonger. Un coin ombragé m'attire irrésistiblement et j'y vais m'affaler, je ne parviens pas à dormir et je regarde passer un à un des coureurs, c'est quand même très très calme, ils ne me voient même pas, je prends une photo et je suis bien! La paresse m'a ratrapé.
Un groupe passe, alors je décide repartir, je vais m'accrocher et je n'aurais plus à gérer mon allure. Il me semble que le prochain ravitaillement est loin car cela fait des heures que je tourne dans Séné, cela fait longtemps que je suis passé dans le bourg. Un moment j'en ai vraiment marre et je vois un autre coureur allongé sur un banc à l'ombre, je lui dis qu'il a bien raison, je continue mon chemin en marchant, cela fait longtemps que les alternances de trot et de marche ont cessé, il n'y a plus que la succession d'un pied lent devant l'autre lent, ce n'est plus du fractionné, c'est ... la galère ... "rame, rame rameurs ramez ". Deux fois je me couche à à peine un demi mètre du chemin. Tant pis, je n'en veux plus, j'apprécie les lingettes pour m'essuyer d'abord le visage puis, des endroits qui lors de Guerlédan m'avait forcé à marcher en canard. C'est déjà un inconfort de moins ou bien si on est optimiste un petit bonheur en plus.
Port Anna, cela ressemble à un ravitaillement; eh bien non ! ce n'est qu'un pointage, mais on me dit que Séné, est proche, en fait c'est l'école de voile de Séné qui sera le point de halte. Là de toutes façons, c'est juste boire du coca qui me redonnera un peu de pêche. Le chemin le long des plages sera assez agréable, sauf que je jalouse les vacanciers en train de se dorer la pilule, enfin quand même la chaleur paraît plus supportable.
En fait Séné - Noyalo, ce n'est que 15 kms alors comme le soleil va être moins fort, cela sera plus facile et puis je me dis que mes copains qui participent au semi-tour me rattraperont et ce sera un grand moment à plaisanter à se traiter de tous les noms, je vais les traiter de petits joueurs et ils me diront que je suis un grand taré. En fait plus le temps passe et plus je redeviens un peu plus lucide, je crois que je fais une moyenne de 5km/h et je réalise que je vais mettre trois heures pour atteindre Noyalo. Mon moral en prend un coup. Plusieurs fois je me dis que je vais arrêter. Plusieurs fois je me répète qu'en fait je suis venu affronter la deuxième nuit. Donc je repars à trottiner d'autant plus
que je compte me faire rattrapper pas trop tôt, dans la nuit vers 23 heures avant d'arriver à Sarzeau.
A Noyalo, c'est fantastique! après avoir longé la route sur les bas côtés dans l'herbe toujours en devers, très désagréable pour mes chevilles, j'arrive au lieu du départ du trail 56. Là de nombreux spectateurs m'applaudissent parce que j'ai un dossard jaune et que cela signifie que je suis dans le grand raid: respect disent certains ! des spectateurs-supporteurs que je ne connais pas m'encouragent et puis soudain il y a de nombreux coureurs qui disent: "allez charlie" çà ils ne peuvent pas le lire sur mon dossard car c'est marqué georges-charles. Je reconnais un visage très sympathique, c'est en fait un groupe de coureurs de St James le club de mes amis johnny Delépine et bruno Charles, cela me fait un bien fou, et j'entends d'autres "allez charlie" j'ai la fatigue qui se mèle à un sentiment de fierté, après tout je dois avoir couru-marché environ 125 kilomètres, j'ai la larme à l'oeil, la gorge serrée, c'est une grande émotion. En plus Joëlle m'a appelé et m'a conseillé de dormir un peu à Noyalo, elle même a sommeillé une dizaine de minutes et elle a énormément apprécié.
C'est un passage vraiment bizarre que je vis, je crois que c'est là le ravitaillement où il y a foule mais une bénévole me dit que c'est plus loin, alors je suis une pancarte qui m'envoie sur un sentier, au bout de plusieurs centaines de mètres je me dis que je me suis encore perdu car j'ai l'impression d'être sur un chemin et je me demande si je n'ai pas raté l'endroit de la pause, je demande à des gens qui me rassurent en me disant que c'est un peu plus haut à droite, je continue et j'ai toujours un doute, en fait c'est en haut de Noyalo et j'arrive enfin au pointage.
Direction, le repos, je m'assoie à une table et une charmante femme me demande: "que puis-je vous servir, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? des pâtes, du jambon, une soupe ?" . Quelle amabilité, mon agressivité aux dossards a été remplacée par mon admiration des bénévoles. De plus, je discute avec Hervé Bec, un copain connu sur le forum ADDM et rencontré à Cheverny et avec qui nous avons échangé quelques mots sur Internet. Il passe en presque voisin, il est originaire de Bretagne, fait la navette entre Auxerre et Vannes, il est souvent là le WE dans le pays de Vannes. Bon après les coquillettes, jambon, emmenthal arrosé de bière sans alcool, direction le lit de camp dans la salle à côté, je dors 45 minutes exactement. Ma FC redescend à 80 juste avant que je me réveille. Je ne prends pas ma tension car mon appareil fait trop de bips sonores et je ne veux pas ennuyer mes voisins qui roupillent.
Au redémarrage, je constate que le peloton du semi-raid est là, il y a de nombreux coureurs à me doubler sur bitume et ensuite sur les chemins, c'est disons la galère. Ils arrivent à me faire perdre ma sérénité, certains me doublent et me disent bravo, respect, d'autres sont presque à me bousculer car ils sont dans leur trip, leur course, leur compétition, je passe mon temps à leur montrer de quel côté me doubler quand je les entends arriver. Franchement, çà me gave ! Je téléphone à mon ami jeanlou pour lui signaler que j'ai quitté Noyalo et que je m'apprête à les voir venir m'enrhumer. Par moment j'alterne trot et marche et dans ma phase lente, on m'encourage avec des allez. Je suis de mauvaise composition, je devrais prendre çà avec plaisir car c'est la manifestation d'une camaraderie dans le sport, je devrais être content puisque la chaleur a largement diminué car nous sommes déjà dans le début de soirée, la lumière devient orangée. Non, je ne suis pas dans un mode plaisir, aimable, ça ne va pas, je n'ai pas la pêche pourtant j'ai dormi. Les semi-raideurs m'incommodent, ils m'enlèvent du confort.
La vue de l'eau me calme, ça y est, je retrouve un rythme correct, quelquefois je suis à la même vitesse que des demi-raideurs. Plusieurs fois je me fait rattraper par des connaissances et on bavarde un peu. J'entends des copains discuter je crois que ça va être jeanlou et patrice qui me rattrapent, je les attends. Babeth m'appelle avant la tombée de la nuit, elle ne veut pas me déconcentrer au moment où je devrais être vigilant la nuit. Cela me fait du bien de penser à la maison.
Bon maintenant quoiqu'il arrive, je sais que de toutes façons je ne dormirai pas chez moi alors continuons.
D'autres m'appellent, ils sentent bien que j'en ai marre, que j'ai l'idée en tête d'arrêter.
Oliv, Franki, Momo, Benoît, Patrick B, Mounir, Bruno C, Bruno R et Thierry, me disent que ça va le faire, mais ils me connaissent et sentent que j'en ai raz la patate. Plus de plaisir, je suis ronchon, je ne trottine que parce que c'est la garantie que j'y passerais moins de temps. Une fois la nuit complète, je passe un coup de fil à Jeanlou pour savoir où ils sont, ils croient que soit ils m'ont doublé dans le noir soit j'ai une sacré pêche et je suis loin devant. En fait nous devons être à quelques centaines de mètres sur la même portion de route bitumée. Je me retrouve à discuter avec un jeune raideur dont je retrouverai le nom sur le classement, c'est Sébastien Pioche, plusieurs fois nous nous sommes mutuellement passés et repassés. Il me confie qu'il m'a vu cet après midi couché sur le bord du chemin.
Enfin c'est la jonction, je vois passer une flèche que j'interpelle, c'est patrice, puis quelques temps après j'entends jeanlou : " ah que je suis content de retrouver le boss". Nous allons faire la route ensemble jusqu'à Sarzeau. Jeanlou dit que c'est un truc de malade, il n'a pas de plaisir, seul il aurait abandonné, je le traite de tite b... car moi j'en suis à environ 140 bornes et je ne veux pas abandonner. Je veux seulement arriver à Sarzeau, dormir et au réveil voir si je peux terminer.
J'ai connu un deuxième coucher de soleil sur ce tour du golfe, je voudrais connaître aussi un deuxième lever de soleil.
Cela me semble interminable, sébastien me demande si on est proche du ravito, lui aussi dormirait bien. Je me dit qu'il doit rester en gros une bonne heure. Quand on arrive sur le bord de l'eau il y a des signaleurs pour nous envoyer sur le chemin côtier. Nous faisons l'erreur de demander si c'est encore loin, ils répondent 3 km. Je me programme trois quarts d'heure en me disant qu'on fait du quatre à l'heure. Plusieurs indications erronées vont me mettre hors service.
Il me semble que cela fait plusieurs heures que nous tournons, à droite, puis à gauche puis, je suis perdu. Je n'ai envie que de m'allonger n'importe où et dormir là, même si je suis à 1km ou à 500m du point d'hébergement. Quand définitivement, je n'ai plus aucune envie et que mécaniquement mes pas suivent ceux des copains, quand un autre raideur avec ses batons titube sur le goudron d'un faux plat, étant en ville, je me dis que c'est bon, on y est. J'ai un sursaut d'énergie, j'accélère, je cours, ou du moins je crois courir et ... arrivée encore sur le bord de l'eau, là il n'y a plus de lumière, je n'y crois pas il n'y a plus d'habitation donc c'est encore sans doute loin. Je me mets définitivement en mode zombie, je déconnecte, je dois réagir seulement quand un de mes copains me parle. Enfin, arrivée dans un endroit avec des éclairages, une signaleure dit plus que 600 mètres, je me dis je m'en fous je dors là, bon c'est une chemin entre des maisons et pas de place pour se coucher, je continue machinalement mes pas doivent faire 1 cm ça se trouve. Tout le monde en a marre. Nous arrivons ur une placette, là un signaleur nous dit un truc incompréhensible du style, il reste 800m, donc après avoir déjà fait les 600m restant il en reste encore 800m, j'hallucine, et il rajoute "mais en fait ce n'est pas 800 car il y a encore le complexe sportif de 300m"alors je ne sais plus s'il faut comprendre qu'il faut rajouter ou soustraire 300m.
