vendredi 16 janvier 2009

invitation au voyage ailleurs ... dans la campagne

Alors que je vais retrouver mes amis dimanche et que nous allons courir dans la boue, sous la pluie le cross championnat d'Ille et Vilaine, je viens de retrouver un texte que je m'étais écrit au retour du marathon de Berlin et finalement, je vous le recopie sur ce blog.

Voyage, découvrir, se redécouvrir

Pour mes amis, cela a été l’occasion de courir un marathon célèbre, pas n’importe lequel, celui où il y a un an, en septembre 2007 l’admirable Haïlé Gebressélassié a établi le record du monde en 2h04’26.

Berlin est accessible, il suffit de s’y prendre suffisamment à l’avance et cliquer au bon endroit, donner son numéro de carte de paiement et voilà un dossard réservé, garanti. Du fait de nos inscriptions en mars, cela nous a coûté quand même cinquante cinq euros auxquels il fallait ajouter six euros de location de puce.
En faisant un footing l’autre jour j’ai rencontré une marathonienne qui me disait que le dossard pour NY était au moins quatre fois plus cher. Pour Berlin contrairement à NY, nul besoin de passer par un tour opérateur, comme ça, chacun peut choisir à sa convenance sa façon d’y aller, d’y dormir, d’y courir, d’y manger, d’y rire, d’y pleurer et ensuite de se souvenir.

Francki, Laurent et Fabrice sont partis de leur côté en camping-car, en partant de Bretagne le jeudi soir 18h , ils sont arrivés à 11h le vendredi, ils ont pu aller faire un footing de décrassage. Ils ont séjourné au nord de Berlin à vingt minutes en métro de la station Friedrichstrasse qui est la plus proche du départ du marathon.

De mon côté, le voyage a été plus varié en terme de moyens de transport, avec Jilali et Alain, nous avons pris la voiture pour faire Rennes-Roissy-Charles De Gaulle avec une halte à Rueil chez JeanGab qui au début du projet devait venir avec nous. Nous avons pris l’avion dans lequel il y avait pas mal de marathoniens pour atterrir à Tegel, juste à côté de nos camping-caristes.

Certes Berlin est loin de la Bretagne, environ 1500 kilomètres mais Berlin est accessible. Pour l’hébergement, nous étions dans un hôtel avec des tarifs qui sont plus de deux fois inférieurs à ceux de Paris ou Barcelone, que dire du caractère prohibitif de NY ou de Londres.

Un marathon est quelquefois un but, ce peut être la concrétisation d’un projet, mieux, d’un rêve.

Un marathon à l’étranger est bien différent.

Un premier marathon qu’il soit à côté de la maison ou à l’autre bout du monde est de toutes façons magique.

C’est à la fois une aventure, une découverte qu’on se promet, un mythe, un rêve, la quête d’un inaccessible, cela revêt toutes sortes d’attentes. C’est une vie différente qui est en vue, il y a l’avant et il y aura l’après marathon. Il y aura la fierté de l’avoir fait, d’avoir suivi les traces de grands champions olympiques. Il y aura le sentiment d’appartenir à un club « fermé ».

Mon premier marathon a été le marathon de Paris, je me rappelle avoir pleuré de bonheur au passage de la ligne avenue Foch. Quand j’y pense, je me retiens.

Mon premier marathon à l’étranger a été à Rotterdam, c’était un parcours à chrono, il avait été dans le passé le lieu d’un record du monde. Le profil ne comporte qu’une bosse qui correspond à un très grand pont à passer deux fois. Il faisait beau, le départ avait lieu à midi, dans le sas je pleurais de bonheur de courir encore une fois un marathon, je connaissais et savourais ma chance, celle de pouvoir courir et avoir le plaisir de courir.

Le voyage de Rennes à Rotterdam avait été fait par la route dans un « neuf places » peu confortable mais les moments partagés sur la route, puis en Hollande, à Amsterdam puis à Rotterdam restent gravés comme des moments de complicité avec des amis de Courir à St Grégoire. Accessoirement, j’avais battu mon record sur la distance mais je n’avais pas beaucoup aimé le parcours, le peu de spectateurs au moment où les forces vous quittent m’avaient déçu. c'est dans un parc un peu comme le bois de boulogne où il y a vraiment très peu de public.

