mardi 11 novembre 2008

Oliv au marathon Nice-Cannes

Oliv a écrit sur son blog et sur le site courirlemonde.org en abrégé CLM, oliv est heureux et dans sa bonté m'attribue beaucoup trop de responsabilité sur sa performance, c'est vrai que j'ai regardé les compte-rendus de chacune de ses séances, j'ai adapté en fonction de ce que je comprenais de son état de forme et de la fatigue, il est toujours difficile de savoir s'il faut en ajouter ou en enlever, la récupération est essentielle et seuls les CR me donnent une indication, heureusement qu'on s'est parlé au téléphone car cela ajoute de la qualité à la communication que seul le courriel ne permet pas, voici donc tout ce qu'il a réussi à retranscrire de son beau marathon, je peux faire un dernier commentaire, il a montré qu'il a le mental qui va bien et a su tenir malgré la surprise d'un profil pas si roulant :

8h35, le départ est dans 10mn je rentre dans mon sas faire le vide dans ma tête avant de partir, super confiant mais tendu comme un arc. L’élite est encore devant à faire des ultimes lignes droites et j’aperçois sans trop comprendre le meneur d’allure 3h parmi eux ou en première ligne du sas préférentiel où j’ai décidé de me mettre au fond pour ne pas me faire embarquer dans une allure qui mène à l’abattoir.
PAN! C’est parti tranquillement sur le premier kilo le long de la promenade des anglais en 4’14, à peine gêné. Je surveille mon cardio que je trouve déjà assez haut pour cette allure mais Charlie m’a prévenu qu’il connaît beaucoup de gars dont la FC en compétition ne veut plus rien dire. Dès que la mienne aura atteint les 153/155 puls/min il faut que je cesse de regarder et c’est chose faite dès le second km où j'atteins mon allure de croisière de 4’07/km. J’arrive sans surprise dans les temps au 5ième km mais surpris par la distribution d’eau dans des gobelets (je m’attendais à des bouteilles …) je m’empêtre avec mon gel et vais perdre de précieuses secondes bêtement pris de panique. Aller du calme rien de grave mec, mais la prochaine fois tu avales ton gel 300m avant! La Marina sur la baie des anges en ligne de mire, le décor est des plus splendides sous un radieux soleil. J’aperçois Ronald-tintin que j’encourage au passage puis Sjaubert me rejoint me demandant comment je vais, surpris en fait que je sois encore là. Je dévoile ma perte de temps au ravito du 5ième, mais je suis encore très confiant le moteur tourne comme à l’entraînement et les sensations sont bonnes.
Nous arrivons au niveau du meneur d’allure 3h suivi par une bonne centaine de gars qui font barrage sur tout le boulevard. Je voulais rentrer dans le sas préférentiel pour m’éviter ce genre de tracas à devoir remonter une vague, c’est raté. En fait c’est dangereux et usant: il faut faire attention à ne pas faire tomber personne en slalomant tous les gars pour gagner du terrain: le 7ième km sera passé en 4’11 ça va je n’ai pas trop perdu de temps, Stéphane est resté derrière le groupe et aura l’intelligence de suivre son allure sans se cramer. Le 8ième kilomètre est euphorique. J’attrape à l’arrachée une éponge tendue par de sympathiques bénévoles que j’ai le temps de remercier, pour humidifier mon Buff et ma nuque: il fait chaud et je soupçonne ma FC d’être sacrément plus haute que d’habitude…. Non malheureux ne sois pas tenté de regarder, tout roule pour l’instant. 4’03/km whaou fais gaffe mec ça va te coûter cher cette erreur, encore un km à cette vitesse et tu finiras en marchant ….
J’arrive au 10ième km en 41’44 avec donc seulement 4’’ de retard par rapport à mon plan de route: que du bonheur. Et dire qu’il y a 2 ans c’était mon record sur 10km… incroyable Charlie où tu m’as emmené. Je suis sur une base 2h56 / 2h57 et je dois de plus en plus contrôler des réactions totalement euphoriques dont il faut se méfier comme de la peste sur marathon, t’as vite fait de te retrouver sur une allure trop rapide. Les km s’enchaînent dans un décors de carte postale avec un publique un peu timide car nous ne sommes pas nombreux encore, mais les quelques encouragements sont bons à prendre: 4’08, 4’07, 4’08, 4’08 … et le pire c’est que je ne regarde pas ma montre car cette allure est gravée dans mon corps. Au 14ième km grand rayon de soleil puisqu’au détour d’une ruelle j’aperçois mes parents qui filment et m’encouragent, je fais signe que tout va au poil c’est géant.
15ième km cette fois j’ai pris soin d’avaler mon gel avant, et prends un gobelet en ralentissant pour ne pas m’asperger: 4’14 c’est bien maîtrisé cette fois! Les bénévoles sont nombreux, très souriants et font tout pour nous faire gagner du temps, l’organisation est au top ici. Première surprise de taille: une belle bosse au 17ième km qui va me faire ralentir. Mais elle sort d’où?? les premières difficultés étaient annoncées pour le 25ième km à Antibes. Il y a plusieurs façons de gérer une bosse, il y a ceux qui freinent carrément, d’autres qui gèrent au cardio, qui lèvent les coudes en faisant des petits pas … et puis il y a la méthode Karim alias Zyend:
«Hé Karim y’a une bosse là tu gères comment toi?»
«Une bosse? ben tu l’avales la bosse et tu ferme ta g….»