C'en est trop, je cherche à me coucher là, pareil, pas d'endroit convenable, je continue à 0,5km/h peut-être ou bien 1cm par 10 secondes, je suis incapable de calculer. jeanlou me dit que nus allons arriver et que franchement ce serait bein que j'arrête là car je suis .... je ne veux rien entendre.
Nous arrivons sur un parking, je ne sais pas où me diriger, je suis les copains qui me semblent être loin, inatteignables, ils sont à 3 mètres, que c'est loin. Nous longeons un terrain de foot, il y a une rembarde je m'y repose, je ne veux plus avancer. Les copains m'attendent. Il doit rester 40m pour atteindre la salle, pourquoi faire ces derniers mètres ?
Ca y est j'ai un éclair de lucidité, je reprends ma marche, j'arrive au pointage, et je dis que j'arrête là, j'enlève mon bracelet puce, j'enlève mon dossard et le dépose dans une boite où il est loin d'être seul parmi des bleus et des jaunes. Je ne dis même pas au revoir au copains, je vais me coucher.
Sébastien arrive juste après, il se couche.
Il est environ 1heure du matin, Noyalo-Sarzeau m'a demandé 4h12 de trot-marche, cela fait en gros 5km/h. Mon raid est fini, plutôt avorté 145km en 31h37 moyenne générale 4,59 km/h. Je n'aurai pas la boîte de gateaux, je n'aurai pas le T-shirt de finisher. je ne paraîtrai pas dans le classement, c'est comme si je n'étais pas venu. Je suis fatigué et le lit de camp est un vrai bonheur, il n'y a que ça qui compte et accessoirement j'ai beaucoup appris, j'ai encore grandi, je suis toujours petit, je n'ai pas souffert, je n'ai pas pris mon pied, je ne retire aucune fierté ni honte d'avoir fait un trois-quart de tour de Golfe, j'ai l'impression d'avoir fait mon job: bizarre comme conclusion !
épilogue, à mon réveil j'étais "frais" et j'avais des regrets, quand lundi après ma journée de travail j'ai consulté les résultats, j'ai constaté que sébastien a bouclé son raid, il a mis 12 heures pour faire Sarzeau-Le Crouesty. Il se peut que moi-même j'aurais été encore plus lent, donc j'aurais été limite élimination. Merci mon ami Jeanlou de m'avoir convaincu de ne pas m'entêter.
Ami coureur, ami lecteur, respecte le mode de pensée de chacun, cela peut être : " j'aide donc je suis", merci les bénévoles "je blogue donc je suis" merci Internet "je pense donc je suis" merci la philosophie "je me surpasse donc je suis" merci la compétition "j'endure donc je suis" merci l'ultra "je travaille donc je suis" merci le goût de l'effort "je prends du plaisir donc je suis" merci les copains "j'aime donc je suis" merci la vie !
Je suis maintenant en partance pour ... un autre grand raid ! c'est étonnant après avoir tant enduré, j'aime ce que je vais vivre.
Une semaine après le départ du tour du Golfe du Morbihan, faisons un point, un blog est un journal qui est publié sur Internet, c’est sans doute intéressant de savoir qu’il y a des millions de bloggers qui racontent leur quotidien, c’est sans doute important pour eux d’écrire, en tous cas, c’est presque futile pour moi car pour me répéter, cela contribue à donner un sens à ma vie. Le presque vient du fait que certes, si je ne pondais plus de papier sur mon blog, ce ne serait pas important mais cela enlèverait mon plaisir de « parader » et parmi mes moyens d’expression c’est quand même celui qui touchent peut-être des centaines de lecteurs ; c’est l’outil google analytics qui me dit qu’il y a des centaines de visiteurs alors, allons y gaiement continuons à nous faire plaisir.
Le mois de juin est fini. La période des examens est passée pour ceux qui n'ont pas d'oral de rattrapage. C'est le cas de mes enfants.
Mes trois premiers enfants Camille, Julien et Pierre ont passé leur bac (Marie, la quatrième et dernière est encore trop jeune), chacun se différencie sur sa capacité à produire un texte « philosophique » . Ce n’est pas celui qui fait des études supérieures qui semble aimer le plus la philosophie, la recherche de la compréhension des écrits des philosophes allemands, français , chinois; c'est Julien mon menuisier de fils qui m'interpelle le plus question "sagesse".
Mes enfants et moi, étant d’origine vietnamienne donc asiatique, ne devons-nous pas approfondir les messages laissés par Confucius, Bouddha et autres penseurs orientaux? Dans mon enfance, paradoxalement, j’ai été abondamment baigné dans la Bible, j’ai eu une période de rejet, aujourd’hui je ne me positionne pas aussi franchement anti-clérical sauf quand il me revient des sursauts des réactions viscérales d’étudiant d’extrème gauche.
Que les modérés se rassurent, je n’en suis plus, l’age, le recul me portent vers le confort de l’équilibre, d'une « voie du milieu »
La culture occidentale est empreinte de la notion de souffrance, de sacrifice, certains y voient un chemin pour « communier » avec … je ne sais quel être vivant, mythique, mystique ou mort. Dans d'autres civilisations, on brûle des monnaies factices pour les envoyer vers les ancêtres. De temps en temps, on apporte des repas qu'on laisse devant l'autel pour un partage virtuel.
En tant qu’asiatique j’essaie de comprendre comment est perçue la vie par d’autres cultures où visiblement la philosophie dominante a imposé au peuple une énorme dose de résignation ou tout du moins véhiculait l’idée que le bonheur résidait dans le respect des anciens et sournoisement dans le respect de l’ordre établi.
Des idées faisant croire que l’individu était important devaient sans doute apporter le chaos si chacun de ses êtres importants devenaient des millions.
Cette introduction semble déplacée dans un papier sur la course à pied, cependant quand je me rappelle les points importants de ravitaillement et de secours, tels Larmor baden, Vannes, Sarzeau, je ne peux oublier des pieds en très mauvais états et les coureurs avec des visages marqués par la souffrance et cela me pousse à chercher un sens à tout cela. Sur l'ultra, l'endurance des muscles est certes importante mais l'alimentation est aussi primordiale. Les ampoules, les muscles fracassés peuvent anéantir un long raid et j'ai aussi vu des coureurs sous perfusion car ils n'arrivaient pas à s'alimenter. L'intégrité physique et mentale doit être de mise. N'ai-je pas aussi une responsabilité morale et ne dois-je pas encourager les apprentis raideurs à rester raisonnable, à quand même rester "sage".
Si je devais laisser une trace sur mon passage sur terre, j’aimerais que cela soit plus que des plans d’entraînement pour une quelconque course. Si on devait se souvenir de moi, j’ai la naïveté de croire qu’on se remémorerait de ma quête de sagesse(s), de ma recherche de signification(s) à la vie, de mon envie énorme de partager mes connaissances issues de mes propres expériences et de celles de mes amis coureurs que j’entraîne. Tel robin des bois, je vole l'expérience aux "riches" c'est à dire ceux qui en ont beaucoup pour donner à ceux qui sont "pauvres".
Si l’on combine des éléments mesurables avec d’autres plus subtils et subjectifs, on obtient de quoi faire progresser soi-même et si possible ceux avec qui on communique, ceux à qui on veut "donner", vous les lecteurs tenaces et endurants tout du moins du point de vue persistance sur mon blog.
Pour le mesurable, regardons ce dont je me souviens ou ce que j'ai dans mes appareils : distance, (kms) durée, (heures) FC, (pulses) tension artérielle (SYS systole et DIA diastole en mmHg millimètres de mercure), température. (°C) La température était tout simplement estivale et je ne l’ai pas retenue, c’est comme si je voulais oublier que j’ai eu chaud, très chaud et puis somme toute, c’est normal fin juin dans ce beau coin de Bretagne Sud.
Pour ce qui a trait au cerveau, là je n’ai pas de capteur, pas de mesure, mais des termes plaisir, euphorie, souffrance, endurance, confort, inconfort, ennui, envie, « le pied », la "cerise" et d’autres.
Le redémarrage de Larmor Baden a été vers 1h30 du matin. Je quittais la salle de repos avec des voisins sous perfusion, des voisins aux pieds bandés, non pas comme dans les vieilles traditions chinoises pour faire joli mais strappés à cause des ampoules. C’était 8 heures après le départ. C’était 51,95 km parcourus. J’avais dormi en tout et pour tout zéro heure zéro minute. La prochaine fois, je ne boirai plus de coca, le soir ça énerve et j'attendrai un peu plus tard pour la pause, j'emporterai un masque pour les yeux et des boules Quiès pour mes oreilles. Ma discussion sur les qualités des artères avec un médecin m’avait bien plu, j’étais content de faire ma petite expérience avec mon tensiomètre à prise au poignet, celui-ci ne me "coûtait" que 200g dans le sac. Au ravitaillement de Mériadec, à la nuit naissante, ma Tension avait grimpé à 211 107 ma FC 107, étonné, je reprenais la tension une deuxième fois et cela donnait 209 99 et FC 139. Ce qu’il faut noter c’est qu’il n’y a pas de rapport entre FC et TA. A l’arrivée à Larmor Baden j’avais 131 103 et ma FC à 107. Alors que je reprenais la route cela donnait 153 99.
La TA Tension Artérielle est un des aspects mesurables. Mon côté "sciences dures" est aux anges et il pourra à la prochaine visite chez le cardiologue discuter de cette expérience. Mais ce qui reste côté mental, c’est surtout qu’en attaquant ma vraie nuit de course, j’étais heureux comme un enfant qui a un nouveau jouet, pas le tensiomètre mais le terrain, la course dans la nuit, l'envie était énorme.
C’était l’euphorie, au début j’étais bien protégé, j’avais enfilé un coupe-vent et mis le sac par dessus. Ensuite, la douceur de la température ajoutée à la chaleur due à la course m’ont fait m’arrêter et je n'ai gardé en haut que le T-shirt technique encore sec, il était venu avec la navette des sacs, j’avais aussi changé de sous-vêtement, mon cuissard shorty ne m’incommodait pas, mes bijoux de famille étaient "intacts" contrairement à Guerlédan, mes sparadraps sur la poitrine tenaient bon. Ma frontale était impeccable, mes lunettes n’avaient pas de buée. Pour résumer, c’était tout sauf l’inconfort de la fin de course à Guerlédan. Les trails se suivent et je gagne en expérience sur le choix des équipements. Grace à des discussions avec des anciens de ce raid, j’ai opté pour des chaussures de route au lieu de mes trails qui certes me protègent mais en même temps n’amortissent pas du tout et cela me fait mal sur le bitume. Ce sera encore un point à peaufiner pour mon prochain gros objectif d’ultra, chaussures de trail ou chaussures de route.
