lundi 5 novembre 2007

le marathon de Toulouse d'Erwann quinze jours après Dunkerque

Comme je viens de savourer cet admirable récit, je l'ai recopié avec l'accord de son auteur, Erwann, il a donc écrit:

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J'informe une collègue et néanmoins amie que je serai absent le vendredi précédent le week-end, en précisant que je me rends à Toulouse pour le marathon, puisqu'elle réside dans la région. La conversation se poursuit alors sur la course à pied où elle m'apprend qu'une drôle d'inhibition l'empêche d'enfiler ses chaussures et de se lancer sur les chemins. Il n'aura pas fallu faire preuve de beaucoup de persuasion pour lui donner le coup de pouce qu'elle attendait. Promesse est faite qu'elle s'y mettra dès dimanche. Elle a l'air ravie. Moi aussi. Je penserai à ses premiers pas, alternant course et marche, dimanche matin à Toulouse. Encore une qu'il serait désagréable de décevoir. À Toulouse, où je suis reçu comme un roi au sein de la famille de mon amie Anne, c'est la fête. Famille de culture sportive, tout le monde s'intéresse à ce que je suis venu faire chez eux. On me demande ce qu'il faut que je mange et je dois insister pour que tout le monde ne se retrouve pas au régime pâtes pendant 3 jours ! On déplie le plan du parcours, on étudie les difficultés, on décide des emplacements où attendre mon passage. Cette effervescence me met dans un bon état d'esprit. C'est joyeux et il faudra que ça le reste. Et ce sera la moindre des choses que d'être en état de sourire au 30è kilomètre, puisque c'est là qu'ils m'attendront avec l'appareil photo !


14 octobre, vers 11 heures 30, mon marathon d'automne s'arrête au 29 ou 30è kilomètre. Je ne suis pas blessé, je sais juste que je vais droit dans le mur et que je n'ai aucune envie de m'y heurter. C'est la première fois que je prends cette décision, mais elle n'a pas été difficile à prendre. Elle s'est imposée à moi comme une évidence, et c'est le cœur presque léger que je trottine à rebours du sens de la course, jusqu'au point d'arrivée, pour y attendre mes valeureux compagnons du week-end.

Si j'assume sans regret la décision d'avoir interrompu une course à nouveau bâclée, je suis bien obligé de me poser certaines questions quant à mes intentions vis-à-vis du marathon. Ce sont tout de même quatre échecs que j'enchaîne. On peut toujours chercher des explications du côté de la météo, du dénivelé ou de la recette des pâtes de la veille, force est de reconnaître que le seul objectif du chrono ne suffit plus à me faire vibrer et, moins encore, à me défoncer le jour J. Alors, on tourne la page du marathon et on plie bagage ?

Je ne le pense pas mais il faut que j'en aie le cœur net. De retour à la maison, je consulte un calendrier de courses où je repère Toulouse, deux semaines plus tard. Idéal pour récupérer de mes maigres efforts de Dunkerque et me refaire un mental. Clic clic, low cost, clic clic, inscription en ligne. C'est fait. Dunkerque effacé, objectif Toulouse. Ca n'a l'air de rien, mais ce n'est pas si simple de se reprojeter ainsi ! Il y a des jours où je me sens un peu comme un triple-sauteur à qui on demanderait un quatrième rebond. Il y en a d'autres où j'oublie même que je me suis fixé ce nouveau rendez-vous, d'autant plus que j'ai imposé à silence radio à mes amis de CLM, leur demandant de ne pas m'encourager ou m'aider à aborder cette course de rattrapage. Je voulais voir ce qui restait en moi d'envie de courir. Quelle motivation neuve allais-je trouver pour faire de ce neuvième marathon une nouvelle aventure ? Tout au long de ces deux semaines, j'ai attrapé, retenu, emmagasiné des réflexions, des remarques, des anecdotes auxquelles je n'aurais pas en temps normal accordé beaucoup d'importance. Pourquoi par exemple ai-je été frappé par cette phrase lue au détour d'un mail « le marathon, c'est 30 kilomètres d'attente et 12 kilomètres de course » comme si je ne l'avais jamais entendue ? C'est le mot d'attente qui m'a marqué. Mot clé qui me ramène au marathon de Paris 2004 pour mon premier chrono sous les 3 heures, collé aux basques du meneur d'allure et rongeant mon frein d'impatience… Mais quel bonheur alors de pouvoir dérouler sa foulée jusqu'aux derniers hectomètres et de relâcher la pression et les vannes lacrymales au franchissement de la ligne d'arrivée ! Il me fallait redevenir patient.