J’adore!! Voilà un des nombreux secrets pour manger un marathon en 2h38, alors respect. Hop avalé la bosse et je relance dans la descente, mais y’a quand même des secondes qui se perdent dans l’affaire…J’arrive au 20ième km en 1h23’36 avec donc seulement 16 secondes de retard sur l’objectif, c’est grandiose on va y arriver Charlie je sens que c’est mon jour. Le semi est passé en 1h28’30 avec cette fois 35 secondes de retard à cause d’une ou deux autres satanées bosses pas prévues au programme et le ravito où j’y laisse 5 secondes. Là je prends conscience que malgré mon allure bien maîtrisée sur plat, je perds quand même pas mal de secondes aux ravitos et quand ça grimpe, et hop encore une pour passer le 21ième km en 4’21 cette fois: ça m’inquiète l’euphorie est loin derrière. Ensuite c’est du 4’12, 4’15, 4’09 ouf je reviens petit à petit sur mes bases pour entamer la fameuse montée de la Garoupe: 2 km en 9’08 et je suis au taquet plutôt inquiet.
J’arrive au 30ième km avec encore la bonne surprise d’entendre mon père qui m’appelle, je lève le bras au passage ça fait un bien fou mais le chrono me balance un 2h06’37 dans les dents, soit 1’37 de retard cette fois que je ne rattraperais jamais. Le mental tient bon et je reste confiant car j’ai encore du jus malgré les difficultés. Je me dis que si le parcours était plat comme annoncé je n’aurai pas perdu tout ce temps, aller accroches toi gars tu peux finir sous les 3h.
34ième km, ça y est le marathon démarre pour moi… Je le jure je sens encore ses lèvres s’approcher du creux de mon oreille venir m’y susurrer d’une voix mielleuse «ralenti bonhomme, t’en peux plus. Ca sert à rien tout ça, viens dans mes bras…» Merde ça y est je craque, hors de ma vue démon je veux m’accrocher! Ce sera le plus mauvais km en 4’41 précédé d’une bosse qui m’a cloué en 4’32: ça commence à puer cette histoire ça fini quand les bosses!!! J’avale mon gel coup de fouet que j’avais prévu de prendre au 38ième km, du red-tonic-atomik-punk, il y a urgence là et je boirais bien au 35ième. Malgré les difficultés je me rends compte que les paysages valent le coup d’œil, punaise que c’est magnifique ce marathon avec les villages qu’on traverse plantés sur les hauteurs de mer, et les petits ports bien mignons. Ca ne suffit pas à me remonter le moral qui commence à tomber dans les chaussettes, jusqu’à ce coup de poignard au 36ième où le meneur d’allure 3h me double. Alors là je crois que ça vaut toutes les bosses du parcours, pour survivre à ça faut avoir un de ces mental j’ai failli fondre en larme sur place. Mais je me ressaisi pour l’accrocher, et pense surtout à Charlie et tout le temps qu’il a passé à me préparer: t’as pas le droit de te laisser aller gars faut que tu t’accroches. Je me retourne pour voir si je vais me prendre la vague des 3h dans le dos: la vache il n'y a plus personne dis-donc, ils ne sont plus que 5 ou 6, tous ont explosé.
Je m’accroche tant bien que mal au meneur d’allure en faisant un trait sur le moins de 3h pour moi, c’est une horreur sans nom de courir à se faire si mal sachant que l’objectif ne sera pas atteint, mais j’ai pas envie de lâcher pour autant et reste au taquet. J’essaye de penser à des trucs rigolos, comme les sourires aux éclats de César qui me font fondre, où à Barbie qui m’a avoué au départ de la course avoir oublié son soutif en Auvergne (!), même ça ça neme fait pas rire du tout c'est dire à quel point je suis désespéré, et l’autre il m’énerve à filer loin je n’arrive plus à l’accrocher c’est la misère totale.