Cette nuit est noire, la lune ne présente qu’un fin croissant, ma lampe est bien fixée au front et en étant vigilant, je regarde à un ou deux mètres devant moi, le faisceau est stable alors que quand je mets la lampe à la ceinture cela n’arrête pas de bouger de droite à gauche, cela révèle que mon bassin bouge et c’est normal car j’ai une foulée qui est à la limite de la marche athlètique, elle est très économique mais je fais bien attention à lever la pointe et à monter le pied en quittant le sol. Cette foulée, je l’ai travaillée sur mes sorties en endurance afin de ne pas taper les racines et les pierres affleurantes, car à Guerlédan, j’avais énormément souffert des multiples chocs qui provoquaient des débuts de contractions-crampes. C'était très désagréable. Là c'est un grand motif de satisfaction.
C’est encore et toujours le plaisir de courir ou trotter en endurance. J’ai beau savoir que je suis très loin dans le peloton, j’ai la sensation d’être tout simplement à ma place. Mes muscles sont comme intacts, mon souffle est bien sûr facile, si il n’y avait pas à rester vigilant, je me mettrais facilement en mode "veille" comme sur cent-bornes. Pour expliquer mon mode veille, c’est comme si le corps continuait à bouger avec ses mouvements renouvelés à l’infini sans intervention de la volonté du cerveau, comme les reflexes en quelque sorte. Il y a longtemps que la course est démarrée alors maintenant, tout baigne dans l’huile, le moteur ronronne, mettons le pilote automatique. Là non, pas le droit au pilote automatique sinon c'est la chûte assurée. La FC est bien basse, enfin c’est ce que je crois car elle est souvent en dessous de 130.
Puis, alors que je ne m’en suis pas aperçu, la fatigue s'est bien réinstallée. Sur des faux plats que je prenais en trottinant, je n’arrive plus à les grimper sauf en marchant, voilà le moment que je redoutais, j’ai sommeil, là plus question de courir ni même de trottiner, cela devient dangereux. Seulement voilà, quand je ne trottine plus, mon corps ne dégage plus autant de chaleur, je remet le coupe-vent par dessus le sac et j’avance comme je peux. Ce n’est pas vraiment l’ennui qui me gagne mais en tous cas il n’y a plus de plaisir, cela devient dans ma tête : « il faut y aller », c’est comme quand on a un job à terminer, il ne faut pas le repousser à plus tard sinon, on se retrouvera coincé par le temps, il y a une "dead line", en course il y a l'élimination pour pointage hors délai. Dans ma tête, c’est maintenant, la question : « puis-je m’arrêter et dormir un peu ? ». Un moment je trouve un banc et une table un peu décalés par rapport au parcours, je peux m’y reposer . Très rapidement le froid me prend et je repars pour ne pas risquer d’attraper quelque chose de grave. L’ultra est formidable, grace à la durée de ses épreuves, on peut passer par plusieurs états, plusieurs fois, l’euphorie est éphémère et précède une dépression, avec de la chance, on connaît le milieu, la sérénité du temps qui passe et c'est précieux. Il y a à peine une heure je me sentais des ailes et maintenant je ne pense qu’à avancer en marchant pour atteindre un futur point où je pourrais me reposer, m’allonger, dormir.
Quand j’étais adolescent il m’arrivait de m’endormir n’importe où, dans n’importe quelle position, couché bien sûr mais aussi assis et même debout calé dans un coin d’un hall de gare.
Là, l’habitude de toujours dormir dans un lit m’a privé de ce luxe, de cette capacité d'adaptation au milieu. La nuit devient très longue, je n’ai plus un cerveau qui se pose des questions existencielles, la métaphysique a disparu, ce serait à la limite du "sauvons notre peau, après on verra". A un moment, deux raideurs me doublent, celui qui est devant donne des consignes pour un rdv à son copain et ce dernier reste marcher à côté de moi. Quelques instants après, rassuré par cette présence amicale, je me met en mode "marche dans les pas de l’autre", ma frontale n’est même plus nécessaire car mon confort réside en la confiance de mon compagnon « d’infortune ». Plus tard alors qu’il reprend du poil de la bête il se met à trottiner et moi, toujours dans le même mode, je trottine. Cependant, après m'avoir laissé passer devant, il finit par me dire : « je reste avec toi, tu ne tiens plus debout, c’est dangereux tu vas tomber » alors je lui fais bien sûr confiance encore plus que jamais et mes seules paroles répétées sont : « quand est-ce qu’il y aura le ravitaillement ?», il me répond quelque chose que je ne comprends pas. A un moment, j’ai peur qu’on se soit perdu alors il me demande de rester là et il va voir plus loin. Ouf il me dit qu’il a repéré une balise alors on continue. Je ne suis plus lucide j’ai l’impression qu’on tourne en rond, en fait c’est presque vrai car à certains endroits on passe d’une rive à l’autre d’une rivière qui fait des méandres …
La nuit s'en va, c’est déjà çà, le soleil n’est pas levé, c’est la fausse aube, c’est le lumière indirecte et tout semble gris.
Nous arrivons à un ravitaillement en effet, mais il n’y a qu’un lit de camp et il est occupé, par un gars qui a abandonné et il attend la navette qui va le rappatrier. Nous sommes plusieurs raideurs à discuter avec les bénévoles et je décide ne de pas m’attarder car je veux trouver un lit !
Quelques centaines de mètres plus loin je trouve un endroit où un lit d’herbes et de fougères me semblent confortable. Je m’installe regarde l’heure et je m’endors ... enfin.
Si j'avais l'humeur massacrante, je dirais que c'est un boucan qui me réveille, or, mes yeux s'ouvrent doucement alors que ce sont les chants des oiseaux qui me disent, "il est temps" En effet, il est temps, une voix intérieure m'invite à me lever et trottiner, je regarde ma montre, cela ne fait que 5 minutes de sommeil mais cela m'a revigoré.
Alors que sur les bords de l'eau ça tourne, ça vire, les racines et les pierres menacent, je lève la tête et j'aperçois le soleil, la surface de l'eau est complètement sans ride, il n'y a pas de vent et on entend bien les oiseaux chanter, il y a toutes sortes de mélodies ce qui montre la variété des espèces. C'est un instant d'éternité. Il n'y a pas âme qui vive alentour, je suis serein, j'aime tout simplement.
On me demande si Conleau est proche, je n'en sais rien. Plus tard, je rencontre des joggeurs matinaux sur les berges du Vincin, ils me confirment que Conleau est à 3 km. Pour avoir fait le marathon de Vannes, je sais que c'est un passage magnifique et qu'il n'est pas très loin du port donc dans ma tête cela signifie que je suis proche de la grande pause du milieu du raid.
La tête va bien alors les jambes tournent bien, mon allure est maintenant décente, c'est la promesse d'une très prochaine récompense ... je vais dormir dans un lit de camp à Vannes Chorus.
Passé le pointage de Conleau, j'accélère encore, sur la partie avant que je ne me booste, j'étais à une moyenne de 107 pulses et quand j'attaquais je grimpais à 120, là je fractionne à cause de passages piégeux avec racines et en FC haute je grimpe à 130 même à 139 quand j'atteinds Chorus, c'est un véritable sprint aux environs de 10km/h. En effet, il faut se donner quelques repères, la nuit j'ai tourné à une moyenne de 5 km/h en comptant les arrêts. Ma FC de croisière est à 107, cela paraît incroyable quand je pense qu'en étant à fond je suis en séance VMA à 175 environ, dans les cross et les 10 bornes j'arrive quelquefois à grimper vers le 183 et là une approche des 140 et c'est le max.
Enfin je suis à l'hébergement, je prends soin de manger pour avoir le ventre plein et cela m'aidera à m'endormir. Une bénévole me propose le plat désormais connu de coquillettes, jambon, gruyère (même si c'est de l'emmenthal) , c'est Byzance! elle m'offre une bière, ... sans alcool, sa fraîcheur (celle de la bière) me fait énormément de bien, je ne traîne pas à table sauf à discuter un peu avec un coureur belge, je récupère mon deuxième sac et je fonce chercher un lit de camp. Je déballe mes "cadeaux", il y a un sous vêtement , un T-shirt, des pansements au cas où ceux que j'avais depuis le début n'adhéreraient plus, des lingettes, que je vais mettre dans mon sac à dos, mes prunes vietnamiennes salées-sucrées, c'est ma confiserie très personnelle. Ces prunes sont d'un goût inimitable, celui qui me reste de mon enfance quand les parents revenaient du Viêtnam. Je fourre aussi des barres de pâte d'amande, de pâte de fruit, des barres de céréales au cas où j'aurais une envie entre deux ravitos. En fait je n'en aurai pas. Je reprends ma tension artérielle. Ma TA est basse comme un jour "normal", sans raid.
Mes chaussures, mes chaussettes, mes booster enlevés, je m'endors la couverture sur la tête pour m'isoler de la lumière et un peu du bruit. Comme j'ai enregistré ma courbe de FC, aujourd'hui, je constate qu'à la fin du sprint pour atteindre chorus, j'étais monté à la FC 140, à table j'étais descendu à 90 et lors de mon sommeil c'était descendu à 75. Ce n'est quand même pas les FC basses constatées au repos lors de mon sommeil à la maison où je descends à 40 au creux de la nuit et me réveille à 60.
Une demi-heure après, je me réveille avec l'envie d'y aller, je me suis refait la "cerise" TA 127 76 FC 81 alors, je fais l'inverse de tout à l'heure (booster, chaussettes, chaussures remis, la prochaine fois je mettrais un paire de chaussette en plus), je passe au ravito remplir ma poche à eau, je sais qu'il fera chaud, voire très chaud et je la remplis intégralement avec de l'eau gazeuse en me disant je n'aurais peut-être pas besoin de sucer mes prunes "spéces" car la Badoit est bien chargée en sels.
En quittant Chorus je constate qu'il fait vraiment chaud, le parcours est en sens inverse du marathon, je dois passer sur l'autre côté du bassin des voiliers et je serai pointé à la capitainerie un peu avant midi. Maintenant je m'aperçoie que cela fait 18h30 depuis le départ. Avec un raisonnement simpliste cela donne 37 heures au total, oui mais ... la deuxième partie ne sera pas équivalente à la première. Quand je dépasse la capitaineire, je vois d'autres raideurs en face, je me rend compte que je ne suis pas dernier, pourtant il ne restait pas beaucoup de sacs à Chorus.