Plusieurs années après, je constate que je ne suis pas sorti beaucoup de l’hexagone, Vienne et Montréal seulement ont été mes pélerinages dans des « temples » marathon. J'ai même abandonné à Barcelone au treizième tellement cela me faisait ch... dès le coup de pistolet.

Comment faire un récit du marathon de Berlin alors que ça n’a pas été pour moi ne serait-ce que sympathique, alors que cela fait déjà deux semaines que je suis revenu ?

Il est vrai que beaucoup de mes amis et de mes lecteurs attendent ce récit, peu m’écrivent sur le blog alors que pas mal me font des remarques soit dans une conversation en vrai entre quatre yeux, par téléphone ou via un courriel.

N’importe quel coureur dirait qu’il y avait un public enthousiaste qui encourageait qui criait qui faisait tourner des crécelles.
Il y avait très fréquemment des orchestres jouant des morceaux rythmés et entraînant.
Il y avait beaucoup de coureurs et dans mon tempo énormément de femmes voire des jeunes filles.
Le soleil était au rendez vous, le vent inexistant, la température idéale.
Tout était bien.
Bien pour Haïlé qui encore une fois a fait un superbe chrono, il a battu son record du monde, il a réalisé 2h03’59. C’est phénoménal et pourtant, il est à parier qu’en septembre 2009, le tout récent champion olympique Samuel Wanjiru va venir et effacer cette marque.

Du strict point de vue matériel, ma médaille est déjà « obsolète » elle mentionne le record du monde 2007.

Sincèrement, tout cela concerne, le marathon en général, les performances mondiales mais cela n’a rien avoir avec moi; ni moi, ni mes amis que j’entraine.

Sur ce coup, les gars que j’avais « préparés » étaient laurent, karim, alain et fabrice.

Laurent, je ne le coache que depuis 5 mois, Karim depuis 3 ans, alain depuis 4 ans et fabrice 2 mois.
Jilali que j’entraine depuis 6 ans n’a pas pu faire de préparation car cet été sa santé ne lui permettait pas.

Si je fais un bilan :
Charlie (oui c’est moi) n’a pas suivi de plan de préparation spécifique, il a bricolé parce que d’une part il n’a pas d’entraineur et d’autre part il était encore handicapé par sa cheville droite cet été. Il a fait quelques séances avec les copains qui préparaient La Baule (une semaine après) et le résultat brut, le gars a fait une énième fois juste autour de 4 heures. C’est loin d’être un chrono satisfaisant pour un compétiteur mais cela reflète son niveau actuel, deux fois moins vite que le meilleur du monde.

Fabrice était fatigué à l’entame de sa préparation, avant même de partir pour Berlin, il se projetait déjà sur un marathon suivant, en fait il va s’aligner à La Rochelle et Berlin n’a pas été couru à fond.

Jilali sans préparation a pris le départ avec l’envie de passer sous 3h30, sa fille lui avait pronostiqué son temps de passage au semi et cette prédiction s’est avérée, il a fait 1h43 et au final 3h27.

Alain avait été blessé un mois avant le marathon et avait été contraint au repos total, il n’a fait que des footings dans les trois dernières semaines selon mes recommandations. A la finale, avec en vue la possibilité de battre son record personnel, sur les derniers kilomètres, là où le public est très dense il s’est auto-motivé et a terminé très fort. En effet il a gagné une minute et réalise 3h24. Pour ceux qui connaissent un peu Berlin, il faut savoir qu’à partir de Ku’Damm, l’artère où se trouvent les belles enseignes de prêt à porter, la foule est tellement dense qu’au moment d’arriver à l’église du souvenir, l’artère qui fait plusieurs voies de circulation se retrouve réduite à une seule et les Bretons pourraient se croire à la côte du Vincin avant de terminer Auray-Vannes. A Berlin c’est plat mais à cet endroit on peut taper dans les mains des spectateurs des deux côtés. Il reste quand même pas loin de 7 kilomètres à parcourir.