Ensuite, il y a Charlie et les copains. Charlie qui m'entraîne depuis août, que je viens de priver autant qu'à moi-même d'un bon résultat à Dunkerque et à qui je dis, comme aux autres : « Toulouse, c'est mon affaire ». Je n'ai pas de doute sur le fait que ma démarche a été comprise, mais si tout cela devait à nouveau retomber comme un soufflé, ça aurait un petit côté pathétique… En revanche, j'aime assez imaginer leur tête, leur surprise devant leur ordinateur dimanche 28 au soir si je ne m'en sors pas trop mal. Les surprendre, il faut que je le note.

Chez moi, les nouvelles sont bonnes. Anne et les enfants passent un bon week-end à Bruxelles. Merci encore de m'avoir permis de vivre mon caprice. Quant aux deux semaines de rallonge, elles auront au moins permis à mon rhume de se terminer et à Armel, mon fiston, de retrouver le goût des nuits de 12 heures. Avant Dunkerque, la poussée de ses quenottes hachait nos nuits aussi sûrement que l'humeur paternelle…

Pan ! C'est parti ! La troupe s'élance du centre Aéroconstellation, première étape de la visite obligatoire des hauts-lieux de la ville. Le cardio s'emballe et bipe à s'en faire chauffer les circuits. Il va péter ainsi les plombs pendant les 3 premiers kilomètres, me privant de toute information utile sur une portion de parcours dépourvue de marquage des kilomètres. Je ne m'en soucie pas trop. Charlie m'a appris que ma FC marathon était de 155 alors je m'y tiens. Un papy me dépasse, deux femmes aussi, mais je suis devenu patient. La course est longue et le jeu, car c'en est un, va consister à respecter la limitation de vitesse sous peine de s'arrêter avant l'arrivée, en panne sèche. On dirait que les responsables du tracé ont mis un soin particulier à contourner la ville. Les quartiers traversés au cours des premiers kilomètres manquent parfois de charme, mais les spectateurs ne sont pas avares de leurs encouragements. J'essaie de faire ma course, sans me soucier de ceux qui me dépassent, ralentissent, arrivent à ma hauteur avant de disparaître. J'ai décidé de suivre ma FC à la lettre et de ne jamais dépasser 155. Mon seul souci est de ne pas terminer à la ramasse. Je suis venu faire une bonne course de 42 kilomètres et ne suis pas à 5 minutes près. A Dunkerque, où le parcours est une double boucle, j'ai mentalement coupé la course en deux, sur le principe : faisons déjà une bonne boucle (et donc un bon semi), ce sera toujours ça de pris. Pas la bonne approche… Ici, je me projette le plus loin possible. J'essaie de ne pas découper la course mais de la voir comme un ruban ininterrompu. Pas d'escale, nulle part où s'arrêter, mais des repères, des rendez-vous : mes amis toulousains postés en famille au 12è kilomètre, l'oncle et la tante d'Anne également en famille au 25è. Des lieux attendus avec prudence, les 4 kilomètres de piste cyclable en faux-plat montant du côté de Balma, ou avec curiosité, la traversée du centre et du Capitole, au 36è. De quoi projeter l'esprit le plus loin possible, l'occuper pour ne pas laisser s'insinuer le doute.