Direction Séné, encore une petite dose d'euphorie, j'ai l'impression de courir et même courir vite, sur les sentiers, je n'arrête pas de doubler , j'alterne du trot où je grimpe à une FC de 125 et je marche pour redescendre en dessous de 110 ... Bientôt c'est quelque chose d'autre qui va me rattrapper ! Les chemins sans ombre sont terribles, ça y est, mon corps réclame la sieste, c'est quand même trop tôt mais toujours à marcher au soleil cela commence à attaquer ma motivation, je pense déjà à m'allonger. Un coin ombragé m'attire irrésistiblement et j'y vais m'affaler, je ne parviens pas à dormir et je regarde passer un à un des coureurs, c'est quand même très très calme, ils ne me voient même pas, je prends une photo et je suis bien! La paresse m'a ratrapé.
Port Anna, cela ressemble à un ravitaillement; eh bien non ! ce n'est qu'un pointage, mais on me dit que Séné, est proche, en fait c'est l'école de voile de Séné qui sera le point de halte. Là de toutes façons, c'est juste boire du coca qui me redonnera un peu de pêche. Le chemin le long des plages sera assez agréable, sauf que je jalouse les vacanciers en train de se dorer la pilule, enfin quand même la chaleur paraît plus supportable.
En fait Séné - Noyalo, ce n'est que 15 kms alors comme le soleil va être moins fort, cela sera plus facile et puis je me dis que mes copains qui participent au semi-tour me rattraperont et ce sera un grand moment à plaisanter à se traiter de tous les noms, je vais les traiter de petits joueurs et ils me diront que je suis un grand taré. En fait plus le temps passe et plus je redeviens un peu plus lucide, je crois que je fais une moyenne de 5km/h et je réalise que je vais mettre trois heures pour atteindre Noyalo. Mon moral en prend un coup. Plusieurs fois je me dis que je vais arrêter. Plusieurs fois je me répète qu'en fait je suis venu affronter la deuxième nuit. Donc je repars à trottiner d'autant plus
A Noyalo, c'est fantastique! après avoir longé la route sur les bas côtés dans l'herbe toujours en devers, très désagréable pour mes chevilles, j'arrive au lieu du départ du trail 56. Là de nombreux spectateurs m'applaudissent parce que j'ai un dossard jaune et que cela signifie que je suis dans le grand raid: respect disent certains ! des spectateurs-supporteurs que je ne connais pas m'encouragent et puis soudain il y a de nombreux coureurs qui disent: "allez charlie" çà ils ne peuvent pas le lire sur mon dossard car c'est marqué georges-charles. Je reconnais un visage très sympathique, c'est en fait un groupe de coureurs de St James le club de mes amis johnny Delépine et bruno Charles, cela me fait un bien fou, et j'entends d'autres "allez charlie" j'ai la fatigue qui se mèle à un sentiment de fierté, après tout je dois avoir couru-marché environ 125 kilomètres, j'ai la larme à l'oeil, la gorge serrée, c'est une grande émotion. En plus Joëlle m'a appelé et m'a conseillé de dormir un peu à Noyalo, elle même a sommeillé une dizaine de minutes et elle a énormément apprécié.
C'est un passage vraiment bizarre que je vis, je crois que c'est là le ravitaillement où il y a foule mais une bénévole me dit que c'est plus loin, alors je suis une pancarte qui m'envoie sur un sentier, au bout de plusieurs centaines de mètres je me dis que je me suis encore perdu car j'ai l'impression d'être sur un chemin et je me demande si je n'ai pas raté l'endroit de la pause, je demande à des gens qui me rassurent en me disant que c'est un peu plus haut à droite, je continue et j'ai toujours un doute, en fait c'est en haut de Noyalo et j'arrive enfin au pointage.
Direction, le repos, je m'assoie à une table et une charmante femme me demande: "que puis-je vous servir, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? des pâtes, du jambon, une soupe ?" . Quelle amabilité, mon agressivité aux dossards a été remplacée par mon admiration des bénévoles. De plus, je discute avec Hervé Bec, un copain connu sur le forum ADDM et rencontré à Cheverny et avec qui nous avons échangé quelques mots sur Internet. Il passe en presque voisin, il est originaire de Bretagne, fait la navette entre Auxerre et Vannes, il est souvent là le WE dans le pays de Vannes. Bon après les coquillettes, jambon, emmenthal arrosé de bière sans alcool, direction le lit de camp dans la salle à côté, je dors 45 minutes exactement. Ma FC redescend à 80 juste avant que je me réveille. Je ne prends pas ma tension car mon appareil fait trop de bips sonores et je ne veux pas ennuyer mes voisins qui roupillent.
Au redémarrage, je constate que le peloton du semi-raid est là, il y a de nombreux coureurs à me doubler sur bitume et ensuite sur les chemins, c'est disons la galère. Ils arrivent à me faire perdre ma sérénité, certains me doublent et me disent bravo, respect, d'autres sont presque à me bousculer car ils sont dans leur trip, leur course, leur compétition, je passe mon temps à leur montrer de quel côté me doubler quand je les entends arriver. Franchement, çà me gave ! Je téléphone à mon ami jeanlou pour lui signaler que j'ai quitté Noyalo et que je m'apprête à les voir venir m'enrhumer. Par moment j'alterne trot et marche et dans ma phase lente, on m'encourage avec des allez. Je suis de mauvaise composition, je devrais prendre çà avec plaisir car c'est la manifestation d'une camaraderie dans le sport, je devrais être content puisque la chaleur a largement diminué car nous sommes déjà dans le début de soirée, la lumière devient orangée. Non, je ne suis pas dans un mode plaisir, aimable, ça ne va pas, je n'ai pas la pêche pourtant j'ai dormi. Les semi-raideurs m'incommodent, ils m'enlèvent du confort.
Bon maintenant quoiqu'il arrive, je sais que de toutes façons je ne dormirai pas chez moi alors continuons.
D'autres m'appellent, ils sentent bien que j'en ai marre, que j'ai l'idée en tête d'arrêter.
Oliv, Franki, Momo, Benoît, Patrick B, Mounir, Bruno C, Bruno R et Thierry, me disent que ça va le faire, mais ils me connaissent et sentent que j'en ai raz la patate. Plus de plaisir, je suis ronchon, je ne trottine que parce que c'est la garantie que j'y passerais moins de temps. Une fois la nuit complète, je passe un coup de fil à Jeanlou pour savoir où ils sont, ils croient que soit ils m'ont doublé dans le noir soit j'ai une sacré pêche et je suis loin devant. En fait nous devons être à quelques centaines de mètres sur la même portion de route bitumée. Je me retrouve à discuter avec un jeune raideur dont je retrouverai le nom sur le classement, c'est Sébastien Pioche, plusieurs fois nous nous sommes mutuellement passés et repassés. Il me confie qu'il m'a vu cet après midi couché sur le bord du chemin.
Enfin c'est la jonction, je vois passer une flèche que j'interpelle, c'est patrice, puis quelques temps après j'entends jeanlou : " ah que je suis content de retrouver le boss". Nous allons faire la route ensemble jusqu'à Sarzeau. Jeanlou dit que c'est un truc de malade, il n'a pas de plaisir, seul il aurait abandonné, je le traite de tite b... car moi j'en suis à environ 140 bornes et je ne veux pas abandonner. Je veux seulement arriver à Sarzeau, dormir et au réveil voir si je peux terminer.
J'ai connu un deuxième coucher de soleil sur ce tour du golfe, je voudrais connaître aussi un deuxième lever de soleil.
Cela me semble interminable, sébastien me demande si on est proche du ravito, lui aussi dormirait bien. Je me dit qu'il doit rester en gros une bonne heure. Quand on arrive sur le bord de l'eau il y a des signaleurs pour nous envoyer sur le chemin côtier. Nous faisons l'erreur de demander si c'est encore loin, ils répondent 3 km. Je me programme trois quarts d'heure en me disant qu'on fait du quatre à l'heure. Plusieurs indications erronées vont me mettre hors service.
Il me semble que cela fait plusieurs heures que nous tournons, à droite, puis à gauche puis, je suis perdu. Je n'ai envie que de m'allonger n'importe où et dormir là, même si je suis à 1km ou à 500m du point d'hébergement. Quand définitivement, je n'ai plus aucune envie et que mécaniquement mes pas suivent ceux des copains, quand un autre raideur avec ses batons titube sur le goudron d'un faux plat, étant en ville, je me dis que c'est bon, on y est. J'ai un sursaut d'énergie, j'accélère, je cours, ou du moins je crois courir et ... arrivée encore sur le bord de l'eau, là il n'y a plus de lumière, je n'y crois pas il n'y a plus d'habitation donc c'est encore sans doute loin. Je me mets définitivement en mode zombie, je déconnecte, je dois réagir seulement quand un de mes copains me parle. Enfin, arrivée dans un endroit avec des éclairages, une signaleure dit plus que 600 mètres, je me dis je m'en fous je dors là, bon c'est une chemin entre des maisons et pas de place pour se coucher, je continue machinalement mes pas doivent faire 1 cm ça se trouve. Tout le monde en a marre. Nous arrivons ur une placette, là un signaleur nous dit un truc incompréhensible du style, il reste 800m, donc après avoir déjà fait les 600m restant il en reste encore 800m, j'hallucine, et il rajoute "mais en fait ce n'est pas 800 car il y a encore le complexe sportif de 300m"alors je ne sais plus s'il faut comprendre qu'il faut rajouter ou soustraire 300m.
C'en est trop, je cherche à me coucher là, pareil, pas d'endroit convenable, je continue à 0,5km/h peut-être ou bien 1cm par 10 secondes, je suis incapable de calculer. jeanlou me dit que nus allons arriver et que franchement ce serait bein que j'arrête là car je suis .... je ne veux rien entendre.
Nous arrivons sur un parking, je ne sais pas où me diriger, je suis les copains qui me semblent être loin, inatteignables, ils sont à 3 mètres, que c'est loin. Nous longeons un terrain de foot, il y a une rembarde je m'y repose, je ne veux plus avancer. Les copains m'attendent. Il doit rester 40m pour atteindre la salle, pourquoi faire ces derniers mètres ?
Ca y est j'ai un éclair de lucidité, je reprends ma marche, j'arrive au pointage, et je dis que j'arrête là, j'enlève mon bracelet puce, j'enlève mon dossard et le dépose dans une boite où il est loin d'être seul parmi des bleus et des jaunes. Je ne dis même pas au revoir au copains, je vais me coucher.
Sébastien arrive juste après, il se couche.