Karim est celui qui me fait le plus de bien et peut-être le plus de "mal." Réglons de suite le négatif, de part la régularité de sa progression, il pourrait faire croire que je suis un super coach et ainsi cela me fait de la publicité qui pourrait être mensongère. Ce qui est vrai c’est que cela fait trois années que nous apprenons ensemble, que nous progressons ensemble, que je sois bon ou non, nous progressons, nous nous améliorons. Il va plus vite, il n’est pas con, il comprend, il adapte et moi je capitalise de l’expérience. En résumé, le mal c’est que je suis énormément sollicité pour « imiter » l’entraînement de Karim, et par politesse je dois expliquer que je ne peux entraîner tout le monde. Le Bien c’est quand les résultats sont là, il est heureux de ce qu’il fait, il peut … ce n’est pas rien ce qu’il réalise et il est surtout honnête, il sait d’où viennent les résultats, des capacités, des compétences et du travail, le sien, je savoure ses succès, cela me motive.

Laurent était de mon point de vue, super bien préparé, je me suis trompé, c’était la première fois qu’il suivait de bout en bout une préparation spécifique intégralement basée sur ses capacités. pas en copiant les séances d'un autre ou un truc piqué dans une revue Les séances étaient calibrées en fonction de l’ évolution des correspondances FC/allures. J’avais prévu un chrono en 2h32, j’y croyais dur comme fer. Laurent a fait une seconde de plus que son record personnel. A partir de La Rochelle 2007, il a fait 2h37, 2h37, 2h37, sauf au mont St Michel que je classe à part car seulement 18 jours après le championnat de France où il est quand même champion par équipe en vétéran.


Il n’y a pas que le travail qui justifie mon silence, mon retard, il faut l’avouer je ne peux me résoudre à parler de mes échecs personnels, c’est humain. De plus, à quoi serviraient des écrits qui démoraliseraient quelques lecteurs ?

J’ai beaucoup appris sur mes amis que j’entraîne et qui étaient à Berlin. Nous avons parlé de course à pied, nous avons discuté de nos contraintes au quotidien. Nous sommes vraiment dans des environnements différents, nous ne pouvons vivre la course de la même manière. Nous avons des expériences différentes. Pour ma part j’ai quelques dizaines de marathons, quelques cent-bornes, quelques trails à mon actif. Certains coureurs n’ont que 3 ou 4 marathons.

Je côtoie des coureurs qui ont des dizaines et des dizaines de marathons au compteur, certains ont la chance de toujours courir vite ou tout du moins à fond de leurs capacités. C’est sans nul doute au niveau de la motivation qu’ils diffèrent de moi. C'est à dédé que je pense,Pour un petit nombre, j’ai l’impression que la magie est en train de disparaître, ils en ont peut-être trop fait.

Pour ma motivation, peut-être ai-je une explication. Chaque fois que je croise un coureur, je ne peux m’empêcher de regarder et critiquer sa foulée, sa gestuelle, sa posture. Quand je m’entraîne et que je suis bien, j’ai du plaisir à me « regarder » et me croire « aérien ». Quand je cours longtemps et c’est le cas sur un marathon, ma foulée devient lourde, mon corps s’affaisse, mes pas « résonnent » mes bras, mes épaules tombent, mes genoux ne plient plus, mes talons ne remontent plus, cela ne ressemble plus à rien , si je sais à quoi çà ressemble alors je ne veux blesser personne et je me tais ; mais moi, je sais et je suis « atteint ».

Le marathon de Berlin n’a pas été pour le coureur que je veux être, du bonheur, le voyage a Berlin a été source de plaisir et de bonheur simple paratgé avec les gars.

Tous les voyages n’ont-ils pas comme but de faire découvrir. Découvrir d’autres endroits, d’autres personnes, d’autres cultures, d’autres modes de pensée, d’autres facettes … Je continue à découvrir …

En effet, il y a des coureurs que j’entraîne depuis plusieurs années, avec certains j’ai vécu des déplacements d’une ou deux journées pour des compétitions, avec d’autres, je ne les ai coachés que lors d’un cross ou d’un 10km. Il y a l’expérience du suivi à distance de plusieurs semaines avant un marathon et il y a eu cinq jours passés à Berlin.