Au passage du 40ième en 2h50’13, je comprends soudain que c’est encore jouable pour passer l’arrivée en moins de 3h: quelle soudaine illumination heureusement que je ne me suis pas laissé aller à l’abandon. Le meneur d’allure 3h était en fait bien trop rapide, il a fait crever tout le groupe qui ne pouvait pas résister à cette allure dans les bosses. Aller poses tes valises gars et maintenant tu donnes tout ce que t’as, faut foncer et plus réfléchir. 41ième km en 4’10, transcendé par les acclamations du public qui hurle à tout rompre «3h bravo 3h!!!!», ma respiration est si bruyante qu’elle couvre mes pas qui fracassent le sol. 42ième en 4’05, p… je commence à voir des étoiles, je suffoque quelle bataille! Tapis rouge en vue, le visage tordu par l’espoir d’y arriver à temps je vois enfin le chrono officiel qui affiche 2h59 et des poussières, faut tout balancer on va y arriver Charlie alleeeeeeeer 2h59’25 c’est enfin gagné, mais je m’arrête trop brutalement exténué, je n’y vois plus rien, qui a éteint la lumière?
Je sens deux bénévoles qui m’attrapent par les épaules me posant des questions et boum … à terre quelques minutes le temps de retrouver mes esprits je me retrouve sur une civière entouré de médecins prêt à dégainer leur défibrillateurs. Mais ça va c’est juste un coup de chaud, mon pouls est normal, la tension aussi ainsiq ue le taux de sucre dans le sang, pas d’hypo: si ma mère me voit dans une civière c’est elle qui faudra réanimer faut que je sorte de là vite …. Le médecin va m’expliquer que l’arrêt trop brutal après un finish à l’arrachée provoque un ralentissement brutal du rythme cardiaque qui répond au quart de tour chez un sportif. Malheureusement les artères au diamètre rendu énorme par 3h d’efforts soutenus n’ont pas cette réactivité plastique, et ça se traduit par une chute de pression artérielle immédiate. Le cerveau alors mal alimenté en oxygène (d’où la perte de vue) provoque alors l’arrêt de tout ce qui n’est pas vital: les genoux se dérobent, c’est l’évanouissement garanti, et y’a plus personne. Impressionnant, mais rien de grave.
Ma médaille autour du coup et de nouveau sur pattes, si je n’ai pas pu tenir le rythme escompté je me sens vainqueur pour avoir franchi l’arrivée en moins de 3h et le semi en 1h28’30, avec cette seconde moitié beaucoup plus difficile que le départ, et rien à voir avec le parcours «plat et roulant» annoncé. Si j’avais couru à Paris ou à Berlin ce jour là j’aurai claqué un 2h57 j’en suis certain. J’avais du Rock’n Roll dans les veines aujourd’hui et tout cela grâce à Charlie sans aucun doute: je ne serai jamais arrivé seul à ce niveau et ce n’est pas fini …
En tout cas l’organisation de ce marathon est parfaitement réussie, ils savent accueillir 10 000 coureurs avec honneur. Le parcours quand a lui malgré la difficulté est un vrai bijou, grandiose à l’image de la Baie des Anges. Un grand merci à tous les CLM présents aux pastas et aux rendez-vous pour tous ces bons moments passés ensembles avant le départ, à cette synergie spontanée et amicale qui pousse chacun de nous à s’entraider c’est admirable. Je ne cache pas ma joie d’avoir enfin pu rencontrer Chjou2 et Symphorien que je ne voulais pas rater pour rien au monde. Mille merci à mon admirable épouse qui a supporté mon entraînement durant 2 mois un peu perturbé par nos nuits écourtées, mes enfants qui m’admirent et mes parents qui étaient là pour me suivre, qui n’ont pas douté.
Et particulièrement à Charlie: merci, ce chrono c’est le notre.
Merci oliv mais moi je n'ai pas couru, ni à l'entrainement ni au marathon, c'est toi qui a eu ce mental qui fait la différence !!!