Il est environ 1heure du matin, Noyalo-Sarzeau m'a demandé 4h12 de trot-marche, cela fait en gros 5km/h. Mon raid est fini, plutôt avorté 145km en 31h37 moyenne générale 4,59 km/h. Je n'aurai pas la boîte de gateaux, je n'aurai pas le T-shirt de finisher. je ne paraîtrai pas dans le classement, c'est comme si je n'étais pas venu. Je suis fatigué et le lit de camp est un vrai bonheur, il n'y a que ça qui compte et accessoirement j'ai beaucoup appris, j'ai encore grandi, je suis toujours petit, je n'ai pas souffert, je n'ai pas pris mon pied, je ne retire aucune fierté ni honte d'avoir fait un trois-quart de tour de Golfe, j'ai l'impression d'avoir fait mon job: bizarre comme conclusion !
épilogue, à mon réveil j'étais "frais" et j'avais des regrets, quand lundi après ma journée de travail j'ai consulté les résultats, j'ai constaté que sébastien a bouclé son raid, il a mis 12 heures pour faire Sarzeau-Le Crouesty. Il se peut que moi-même j'aurais été encore plus lent, donc j'aurais été limite élimination. Merci mon ami Jeanlou de m'avoir convaincu de ne pas m'entêter.
Ami coureur, ami lecteur, respecte le mode de pensée de chacun, cela peut être : " j'aide donc je suis", merci les bénévoles "je blogue donc je suis" merci Internet "je pense donc je suis" merci la philosophie "je me surpasse donc je suis" merci la compétition "j'endure donc je suis" merci l'ultra "je travaille donc je suis" merci le goût de l'effort "je prends du plaisir donc je suis" merci les copains "j'aime donc je suis" merci la vie !
Je suis maintenant en partance pour ... un autre grand raid ! c'est étonnant après avoir tant enduré, j'aime ce que je vais vivre.
jeudi 2 juillet 2009
en attendant la suite ... voici mes photos
Il y a un temps pour tout, en ce moment pour moi, c'est la récupération. En déplacement je prends toujours mes affaires pour aller n'importe où courir, dans un parc, le long d'un fleuve, au pire sur du bitume, là je savoure mes photos, elles me rappellent que j'ai eu des moments de solitude, ceux-ci sont propices à la reflexion, on regarde à l'intérieur de soi et c'est difficile de trouver un miroir fidèle. Je ne ressens pas la nécessité de courir et de toutes façons, je n'ai emporté qu'un maillot de bains au cas où je serais en manque de sport.
Dans la nuit de vendredi à samedi sur le golfe du Morbihan, il y a eu des moments où l'obscurité, le silence relatif permettaient d'apprécier la sérénité des lieux et celle de mon "âme".
En attendant que je puisse produire un texte "respectable" sur ma longue journée de samedi, je vous invite à aller voir mes photos.
Dans la nuit de vendredi à samedi sur le golfe du Morbihan, il y a eu des moments où l'obscurité, le silence relatif permettaient d'apprécier la sérénité des lieux et celle de mon "âme".
En attendant que je puisse produire un texte "respectable" sur ma longue journée de samedi, je vous invite à aller voir mes photos.
mardi 30 juin 2009
en partance ... pour le grand raid
La vie est tellement agréable quand elle est faite de rencontres et si possible de celles qui laissent des souvenirs sinon des impressions de mélange de futilité et d’instant d’éternité. Un moment, j’ai compris que l’écriture me permettait d’avoir l’illusion que je pourrais devenir éternel ou du moins qu’après une histoire qui est finie, il en reste des traces sur le papier ou sur support magnétique.
Quand j’ai décidé d’écrire à propos de ce que j’ai vécu au grand Raid du Golfe du Morbihan, je me suis posé quelques questions, par exemple qu’est-ce qui reste quelques heures après, du positif, du négatif, quel titre vais-je donner à mon papier qui se doit d’être assez long si jamais il y avait matière à « philosopher ».
Pour le positif et le négatif, il y a matière, donc à ma question « vais-je en mettre une tartine ? » je commence à répondre, ce n’est pas parce qu’il y a un peu de frustration à ne pas avoir été au bout du Raid qu’il faut mettre de l’emphase sur les aspects négatifs, en effet juste après le Raid j’ai un peu discuté avec mon ami trailer Christophe Cochet et il m’avait prévenu que ce n’était pas un trail mais un Raid et il en faut pour tout le monde et là en l’occurrence, même si ce n’est pas ce que je préfère sur l’ultra, il y avait pas mal de bitûme et certains aiment çà, c’est leur droit et certains excellent par exemple sur 24 heures où cela peut être 24 heures sur asphalte. Pour terminer sur le négatif, c’est clair, le bitûme m’a chauffé les pieds et je vais vite oublier. D’ailleurs mes muscles ont déjà oublié, tout à l’heure, je quittais l’appartement, je descendais l’escalier avec une valise chargée et mon sac à dos : Même pas mal, incroyable mes quadris n’ont pas travaillé, en effet, c’était plat ! Du côté musculation, je ne retiendrais qu’un manque de gainage car j’ai ressenti un léger mal de dos.
Pour la question du titre, j’ai trouvé !, j’ai eu un flash vendredi quelques heures avant la course, Joëlle avec qui je co-voiturais m’a offert une boisson qui m’était nouvelle et j’ai dû mettre à peine quelques secondes pour retrouver ce que cela m’évoquait, les goûts et les odeurs ont la fantastique caractéristique de nous faire replonger dans le passé, là en l’occurrence, cette boisson parfumée aux agrumes était pétillante et m’a fait revivre ma tendre enfance où je me délectais d’une confiserie avec une espèce d’enveloppe en « ostie » rose et qui contenait une poudre qui pétillait sur la langue. C’est mon âge un peu avancé qui me pousse à l’introversion et à « régresser » jusqu’à des ages très reculés et ça me plait. Donc quand je pense à partance et quand je pense à enfance, cela me rappelle une chanson de Julien Clerc qui débute ainsi : « depuis l’enfance, je suis en partance … partir, partir, … »
Cette fin de semaine je n’étais pas bien loin de mes bases rennaises, j’étais dans la golfe du Morbihan. Du vendredi soir au début de dimanche, j’étais sur les routes et les chemins.
Là maintenant, je suis à bord du TGV. Dois-je me plaindre ? Comme dit souvent mon ami patrice Dubois : « que nenni ». C’est encore une belle occasion que j’ai savourée de croiser le chemin de personnes à qui j’ai juste dit bonjour en quelques occasions, il y a aussi des personne s avec qui j’échange quelques mots sur des forums sur Internet et il y a l’opportunité de passer quelques instants à converser plus longuement, plus profondément et il en ressort que je me trouve à la fois grandi et à la fois plus humble. Il y a des êtres humains qui ne produisent pas une grande littérature et ne font pas des articles à la mode et il y a des coureurs qui vont au delà de la simple question sportive de la course à pied et qui savent retranscrire sur leur blog leur passion, ils permettent à des anonymes de trouver des motivations pour emprunter un chemin, puis ils le quittent et deviennent des humbles mais très grands coureurs ou très grandes coureures.
S’il fallait aller à l’essentiel, et c’est ce que cherchent des internautes, des trucs et des astuces pour leur propre pratique, alors je serais de ceux qui ne vont pas dans le sens du grand marché de l’Internet, on y vient, on picore, on consomme « gratuitement » on repart avec ses propres convictions. Le « on » commence sérieusement à me mettre hors de moi. Le « Je » est peut-être égocentrique quand c’est pour se la « péter » mais le « Je » me fait plaisir quand c’est un « Je » sincère : « Je suis aux anges, je suis ravi, je suis repu, j’aime, j’ai apprécié, je suis disponible, je suis à votre service, que puis-je vous servir ».
Ils ou elles ? .
Voilà l’essentiel de ce que je retiendrai : Joëlle, Vincent, Franck, David, Dominique, Sébastien, les bénévoles, Jean Lou, Patrice.
Un petit mot sur chacun :
Joëlle Janez,
que je connaissais par le biais du forum breton. Nous avons passé pas mal de temps et j’ai été ravi de cotoyer sa simplicité et en quelque sorte nous sommes cousins car elle est à moitié vietnamienne et moi je le suis de sang mais très très peu culturellement. Elle m’a confié que mon Club véhiculait une image élitiste alors nous allons rectifier cela, je ne suis pas pour que nous ayons des résultats en baisse mais je tiens à ce que le plaisir d’être ensemble avec les amis du club prédomine. Il suffit d’aller sur notre blog pour voir que champions et modestes coureurs sont heureux de participer ensemble à des courses et aux regroupements qui les entourent.
Vincent Toumazou, c’est
simple pour connaître un peu vincent allez sur son site, il y a quelques années j’étais passé voir sa prose et cela m’a conduit naturellement à Millau. Aujourd’hui, je peux dire qu’il est axé sur un gros projet, il va s’aligner sur la Badwater. Vendredi nous nous sommes rencontrés 3 ans après Millau 2006 où la photo de son épouse a marqué les esprits , cette photo montre vincent sous des trombes d’eau. Nous avons parlé et ce que je retiendrai surtout c’est ce qu’il a dit, « il y a des indices de performance », mais tout le monde n’est pas obligé d’avoir comme seul but d’être « devant » d’être champion du monde, pour nous qui sommes peut-être catalogués philosophes de la course à pied, nous pourrions être en recherche « d’indice d’épanouissement », mais voilà, c’est à peu près clair pour moi, il ne peut y avoir d’indice d’épanouissement. Est-ce comme dans le monde académique, il y a les sciences dures et les sciences molles, y aurait-il des coureurs à objectifs durs et d’autres à objectifs mous ? ne créons pas de castes, il y a les coureurs obnubilés par la mesure, le chrono, la place au scratch et les coureurs qui sont dans le peloton et qui … s’en foutent, il importe surtout qu’ils ne soient pas cassé laminés à la fin d’une course pour savourer le plaisir.

Franck Pinard, un garçon qui ne se prend pas la tête et qui doit être respecté car quand il s’est aligné sur des grosses épreuves, ils les a toujours respectées et il a termine entre autres, la course ce week-end mais aussi le marathon des sables. Pour l’anecdote, dans la première partie du Raid nous nous somme croisés et à Larmor Baden, je lui ai demandé s’il n’en avait pas marre de m’enrhumer. Il m’a demandé : « enrhumé à Berlin ? » En effet, cet automne il m’a doublé vers le 15ème, en me chambrant car c’est comme çà qu’on communique et finalement, cela fait quelques années maintenant qu’on déconne quand on se rencontre et ça me fait du bien de ne pas être tout le temps sérieux.