Pour clore sur ma personne, je suis venu pour revoir mon fils Julien, c’est un garçon plein de talents, il ne court pas mais a beaucoup aimé passer du temps avec les « drogués de la course à pied », ce voyage m’a approché de lui le temps du week-end mais dans le même temps, il m’a éloigné des autres enfants. De retour, à Rennes, les autres qui sont tout aussi adorables méritent mon attention, ce n’est pas parce qu’un de ses enfants a énormément besoin à un moment donné qu’il faut priver les autres. L’invitation au voyage est aussi une invitation à l’introspection. L’envie de découvrir les horizons lointains ne doit pas faire oublier qu’à deux pas il y a tant à découvrir, à commencer par soi-même, ses faiblesses qu’on peut positiver, on peut découvrir que ceux qu’on aime vivent, changent, grandissent, se construisent, on est là pour les aider éventuellement, pour les aimer sûrement, j’ai la chance de ne pas être seul pour çà. Pour vivre heureux, pour ne pas tourner en rond, pour ne pas se morfondre, on se doit d’avoir des projets. Quand j’étais plus jeune, j’aurais formulé l’envie de changer le monde. Avec le temps ce n’est pas la révolution qu’on veut mais l’envie d’améliorer les choses. Et si le voyage n’était qu’un prétexte à vouloir continuer à être jeune et à rêver.
Pourquoi ai-je plus de plaisir à entraîner qu’à moi-même essayer de performer ? Parce que plus aucun chrono ne me fait rêver alors que je vois dans mes athlètes l’envie. Ils ont des raisons de vouloir s’améliorer. Ils ont raison car ils vont s’améliorer. Berlin a encore été l’occasion de montrer que Karim n’a pas fini de battre ses records.

Si demain, la fédération remettait le championnat de France de marathon peut-être aurais-je encore l’envie de m’entraîner pour refaire le temps de qualification pour l’instant, c’est l’invitation aux voyages qui me motive.
L’année prochaine j’irai en tant qu’accompagnateur à des marathons avec mes athlètes. Pour mon plaisir immédiat, je vais aller renouer avec les sentiers côtiers, avec les chemins sous bois, avec les paysages de campagnes avec les grimpettes dans les montagnes.




4 commentaires:

Sadok a dit…

Merci pour cette une introspection et cette analyse du pourquoi du comment.

Nous sommes tous pareil avec nos joies, nos peines, nos espérances et nos désillusions, nos forces et nos défaillances, notre apprentissage de la vie.

Et avec l’âge, on apprend aussi à relativiser, pour essayer de faire le tri, en se concentrant sur les fondamentaux qui nous permettent de continuer d’exister tout en avançant.

Tu reviens souvent sur ta famille.

Le socle familiale est une fondation dont personnellement j’ai souffert étant donné que toute ma famille vit dans mon pays natal (parents, frères et soeurs, oncles et tantes, cousins et cousines, etc.).

Je ne te parle pas aussi des effets du déracinement quand j’étais venu en France à l’âge de 10 ans. Imagine un arbre de 10 ans que l’on déracine pour aller le planter ailleurs. C’est pareil pour un humain et a fortiori pour un enfant.


Mon 1er marathon c’était en 1998 à La Rochelle à l’âge de 44 ans.

C’était aussi le 1er marathon de 2 autres copains avec qui j’avais fait le déplacement et une partie de la préparation.

Nous avions couru ensemble, sur les bases de 5’ au kilo, avec pour objectif de couvrir la distance mythique en 3h30.

J’avais ce jour là de super gambettes et l’envie de courir plus vite mais les copains m’en avaient dissuadé en évoquant le fameux mur de 30 km comme s’il s’agissait d’une rencontre avec le diable.

Nous avons donc couru, la fleur au fusil, en faisant scrupuleusement un point chrono à chaque kilomètre, de façon à ajuster notre allure, à une cadence qui m’avait semblé confortable.

Au km 30, censé être la rencontre avec le mur, les copains avaient décidé de faire un méga ravito, avec pause pipi, toujours la fleur au fusil.

Mon sang n’avait fait qu’un tour et j’avais décidé spontanément de prendre mes jambes à mon coup et de m’envoler.

Comme par magie, il m’a semblé que j’avais couru très vite en dépassant des vagues de coureurs en galère qui étaient eux confrontés au fameux mur.

J’avais fini au sprint comme à l’arrivée d’un semi marathon.

Mon 1er marathon avait donc été une réussite et je n’avais pas connu le fameux mur, très probablement en raison du fait que j’avais couru, en dedans, grâce aux copains qui m’avaient freiné, lorsque j’avais été tenté de céder à l’euphorie. J’avais remercié les copains.