5 commentaires:

Oliv a dit…

Tu sais même à l'entraînement Charlie j'ai eu mon coup de mou (5ième semaine), et tout seul j'aurai baissé les bras,ralenti la cadence.
Le message que je veux faire passer c'est bien celui-ci: on était deux dans cette histoire pour que j'y arrive, et c'est ça qui me fait tenir, j'en ai besoin, jusqu'à ce coup de fil que tu m'as passé le samedi matin pour me mettre en confiance, anodin pour beaucoup mais un geste énorme à mes yeux.
Au plaisir Charlie.

Sadok a dit…

C’est vrai que la relation athlète/coach est importante et Charlie exerce une magie sans pareil.

Athlète lui-même, il connaît toutes les vicissitudes du marathonien avant, pendant et après.

Chapeau en tous cas pour ton chrono. Sur un parcours plus propice et avec un peloton plus dense, tu aurais sans nul doute fait beaucoup mieux.

Tu as dit : « 34ième km, ça y est le marathon démarre pour moi… ».

On dit souvent que le marathon c’est 30km de prologue et 12 km de monologue. Il y a une autre course qui débute dans la course et il faut savoir se préserver pour détecter et gérer ce moment d’intense difficulté.

En définitive, tu as fait montre d’une grande lucidité, d’une gestion intelligente de l’effort et d’une combativité admirable jusqu’au bout contre le chrono et les difficultés du parcours.

La course à la FC a été reléguée au second plan pour courir au chrono et à la sensation.

Tu nous as montré la manière.

Merci pour ce CR à chaud et très détaillé.

Raphaël Bodiguel a dit…

Je viens aussi de terminer le marathon de Nice (2h58', YES !!) et je tiens à te remercier Charlie pour ton blog.
Grâce à tes analyses et des retours d'expériences de tes coureurs, j'ai énormément appris sur la prépa d'un marathon et la gestion de la course (respect des temps de passage, ne pas s'enflammer, travail de la vitesse spécifique sur piste) vraiment un très, très grand MERCI.


Un lecteur assidu du Var
Raphaël
(var.bodiguel(at)free.fr)

fantomas a dit…

Salut un grand bravo à tout les deux entraineur et entrainé. Tres beau CR et quel mental de marathonien chapeau.
a+.

Thierry a dit…

Magnifique ! ta nouvelle aventure sur marathon est superbe à lire.
Au fil des mots et des km, on la revit pleinement. Bravo pour ce très bon Chrono et vive le Rock'n Roll.
Thierry