David Daveau, Pompier22, il est pompier volontaire dans les côtes d’Amor, il m’avait contacté pour l’entraînement et je l’avais dirigé vers Alain Colin un ami entraineur de mon club. Comme c’est souvent le cas, un garçon qui fait des gardes et qui reste entraîné à sauver des vies ne peut pas être un égoïste.
David et Dominique Philippot alias Basilio courent le grand Raid avec des kilomètres qui sont soutenus par des individuels. Ils collectent des fonds pour coureurs de rêves.
Sébastien Pioche est un garçon avec qui j’ai partagé les kilomètres les moins faciles, il m’a vu quand j’étais en train de dormir sur le bas côté dans l’après midi de samedi et lui s’est arrêté dormir à Sarzeau par contre à mon réveil il était reparti et j’ai constaté dans les résultats qu’il a terminé le grand Raid. Qui sait un jour nous nous rencontrerons à nouveau.
Les bénévoles, à chaque ravitaillement ils nous bichonnaient, ils venaient à notre table nous demander si nous avions envie soit d’une soupe, soit d’une boisson, soit un plat de coquillette avec du jambon, de l’emmenthal, du saucisson, une bière sans alcool. La nourriture était copieuse et ceux qui nous servaient étaient adorables limites admiratifs de notre performance alors que nous n’avions rien fait ou presque.
Jean Lou Mathieu et Patrice Dubois, mes amis avec qui j’ai partagé des voyages, des courses sur route et des trails, nous somme complices, nous voyons bien quand un de nous est ratatiné, quand il a le « pêchon » quand il se refait la cerise. Punaise, qu’est-ce que j’étais content quand dans la deuxième nuit nous nous sommes retrouvés avant Sarzeau, sans eux, je crois que je ne serais pas arrivé à la salle de ravitaillement, car j’avais une furieuse avant de me coucher et dormir. En tous cas, c’était un événement, tous deux ont bouclé les 88 km et cela constitue, un indice de performance, c’est la première fois qu’ils faisaient autant de distance. En peu de temps, ils ont passé la barrière psychologique du marathon, Moncontour c’était 46km, Guerlédan un petit 57 km et là le raid du golfe du Morbihan.
Les pressés auront abandonné la lecture, les patients pourront dire enfin, c’est le début de l’histoire.
Tout a commencé quand j’envisageais d’aller à la Réunion pour le grand Raid plus connu sous le vocable « la diagonale des fous ». Pourtant après le Noz trail et le glazik, j’avais décidé de ne pas y aller car l’enchaînement samedi-dimanche m’avait vraiment « laminé , ratatiné». Daniel, mon ami ultra-trailer m’a bien eu et m’a lancé un « Tite B… » alors que nous étions à une réunion de gens certes conviviaux mais néanmoins en costume et cravatés. La soirée s’est terminée tard, malgré cela rentré chez moi, je me suis inscrit en ligne sans attendre un revirement de décision.
Il me restait à planifier mon entraînement. Une si grande course, en distance et en dénivelée se respecte, c’est suffisamment dur qu’il ne faut pas y aller avec une préparation insuffisante. Mon problème principal est que la dernière fois où je me suis engagée sur un ultra, c’était le Mercantour en 2006 et j’avais abandonné, malgré un volume important, je ne m’étais pas préparé à affronter la nuit et j’avais rendu mon dossard avant d’attaquer la nuit.
Pour la Réunion, je m’étais donné en plus du volume, deux grands axes à travailler, le spécifique montagne et la gestion de deux nuits consécutives. Pour la montagne ce n’est pas réglé, je vais passer une semaine dans les Alpes et je vais continuer à travailler le renforcement des groupes musculaires impliqués dans ce type d’épreuve, comme en Bretagne je n’ai pas beaucoup de dénivelée, j’irais quand même dans deux endroits avec des côtes, Guerlédan et les sentiers côtiers du côté de Cancale.
Ceci nous amène au pourquoi du grand Raid du golfe du Morbihan, le profil ne comporte pas de dénivelée significative, pour preuve, malgré 145 km de chemin et route avec un peu de faux-plats je n’ai aucune trace au niveau des quadriceps. Par contre, le fait de partir à 17h00 me garantissait que j’affronterais deux nuits. Ce qui fût presque le cas, la nuit du vendredi au samedi et seulement de samedi à Dimanche vers 1 heure du matin.
Ce qui est le plus grand enseignement de ce grand Raid c’est que quand je suis fatigué, je suis incapable de lutter contre le sommeil et d’avancer correctement un pied devant l’autre. Un simple fossé devient une invitation à m'allonger ...
Cela commence par la fin, en effet avec Joëlle, nous garons la voiture à deux pas de l’arrivée, nous nous renseignons sur la navette, et constatons que nous avons le temps d’aller manger des pâtes et même de faire une mini-sieste sous les arbres sur la pelouse à côté du port du Crouesty.
Nous montons dans le car et là je salue Vincent, 3 ans après nous être rencontrés à Millau, nous discutons comme si nous ne nous étions pas quittés, la dernière image de lui c’est quand il est dans le sens Sainte Affrique Millau , nous nous croisons car je suis dans l’autre sens, il lui reste en gros 20km et moi 40 …
Arrivés à Vannes, c’est le temps du retrait du dossard. Là, cela commence … très très mal, une bénévole me demande une pièce d’identité, ben, c’est qu’elle est restée dans la voiture car quand je pars pour 2 jours, je prends que le strict minimum et je métais restreint qu’à ce qui est contrôlable, sifflet, poche à eau 1,5l, couverture de survie, portable où j’ai rentré les numéros PC course, PC abandon et PC médical. Je stresse énormément, on me redit que je dois fournir une pièce d’identité, je montre ma mauvaise humeur en disant, ok c’est dans le règlement et maintenant je n’ai plus qu’à rentrer chez moi sans courir le raid puisqu’il n’est pas possible de retourenr au crouesty et de revenir. Au bout d’un énervement d’un responsable qui me demande rester correct avec les bénévoles … je me met dans un coin et je fulmine. Joëlle me dit que je ne suis pas seul dans ce cas et que d’autres ont eu leur dossard, je réessaye toujours stressé et je vous passe les détails avec des phrases très simples mais qui enfoncent le clou me précisant que je suis « inexcusable » ; enfin j’ai mon dossard, je vais poser mes trois sacs, pour les grands ravitaillements où je pourrais changer de sous vêtements et de maillot éventuellement prendre mes ravitos perso qui me donneront du plaisir.
Nous rentrons à nouveau dans le car pour aller au départ.
A Locmariaquer, des centaines de raideurs affluent, nous tuons le temps en bavardant, le départ est décalé d’une demi-heure car sur la route ça coince et des raideurs sont coincés dans le trafic, c’est vrai que c’est une presqu’ile et il n’y a qu’une route principale.
Quelques instants avant le départ,
nous nous recueillons pendant la minute de silence pour un trailer médecin de Vannes décédé au Mercantour, c’est toujours émouvant de penser à quelqu’un passionné comme nous qui est parti.
C’est parti, nous passons le double tapis de course avec la puce à la cheville, à peine deux mètres trottinées et je retire la puce et je la met à mon poignet, il paraît qu’on risque de passer par des endroits avec de l’eau jusqu’aux chevilles alors la consigne a été donnée de porter sur le poignet droit. Nous somme très nombreux à d’emblée adopter une allure très lente, j’entends david parler à dominique, il lui confie que nous sommes bien calés à 8 km/heure, cela paraît lent mais si on rêve de tenir cela jusqu’au bout c’est l’assurance d’être très bien placé au scratch. Arrêtons de réver, il y a certes l’allure de course mais il faudra compter sur les arrêts et aussi les passages à marcher, donc l’allure va inexorablement chûter, sauf pour ceux qui visent le podium, car eux vont à peine plus vite mais aux ne s’arrêtent pratiquement pas. Faites un rapide calcul, 20 ravitaillements avec 15 minutes d’arrêts et cela donne 5 heures de pause au total. En arrondissant à 180 km, à 10 km/h cela donne 18 heures, rajouter 5 heures cela donne 23 heures, maintenant descendez seulement à 5’ de moyenne d’arrêt et cela donne 1h40 soit un total de 19h40 soit un peu plus de 9km/h. C’est aussi cela l’ultra, vouloir gagner c’est additionner ou plutôt soustraire des minutes par ci et par là comme ne remplir qu’à 1 litre au lieu de 2 litres et cela donne 1kg de diffrénce à ne pas porter, cela peut donner ne serait-ce que 5 secondes au kilo, multiplié par 180 et cela fait 900 secondes soit 15 minutes etc, etc …
De toutes façons, je suis heureux quel que sera mon chrono car je renoue avec l’envie de participer à une compétition, celle-ci je l’ai respectée avec pour preuve mon stress. Pour l’anecdote, j’ai emporté avecmoi un tensiomètre-bracelet, j’ai pris ma TA Tension Artérielle avant le départ (SYS DIA en mmHG): 155 - 94 c’est beaucoup car au repos je suis en général à 120 75 comme ce dimanche soir où j’ai mesuré 117 – 75.
Tout est féérique, nous sommes au bord de la mer, nous savourons, l’allure est sereine, aucune indication de peinibilité, c’est le plaisir de courir à un rythme naturel.
Yves-Marie Quémeneur, un photographe que l'on rencontre sur les trails et diverses courses me dit : "c'est l'arroseur arrosé". Dans ma tête, je pense: "continue Yves-Marie, tes photos et tes viédos sont superbes, tu sais retranscrire ce qu'est la course, aussi bien celle des champions que celles des anonymes. Je me rapelle encore la vidéo du mont st michel et cela m'a tellement fait plaisir ... jusqu'aux larmes. " rapellez vous cette embrassade avec dédé, cédric et lolo !
Nous parcourons aussi des chemins entre les champs de maïs ou de blé.

Nous atteignons Auray et nous croisons des touristes profitant de terrasses avec vue sur des bateaux.
Les heures passent très très vite, au détour d'un chemin nous pouvons admirer les changements de couleurs tirant sur l'oranger qui proviennent du coucher de soleil. La nuit tombe alors que nous quittons le bono, nous attendrons assez tard pour sortir de nos sacs les lampes frontales mais sur les chemins côtiers cela devient difficile d'éviter les racines quand il n'y a plus de lumière.