Depuis le départ, je surveille mes sensations et elles sont bonnes. Je fais défiler mon diaporama d'images positives. Je pense à Sophie qui fait son premier jogging je suis content d'y être pour quelque chose. Je pense à Charlie à qui j'aimerais tant dire merci de m'avoir ramené à un niveau déserté depuis deux ans, plutôt qu'avoir à fournir une nouvelle banalité sur le thème d'un départ trop rapide. Je pense à mes amis, qui savent ce que je suis venu chercher ici et qui guetteront sans doute les résultats de la course ce soir. L'avantage d'avoir pu rebondir si vite, c'est que les raisons et les sensations de l'échec précédent sont encore fraîches. Je sais exactement ce qui m'attend si je ne m'arme pas de patience. Ma course est donc légèrement en dedans, ce qui est ma foi fort agréable ! Je déroule et n'hésite pas à ralentir dès que ça monte. Je passe le semi en 1h21 et une vingtaine de secondes. Juste une poignée de secondes de plus qu'à Dunkerque, donc trop rapide, mais je ne m'en alarme pas. Mon état d'esprit n'a rien à voir avec celui que j'avais il y a 15 jours. Primo, je ne suis pas usé, physiquement ou mentalement. J'ai envie de terminer cette course et j'ai de quoi aller au bout. J'ai envie de sourire à la caméra au 25è. J'ai envie de traverser la place du Capitole et d'y faire la course avec les autres rescapés des 35 premiers kilomètres. J'ai envie de courir vers la ligne d'arrivée plutôt que m'y traîner. Je répète un peu la même chose, mais ce que j'essaie d'exprimer ici c'est l'envie que j'ai retrouvée et qui m'anime. A ce propos, l'animation ne manque pas au bord des rues. Peut-être est-ce l'effet "première édition", mais les spectateurs sont tout sauf blasés ! Beaucoup doivent avoir un parent ou un copain qui court et attendent ou saluent son passage avec chaleur. Peu après le semi, un "allez les CLM !" me fait sursauter de surprise. Quelques grammes de bonheur supplémentaires qui valent bien un gel. Au 25è kilomètre, je sais que l'une des difficultés du parcours est franchie. Les sensations sont bonnes, le chrono aussi. Petite déception, l'oncle et la tante d'Anne ne sont pas présents. Difficulté de circulation, sans doute. A ce stade, on commence à voir des coureurs lâcher prise. Quand on est bien dans sa course, dans son allure, on a un poste d'observation idéal des erreurs des autres : le pied qui frappe le sol un peu trop fort, le dos un peu trop raide, le souffle un peu trop court, la mine fermée signalent le sur-régime, même léger, qu'on finit toujours par payer cash. Il faudrait pouvoir se voir de l'extérieur pour savoir si on gère bien sa course...

J'entends qu'on m'appelle ! C'est la famille d'Anne qui s'est finalement postée au 30è. Quelle joie ces visages amis, ces sourires ! Je me sens vraiment d'attaque. A partir de ce moment, je ne me soucie plus vraiment du chrono. Je continue à marquer le passage des kilos, par réflexe, mais de toutes façons, il ne m'apprend pas grand-chose car depuis le début, soit le positionnement des panneaux est sacrément approximatif, soit je fais l'accordéon comme Yvette. Je ne m'intéresse qu'à ma FC et à mon état d'esprit. Ma revanche sur Dunkerque devra être celle du plaisir de courir plus que celle du chrono final. Le plaisir n'étant pas incompatible avec une certaine efficacité, je constate que je remonte, autant par le ralentissement de ceux qui m'entourent que par le maintien de ma propre allure. Les minutes et les kilomètres défilent. Au détour d'une rue, nous voici à l'entrée de la place du Capitole. Le tracé du parcours nous la fait traverser dans sa diagonale. Vu l'affluence, c'est un couloir au milieu d'une foule dense que nous empruntons. Nous sommes au 36è kilomètre et tout est bon à prendre pour se booster alors je n'y résiste pas : j'écarte largement les bras et les élève vers le ciel, comme un chef d'orchestre. Le résultat ne se fait pas attendre : une clameur monte de la foule. La première est un peu timide mais la deuxième enflamme la Capitole ! Pas mécontent de mon petit effet, je quitte la place avec une banane qui ne me quittera pas avant un bon kilomètre. 37, 38è kilomètre, ça devient dur mais ça sent également l'écurie et croyez-moi ça sent bon ! Les spectateurs se font de plus en plus chauds à mesure qu'ils savent que nous sommes près de l'arrivée. J'ignore mon temps, mais je sais que je suis encore à l'attaque. C'est ce que je me dis quand je me fais littéralement déposer par une féminine, Houria Fréchou, locale de l'étape qui finira très fort, en deuxième position derrière une Russe !

À l'approche du stade, un chrono égrène les secondes : on en est à 2h47 et des poussières. J'intensifie mon effort, tente un sprint final et franchit la ligne en 2h48. Un sentiment de soulagement m'envahit. D'abord, d'être venu terminer ici ce que j'avais commencé à Dunkerque et deuxièmement d'avoir retrouvé un niveau de forme après lequel je cours, littéralement, depuis deux ans sur marathon. Charlie en est l'artisan. La préparation qu'il m'a concoctée et suivie depuis août ne ressemblait pas à celles que j'avais suivies jusqu'à lors. J'y ai perdu pas mal de repères et donc de confiance, mais Charlie a toujours réussi par son assurance, son enthousiasme, sa philosophie du sport et de la vie, à remettre les choses à leur place et à ne pas se tromper d'objectif. Merci pour ta disponibilité et ton soutien de chaque jour. "

1 commentaire:

Sylvie a dit…

Quel beau récit ! Objectif réussi, bravo ! J'y étais aussi à Toulouse mais moi je n'ai pas réussi mon objectif........pas grave je pense déjà au prochain en 2008 !