Ce jour là je n’avais pas couru avec des chaussures de running mais avec des chaussures de sport quelconques en cuir (sans amorti) et qui m’allaient trop juste au pied. A l’arrivée, j’avais eu les 2 gros orteils noirs de sang (erreur de néophyte).


2ème marathon : 3 ans après en 2001 à Paris en 3h22 avec 1h30 au semi et 1h52 au second semi

Je n’avais pas eu de préparation structurée. J’avais essayé de faire ma petite sauce à partir de différents plans glanés ici ou là. J’avais couru de façon totalement empirique et décousue sans cardio, ni chrono et fière de faire ainsi, en me disant que mes origines africaines pouvaient me permettre de courir naturellement, à l’intuition. J’avais couru dans un état d’euphorie en m’accrochant, par ci par là, à des coureurs qui me paraissaient avoir une bonne allure et en papillonnant ainsi, de coureurs en coureurs, tout en accélérant. Je me souviens que j’étais avec une féminine bretonne à hauteur du zoo de Vincennes et que j’avais fini par laisser tomber cette féminine pour accélérer car je me sentais des ailes pour courir encore plus vite. Et puis au km 30, pile poil, j’avais rencontré le fameux mur qui était tombé sur moi, comme une chape de plomb, me contraignant à alterner marche et course au ralenti. Et la coureuse bretonne, que j’avais laissé tomber, m’avait par la suite dépassé pour me faire un petit coucou. J’avais alors reçu une grande leçon d’humilité et appris qu’il ne fallait pas être présomptueux dans un marathon.


3ème marathon : 3 ans après en 2004 à Paris en 3h20 avec 1h30 au semi et 1h50 au second semi

Cette année là, j’avais toujours continué de faire ma petite sauce à partir de différents plans glanés ici ou là. Etant aussi nageur, j’avais complété la CAP par des séances spécifiques de palmes de 45’ à 60’ jusqu’à provoquer une lésion sur l’avant de la cuisse à l’insertion des quadriceps. Je ne m’étais donc pas blessé en faisant de la CAP mais en faisant des séances de palmes trop intenses. Nous étions à 3 semaines du jour J et mon kiné m’avait interdit de faire quoi que ce soit durant 3 semaines. Je m’étais donc présenté au marathon avec 3 semaines d’arrêt total, avec du jus et des jambes neuves, mais en ayant perdu en endurance. En plus, je m’étais retrouvé tout à fait par hasard dans le groupe des ballons rouges des 3h. J’avais trouvé que c’était une chance dont j’aurais eu tort de me priver. J’avais alors décidé spontanément de m’accrocher à ce groupe en mode remorquage et pilote automatique. Mais il y avait de la nervosité au sein de ce groupe. Nous étions tous agglutinés, autour des meneurs d’allure, comme une grappe humaine. Il fallait boucher les trous, en faisant des accélérations et des zig zag, chaque fois qu’un coureur ralentissait. Et j’avais été victime d’un croche patte involontaire. J’avais évité la chute de justesse mais en me donnant un coup de pied au mollet qui m’avait contrarié. Et puis, très précisément au semi, par intuition, j’avais senti qu’il était prudent de me laisser décroché du groupe et mon allure avait alors réduit de façon linéaire jusqu’à l’arrivée. Je n’avais pas connu de défaillance brutale mais une défaillance progressive et linéaire. Le coup au mollet s’était traduit à l’arrivée par un gros hématome. Tout petit détail, apparemment anodin, peut prendre des proportions énormes dans un marathon.


4ème marathon : 3 ans après en 2007 à Paris en 3h58

Cette année là, j’avais toujours continué de faire ma petite sauce à partir de différents plans glanés ici ou là. Et là, j’avais fait la panoplie complète des erreurs à ne pas commettre :

- 1ère erreur : faire une sortie longue de 2 h le dimanche à J-7 ;

- 2ème erreur : au tout début de cette sortie longue, je m’étais tordu la cheville. Il y avait un trou par terre derrière une voiture que je n’avais pas vu avec le soleil en contre jour. J’aurais dû m’arrêter net et rentrer chez moi pour laisser la cheville au repos et compter sur la préparation que j’avais déjà capitalisée. Et bien non, en voulant bien faire, j’avais fait toute la sortie longue de 2 heures et en plus sur un parcours de trail ;

- 3ème erreur : j’avais fait quelques autres sorties durant cette dernière semaine au lieu de laisser ma cheville au repos ;