Mon entraînement consistant à lever les pointes de pied et attaquer en douceur le sol par le talon en déroulant tout le pied est payant. Sur les sentiers côtiers les racines et les cailloux qui dépassent ne m'ont absolument jamais heurté mes orteils contrairement à Guerlédan où j'étais heureux d'avoir des chaussures de trail qui m'ont protégé, là sur les conseils d'amis ayant fait le semi-raid, j'ai opté pour des simples chaussures de route comme celle que je met pour u marathon. Le début de la nuit a été un pur bonheur, j'ai fait un bouta avec Joëlle, puis lors de prises de photos, elle est partie devant mais nous nous sommes retrouvés à Larmor-Baden pour un très bon repas avec des coquillettes, diu jambon du saucisson, de la soupe pommes de terres poireaux, Franck m'a même offert le partage d'une bière, une vraie. Ensuite, j'ai décidé d'aller à l'espace repos, on m'a proposé un lit et je me suis douché pour arriver propre sous la couette. A côté il y avait un gars sous perfusion car il n'arrivait pas à s'alimenter et il avait fait une hypoglycémie. Cet arrêt m'a "coûté" une heure et demie et dommage, je n'ai pas pu dormir, je suis reparti pas vraiment reposé. première leçon que je n'oublierai pas: apporter la prochaine fois un masque pour les yeux et des boules quiès pour les oreilles, en effet j'ai entendu pendant toute ma pause l'équipe médicale qui "sermonnaient" les coureurs.
La suite, très prochainement je l'espère car nous aborderons le passage dans la nuit avec disons le, assez peu de lucidité alors qu'entre 2 heures et 6 heures du matin cela a été des sentiments et des sensations bizarres, j'étais en quelque sorte sur une autre planète ou bien dans une autre dimension, je retiendrai la solidarité des raideurs dans ces moments à la limite dangereux.
Quand j’ai décidé d’écrire à propos de ce que j’ai vécu au grand Raid du Golfe du Morbihan, je me suis posé quelques questions, par exemple qu’est-ce qui reste quelques heures après, du positif, du négatif, quel titre vais-je donner à mon papier qui se doit d’être assez long si jamais il y avait matière à « philosopher ».
Pour le positif et le négatif, il y a matière, donc à ma question « vais-je en mettre une tartine ? » je commence à répondre, ce n’est pas parce qu’il y a un peu de frustration à ne pas avoir été au bout du Raid qu’il faut mettre de l’emphase sur les aspects négatifs, en effet juste après le Raid j’ai un peu discuté avec mon ami trailer Christophe Cochet et il m’avait prévenu que ce n’était pas un trail mais un Raid et il en faut pour tout le monde et là en l’occurrence, même si ce n’est pas ce que je préfère sur l’ultra, il y avait pas mal de bitûme et certains aiment çà, c’est leur droit et certains excellent par exemple sur 24 heures où cela peut être 24 heures sur asphalte. Pour terminer sur le négatif, c’est clair, le bitûme m’a chauffé les pieds et je vais vite oublier. D’ailleurs mes muscles ont déjà oublié, tout à l’heure, je quittais l’appartement, je descendais l’escalier avec une valise chargée et mon sac à dos : Même pas mal, incroyable mes quadris n’ont pas travaillé, en effet, c’était plat ! Du côté musculation, je ne retiendrais qu’un manque de gainage car j’ai ressenti un léger mal de dos.
Pour la question du titre, j’ai trouvé !, j’ai eu un flash vendredi quelques heures avant la course, Joëlle avec qui je co-voiturais m’a offert une boisson qui m’était nouvelle et j’ai dû mettre à peine quelques secondes pour retrouver ce que cela m’évoquait, les goûts et les odeurs ont la fantastique caractéristique de nous faire replonger dans le passé, là en l’occurrence, cette boisson parfumée aux agrumes était pétillante et m’a fait revivre ma tendre enfance où je me délectais d’une confiserie avec une espèce d’enveloppe en « ostie » rose et qui contenait une poudre qui pétillait sur la langue. C’est mon âge un peu avancé qui me pousse à l’introversion et à « régresser » jusqu’à des ages très reculés et ça me plait. Donc quand je pense à partance et quand je pense à enfance, cela me rappelle une chanson de Julien Clerc qui débute ainsi : « depuis l’enfance, je suis en partance … partir, partir, … »
Cette fin de semaine je n’étais pas bien loin de mes bases rennaises, j’étais dans la golfe du Morbihan. Du vendredi soir au début de dimanche, j’étais sur les routes et les chemins.
Là maintenant, je suis à bord du TGV. Dois-je me plaindre ? Comme dit souvent mon ami patrice Dubois : « que nenni ». C’est encore une belle occasion que j’ai savourée de croiser le chemin de personnes à qui j’ai juste dit bonjour en quelques occasions, il y a aussi des personne s avec qui j’échange quelques mots sur des forums sur Internet et il y a l’opportunité de passer quelques instants à converser plus longuement, plus profondément et il en ressort que je me trouve à la fois grandi et à la fois plus humble. Il y a des êtres humains qui ne produisent pas une grande littérature et ne font pas des articles à la mode et il y a des coureurs qui vont au delà de la simple question sportive de la course à pied et qui savent retranscrire sur leur blog leur passion, ils permettent à des anonymes de trouver des motivations pour emprunter un chemin, puis ils le quittent et deviennent des humbles mais très grands coureurs ou très grandes coureures.
S’il fallait aller à l’essentiel, et c’est ce que cherchent des internautes, des trucs et des astuces pour leur propre pratique, alors je serais de ceux qui ne vont pas dans le sens du grand marché de l’Internet, on y vient, on picore, on consomme « gratuitement » on repart avec ses propres convictions. Le « on » commence sérieusement à me mettre hors de moi. Le « Je » est peut-être égocentrique quand c’est pour se la « péter » mais le « Je » me fait plaisir quand c’est un « Je » sincère : « Je suis aux anges, je suis ravi, je suis repu, j’aime, j’ai apprécié, je suis disponible, je suis à votre service, que puis-je vous servir ».
Ils ou elles ? .
Voilà l’essentiel de ce que je retiendrai : Joëlle, Vincent, Franck, David, Dominique, Sébastien, les bénévoles, Jean Lou, Patrice.
Un petit mot sur chacun :
Joëlle Janez,
que je connaissais par le biais du forum breton. Nous avons passé pas mal de temps et j’ai été ravi de cotoyer sa simplicité et en quelque sorte nous sommes cousins car elle est à moitié vietnamienne et moi je le suis de sang mais très très peu culturellement. Elle m’a confié que mon Club véhiculait une image élitiste alors nous allons rectifier cela, je ne suis pas pour que nous ayons des résultats en baisse mais je tiens à ce que le plaisir d’être ensemble avec les amis du club prédomine. Il suffit d’aller sur notre blog pour voir que champions et modestes coureurs sont heureux de participer ensemble à des courses et aux regroupements qui les entourent.Vincent Toumazou, c’est
Franck Pinard, un garçon qui ne se prend pas la tête et qui doit être respecté car quand il s’est aligné sur des grosses épreuves, ils les a toujours respectées et il a termine entre autres, la course ce week-end mais aussi le marathon des sables. Pour l’anecdote, dans la première partie du Raid nous nous somme croisés et à Larmor Baden, je lui ai demandé s’il n’en avait pas marre de m’enrhumer. Il m’a demandé : « enrhumé à Berlin ? » En effet, cet automne il m’a doublé vers le 15ème, en me chambrant car c’est comme çà qu’on communique et finalement, cela fait quelques années maintenant qu’on déconne quand on se rencontre et ça me fait du bien de ne pas être tout le temps sérieux.
David Daveau, Pompier22, il est pompier volontaire dans les côtes d’Amor, il m’avait contacté pour l’entraînement et je l’avais dirigé vers Alain Colin un ami entraineur de mon club. Comme c’est souvent le cas, un garçon qui fait des gardes et qui reste entraîné à sauver des vies ne peut pas être un égoïste.
Sébastien Pioche est un garçon avec qui j’ai partagé les kilomètres les moins faciles, il m’a vu quand j’étais en train de dormir sur le bas côté dans l’après midi de samedi et lui s’est arrêté dormir à Sarzeau par contre à mon réveil il était reparti et j’ai constaté dans les résultats qu’il a terminé le grand Raid. Qui sait un jour nous nous rencontrerons à nouveau.
Les bénévoles, à chaque ravitaillement ils nous bichonnaient, ils venaient à notre table nous demander si nous avions envie soit d’une soupe, soit d’une boisson, soit un plat de coquillette avec du jambon, de l’emmenthal, du saucisson, une bière sans alcool. La nourriture était copieuse et ceux qui nous servaient étaient adorables limites admiratifs de notre performance alors que nous n’avions rien fait ou presque.
Jean Lou Mathieu et Patrice Dubois, mes amis avec qui j’ai partagé des voyages, des courses sur route et des trails, nous somme complices, nous voyons bien quand un de nous est ratatiné, quand il a le « pêchon » quand il se refait la cerise. Punaise, qu’est-ce que j’étais content quand dans la deuxième nuit nous nous sommes retrouvés avant Sarzeau, sans eux, je crois que je ne serais pas arrivé à la salle de ravitaillement, car j’avais une furieuse avant de me coucher et dormir. En tous cas, c’était un événement, tous deux ont bouclé les 88 km et cela constitue, un indice de performance, c’est la première fois qu’ils faisaient autant de distance. En peu de temps, ils ont passé la barrière psychologique du marathon, Moncontour c’était 46km, Guerlédan un petit 57 km et là le raid du golfe du Morbihan.
Les pressés auront abandonné la lecture, les patients pourront dire enfin, c’est le début de l’histoire.
Tout a commencé quand j’envisageais d’aller à la Réunion pour le grand Raid plus connu sous le vocable « la diagonale des fous ». Pourtant après le Noz trail et le glazik, j’avais décidé de ne pas y aller car l’enchaînement samedi-dimanche m’avait vraiment « laminé , ratatiné». Daniel, mon ami ultra-trailer m’a bien eu et m’a lancé un « Tite B… » alors que nous étions à une réunion de gens certes conviviaux mais néanmoins en costume et cravatés. La soirée s’est terminée tard, malgré cela rentré chez moi, je me suis inscrit en ligne sans attendre un revirement de décision.
Il me restait à planifier mon entraînement. Une si grande course, en distance et en dénivelée se respecte, c’est suffisamment dur qu’il ne faut pas y aller avec une préparation insuffisante. Mon problème principal est que la dernière fois où je me suis engagée sur un ultra, c’était le Mercantour en 2006 et j’avais abandonné, malgré un volume important, je ne m’étais pas préparé à affronter la nuit et j’avais rendu mon dossard avant d’attaquer la nuit.
Pour la Réunion, je m’étais donné en plus du volume, deux grands axes à travailler, le spécifique montagne et la gestion de deux nuits consécutives. Pour la montagne ce n’est pas réglé, je vais passer une semaine dans les Alpes et je vais continuer à travailler le renforcement des groupes musculaires impliqués dans ce type d’épreuve, comme en Bretagne je n’ai pas beaucoup de dénivelée, j’irais quand même dans deux endroits avec des côtes, Guerlédan et les sentiers côtiers du côté de Cancale.
Ceci nous amène au pourquoi du grand Raid du golfe du Morbihan, le profil ne comporte pas de dénivelée significative, pour preuve, malgré 145 km de chemin et route avec un peu de faux-plats je n’ai aucune trace au niveau des quadriceps. Par contre, le fait de partir à 17h00 me garantissait que j’affronterais deux nuits. Ce qui fût presque le cas, la nuit du vendredi au samedi et seulement de samedi à Dimanche vers 1 heure du matin.
Ce qui est le plus grand enseignement de ce grand Raid c’est que quand je suis fatigué, je suis incapable de lutter contre le sommeil et d’avancer correctement un pied devant l’autre. Un simple fossé devient une invitation à m'allonger ...
Cela commence par la fin, en effet avec Joëlle, nous garons la voiture à deux pas de l’arrivée, nous nous renseignons sur la navette, et constatons que nous avons le temps d’aller manger des pâtes et même de faire une mini-sieste sous les arbres sur la pelouse à côté du port du Crouesty.
Nous montons dans le car et là je salue Vincent, 3 ans après nous être rencontrés à Millau, nous discutons comme si nous ne nous étions pas quittés, la dernière image de lui c’est quand il est dans le sens Sainte Affrique Millau , nous nous croisons car je suis dans l’autre sens, il lui reste en gros 20km et moi 40 …
Arrivés à Vannes, c’est le temps du retrait du dossard. Là, cela commence … très très mal, une bénévole me demande une pièce d’identité, ben, c’est qu’elle est restée dans la voiture car quand je pars pour 2 jours, je prends que le strict minimum et je métais restreint qu’à ce qui est contrôlable, sifflet, poche à eau 1,5l, couverture de survie, portable où j’ai rentré les numéros PC course, PC abandon et PC médical. Je stresse énormément, on me redit que je dois fournir une pièce d’identité, je montre ma mauvaise humeur en disant, ok c’est dans le règlement et maintenant je n’ai plus qu’à rentrer chez moi sans courir le raid puisqu’il n’est pas possible de retourenr au crouesty et de revenir. Au bout d’un énervement d’un responsable qui me demande rester correct avec les bénévoles … je me met dans un coin et je fulmine. Joëlle me dit que je ne suis pas seul dans ce cas et que d’autres ont eu leur dossard, je réessaye toujours stressé et je vous passe les détails avec des phrases très simples mais qui enfoncent le clou me précisant que je suis « inexcusable » ; enfin j’ai mon dossard, je vais poser mes trois sacs, pour les grands ravitaillements où je pourrais changer de sous vêtements et de maillot éventuellement prendre mes ravitos perso qui me donneront du plaisir.
Nous rentrons à nouveau dans le car pour aller au départ.
A Locmariaquer, des centaines de raideurs affluent, nous tuons le temps en bavardant, le départ est décalé d’une demi-heure car sur la route ça coince et des raideurs sont coincés dans le trafic, c’est vrai que c’est une presqu’ile et il n’y a qu’une route principale.
Quelques instants avant le départ,
C’est parti, nous passons le double tapis de course avec la puce à la cheville, à peine deux mètres trottinées et je retire la puce et je la met à mon poignet, il paraît qu’on risque de passer par des endroits avec de l’eau jusqu’aux chevilles alors la consigne a été donnée de porter sur le poignet droit. Nous somme très nombreux à d’emblée adopter une allure très lente, j’entends david parler à dominique, il lui confie que nous sommes bien calés à 8 km/heure, cela paraît lent mais si on rêve de tenir cela jusqu’au bout c’est l’assurance d’être très bien placé au scratch. Arrêtons de réver, il y a certes l’allure de course mais il faudra compter sur les arrêts et aussi les passages à marcher, donc l’allure va inexorablement chûter, sauf pour ceux qui visent le podium, car eux vont à peine plus vite mais aux ne s’arrêtent pratiquement pas. Faites un rapide calcul, 20 ravitaillements avec 15 minutes d’arrêts et cela donne 5 heures de pause au total. En arrondissant à 180 km, à 10 km/h cela donne 18 heures, rajouter 5 heures cela donne 23 heures, maintenant descendez seulement à 5’ de moyenne d’arrêt et cela donne 1h40 soit un total de 19h40 soit un peu plus de 9km/h. C’est aussi cela l’ultra, vouloir gagner c’est additionner ou plutôt soustraire des minutes par ci et par là comme ne remplir qu’à 1 litre au lieu de 2 litres et cela donne 1kg de diffrénce à ne pas porter, cela peut donner ne serait-ce que 5 secondes au kilo, multiplié par 180 et cela fait 900 secondes soit 15 minutes etc, etc …
De toutes façons, je suis heureux quel que sera mon chrono car je renoue avec l’envie de participer à une compétition, celle-ci je l’ai respectée avec pour preuve mon stress. Pour l’anecdote, j’ai emporté avecmoi un tensiomètre-bracelet, j’ai pris ma TA Tension Artérielle avant le départ (SYS DIA en mmHG): 155 - 94 c’est beaucoup car au repos je suis en général à 120 75 comme ce dimanche soir où j’ai mesuré 117 – 75.
Tout est féérique, nous sommes au bord de la mer, nous savourons, l’allure est sereine, aucune indication de peinibilité, c’est le plaisir de courir à un rythme naturel.
Nous parcourons aussi des chemins entre les champs de maïs ou de blé.
Nous atteignons Auray et nous croisons des touristes profitant de terrasses avec vue sur des bateaux.
Les heures passent très très vite, au détour d'un chemin nous pouvons admirer les changements de couleurs tirant sur l'oranger qui proviennent du coucher de soleil. La nuit tombe alors que nous quittons le bono, nous attendrons assez tard pour sortir de nos sacs les lampes frontales mais sur les chemins côtiers cela devient difficile d'éviter les racines quand il n'y a plus de lumière.
Mon entraînement consistant à lever les pointes de pied et attaquer en douceur le sol par le talon en déroulant tout le pied est payant. Sur les sentiers côtiers les racines et les cailloux qui dépassent ne m'ont absolument jamais heurté mes orteils contrairement à Guerlédan où j'étais heureux d'avoir des chaussures de trail qui m'ont protégé, là sur les conseils d'amis ayant fait le semi-raid, j'ai opté pour des simples chaussures de route comme celle que je met pour u marathon. Le début de la nuit a été un pur bonheur, j'ai fait un bouta avec Joëlle, puis lors de prises de photos, elle est partie devant mais nous nous sommes retrouvés à Larmor-Baden pour un très bon repas avec des coquillettes, diu jambon du saucisson, de la soupe pommes de terres poireaux, Franck m'a même offert le partage d'une bière, une vraie. Ensuite, j'ai décidé d'aller à l'espace repos, on m'a proposé un lit et je me suis douché pour arriver propre sous la couette. A côté il y avait un gars sous perfusion car il n'arrivait pas à s'alimenter et il avait fait une hypoglycémie. Cet arrêt m'a "coûté" une heure et demie et dommage, je n'ai pas pu dormir, je suis reparti pas vraiment reposé. première leçon que je n'oublierai pas: apporter la prochaine fois un masque pour les yeux et des boules quiès pour les oreilles, en effet j'ai entendu pendant toute ma pause l'équipe médicale qui "sermonnaient" les coureurs.
La suite, très prochainement je l'espère car nous aborderons le passage dans la nuit avec disons le, assez peu de lucidité alors qu'entre 2 heures et 6 heures du matin cela a été des sentiments et des sensations bizarres, j'étais en quelque sorte sur une autre planète ou bien dans une autre dimension, je retiendrai la solidarité des raideurs dans ces moments à la limite dangereux.
lundi 29 juin 2009
une irresistible envie de dormir
(
un port avant le premier ravitaillement, à ce moment, c'est facile, je ne fais que me freiner.

voilà une photo au moment où je suis à la presqu'île de Conleau à Vannes, c'est à peu près la moitié du raid et je me porte pas mal. Le départ a été donné à 17h30 le vendredi et je n'ai quasiment pas dormi au moment de la prise de la photo, ensuite je vais m'arrêter à Vannes où je vais roupiller une demi-heure, le pointage à la capitainerie est aux alentours de midi. Ensuite avec la chaleur et la fatigue, j'ai passé mon temps à chercher un endroit pour me poser et dormir. J'ai même dormi par touche de 5 minutes sur les bas-côtés mais le pire c'est entre Noyalo et Sarzeau où là c'était l'obsession ... s'arrêter dormir, il n'y avait plus que ça dans ma tête. Arrivé à Sarzeau, je me suis arrêté définitivement. Dommage, ça a un arrière goût d'inachevé, 31h36 et seulement 144,98 km .
un port avant le premier ravitaillement, à ce moment, c'est facile, je ne fais que me freiner.
voilà une photo au moment où je suis à la presqu'île de Conleau à Vannes, c'est à peu près la moitié du raid et je me porte pas mal. Le départ a été donné à 17h30 le vendredi et je n'ai quasiment pas dormi au moment de la prise de la photo, ensuite je vais m'arrêter à Vannes où je vais roupiller une demi-heure, le pointage à la capitainerie est aux alentours de midi. Ensuite avec la chaleur et la fatigue, j'ai passé mon temps à chercher un endroit pour me poser et dormir. J'ai même dormi par touche de 5 minutes sur les bas-côtés mais le pire c'est entre Noyalo et Sarzeau où là c'était l'obsession ... s'arrêter dormir, il n'y avait plus que ça dans ma tête. Arrivé à Sarzeau, je me suis arrêté définitivement. Dommage, ça a un arrière goût d'inachevé, 31h36 et seulement 144,98 km .
mardi 23 juin 2009
un 10km de Vincennes sous la chaleur puis un podium pour Oliv
Facile pour moi d'alimenter mon blog même quand j'ai un agenda terrifique, il suffit de me reposer sur les jambes et la plume de mes amis, aujourd'hui c'est olivier Bersot qui avait couru aux 10km de Vincennes à peine remis il a couru à la défense dans le cadre d'Action contre la Faim voici son récit
vendredi 19 juin 2009
grand raid du golfe du Morbihan
Vendredi prochain, partiront deux adorables trailers, ultra-marathoniens pour couvrir chacun les 177 kms autour du golfe du Morbihan. Ils ont une motivation supplémentaire aux autres ... ils vont faire cela pour des enfants allez voir et soutenir "les rêves d'enfants"
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