- 4ème erreur : j’étais arrivé à Paris le vendredi soir et j’avais été attiré irrésistiblement vers mon ancien quartier en attendant que mon copain vienne m’y rejoindre. Durant cette attente, j’avais éprouvé irrésistiblement l’envie de jouer au foot avec les jeunes sur les terrains de mon enfance. Je leur avais dit que j’arrivais à jongler de la tête 150 fois seul et 700 fois à deux et ils me regardaient avec étonnement. Et j’avais tapé le ballon du gauche et du droit et du gauche et du droit heureux comme un gamin et tout en sueur, en oubliant complètement que je m’étais tordu la cheville quelques jours auparavant. Le copain n’était arrivé qu’au bout d’une heure et j’avais donc joué au foot durant une heure avec de bonnes sensations et pour cause, j’avais dans les jambes une préparation marathon.

- Le jour J, je n’avais pas du tout les jambes pour courir. Elles étaient courbaturées. Je n’avais pas joué au foot depuis près de 30 ans ! Et oui, ça passe vite 30 ans et on ne s’en rend pas compte. Et les muscles sollicités au foot ne sont pas les mêmes muscles qu’en CAP même si on a une préparation marathon dans les jambes. Et toutes les balles tapées avec une cheville qui avait été tordue quelques jours auparavant, ce n’était pas top non plus. En plus, il faisait une température caniculaire. Je savais que ce n’était pas mon jour. Aussi, j’avais décidé rapidement de ne pas faire de l’allure marathon, pour courir en allure footing. Au km 30, j’avais été malade et j’avais eu la ch… . Je m’étais retrouvé dans les chiots en plastique de l’organisation durant 5 ou 10’ peu importe. Mes selles étaient ensanglantées. Je m’étais rendu compte que ce n’était pas un rêve mais la réalité et j’avais pris le parti d’en rigoler. Il n’aurait servi à rien de s’accabler après toutes les conneries que j’avais commises. Il faut savoir être bon perdant.


5ème marathon : 1 an après en 2008 à Paris en 3h09’53’’

Ce marathon, je l’avais préparé en à peine quelques semaines, sous ton contrôle et avec une bricole à l’insertion des adducteurs. Grâce à toi, j’ai pu faire mon meilleur marathon, à l’âge de 54 ans, en ayant continué de cumuler pas mal d’erreurs, mais sans avoir connu de défaillance.


6ème marathon : 1 an après en 2009 à Paris mais ça c’est une autre histoire…

Voilà, désolé de m’être appesanti sur mon égo mais il fallait que ça sorte.

Merci pour ton blog Charlie. Ce n’est pas seulement un lieu où l’on apprend. C’est aussi un lieu d’échange.

Izhonu a dit…

Bonjour,
Merci pour ce long message explicatif et le commentaire. J'ai un peu l'impression de revivre ma proche experience sur marathon. J'ai vraiment commencé la CàP depuis fin 1997. Et fin 2003, je me deciden je m'incris à Paris 2004, j'ai 29 ans, je termine en 3h11 et une vaste emotion m'envahit ! comme à chaque fois quasiment mais là c'etait le premiere! suivent Paris 2005 en 3h05, La Rochelle 2007 en 3h06, et Nice-Cannes en 3h04'50. Je fais partie d'une assoce donc pas de coach. On se coach nous meme par rapport à notre vecu, experience et sensations. J'espere secretement vivre la joie de passer sous les 3h. Pour le dernier nous sommes allés à 8 (assez novice) à Nice et quel bonheur, on est à l'heure de la réflexion pour 2009 et on essaie de faire coincider toutes les envies. bien sur il ne reste que la fin d'année ou faire l'impasse et en faire en debut 2010 ! Existe t il vraiment des conseils qui peuvent me faire gagner ces 5 minutes qui me separent de mon ideal ? cmment savoir si ce que je fais est correct ?
En tout cas merci dejà de pouvoir vous lire !
Bonne continuation

Fantomas a dit…

Salut coach, merci pour ton recit et celui de Sadok et Izhonu. Tres agreable à lire vos experiences a+.

Anonyme a dit…

Charlie,
merci pour ce texte, où l'on en apprend autant sur tes coureurs que sur le coach. C'est tout aussi important pour nous de savoir et d'apprendre ce que tu penses de "tout ça" !

@ demain

Karim