vendredi 22 février 2013

heureux

Tout simplement heureux, rien à ajouter à part aller voir courir-avec.fr



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Merci à tous les membres parents et coureurs pour les photos qui sont sur courir-avec.fr !

vendredi 15 février 2013

Aujourd'hui je n'ai pas couru

Vendredi 15 février, c’est le soir et j’ai envie d’écrire, d’écrire pour moi et pour qui voudra passer un moment à voyager avec moi. C’est confus, par moment, j’ai des grandes émotions et écrire me permet de baisser la pression en moi et par moment cela vole dans tous les sens.
Vendredi, fin de semaine, je voulais courir encore, comme tous le jours et aujourd’hui exceptionnellement je me suis mis à méditer au lever et je n’avais plus le temps, il me fallait me préparer, je devais rejoindre des amies pour aller soutenir une amie qui elle aussi courait beaucoup dans un passé récent. Avec ses enfants, sa famille et des proches elle a dit adieu à celui qui encore peu, alors qu’il souffrait, lui disait : « tu es belle, je t’aime ». Il est parti. Sans être réellement là, il lui dira encore ses mots d’amour. 

Aujourd’hui je n’ai pas couru et ce soir je n’irai pas. Il y a quelques jours j’écrivais à un de mes athlètes qui démarre un plan marathon, il redoutait une séance ce week end qu’il n’avait pas encore vue en début de plan, je lui écrivais : «  chaque jour, je suis heureux, chaque jour est un cadeau, chaque jour je cours sans me projeter au lendemain ou au sur lendemain ou plus tard . Si après la séance du jour je suis trop fatigué alors je me reposerais, je ne redoute pas les séances à venir». 

Oui, chaque jour est un cadeau et les raisons petites ou grandes d’être heureux sont multiples, variées, de tous ordres. 

Le WE dernier j’ai vécu des moments indescriptibles de bonheur, il y avait la rudesse du trail dans la boue et la difficulté d’avancer avec la joëlette dans les montées, les descentes les passages au-dessus et en dessous des troncs d’arbres couchés ou cassés. Pendant l’effort, seule la coordination, la motivation la solidarité des coureurs de l’association permettait d’avancer. Seul pendant le Noz Trail c’est à dire la course de nuit, un esprit faible dans un corps moyen aurait complètement craqué et sombré dans le découragement, les glissades, les chûtes étaient nombreuses. En équipe avec comme force mentale l’enfant dans la joëlette, et là c’était noëmie, nous étions très lents, certes, mais nous avancions sans nous poser de questions. Quand je "traile" seul je gamberge, quand je suis autour de la joëlette je n'ai plus aucun état d'âme. 

Le lendemain, malgré des jambes lourdes et des bras bien fatigués car peu entraînés à travailler en force longtemps, nous n’avons pas rechigné à nous remettre sur les sentiers, c’était beaucoup moins difficile et nous voyions sur quoi nous patinions. Cela a duré le double de temps, c’est sûr qu’après plusieurs heures de course et de portage les organismes étaient marqués et les relais se faisaient de plus en plus rares. Comme cela fait plusieurs années maintenant que l’équipage dont je faisais partie a roulé poussé tiré dans le sable, la boue, les escaliers du côté de Plourhan, Binic, St Quay Portrieux, nous étions quelques vieux et fiers de l’être à temporiser en début de course pour assurer sur la fin quand beaucoup de coureurs sont usés. Parmi les vieux de "courir avec" il y a le jeune Simon qui, à n’en point douter est très endurant et est capable de « rouler » vite des heures, sur la fin, il avançait bien en tirant la joëlette.
Manu, notre force mentale ce dimanche est une locale, Jean-michel et Isabelle son papa et sa maman nous ont concocté ce rassemblement, enfants parents et coureurs. Isabelle qui était interrogée lors du repas d’après course, alors que tous nous étions heureux, béats d’être ensemble après l’effort, a dit tout simplement:" nous sommes une famille." J’étais à côté et je me disais: "oui je suis heureux de faire partie de cette famille", nous sommes heureux de nous retrouver. Manu, Noëmie, Maryline, Louis et d’autres ont l’espace d’un WE plus de tontons et tatas. Quand je retrouve cette famille j’ai la larme à l’œil, tant pis si on me dit que j’ai la larme facile, mais c’est le plein d’émotion qui fait cela. Dans cette famille qui s’appelle "Courir avec", je m’aperçois que c’est la sérénité qui règne surtout après les courses quand les papas et les mamans voient leurs enfants heureux d’avoir « couru », ces mêmes parents savent maintenant contrairement à la première fois que c’est nous les coureurs qui remercions les enfants pour le bonheur qu’ils nous ont donné alors maintenant nous savourons ensemble ce que Comte Sponville appelle la communion, c'est un partage, c'est une union. Tout le monde a besoin de donner et recevoir l’amour. Quand c’est avec nos frères et sœurs c’est la fratrie une partie de la famille et pourtant il peut y avoir rivalité et jalousie entre frères et sœurs. Dans notre famille « courir avec » quand j’ai couru samedi et dimanche j’étais très très fatigué et je n’enviais personne et je me sentais dans une famille sereine avec chacun et tous sur la même longueur d’onde, l’envie d’être simplement heureux ensemble.
Toute la semaine a été pour moi sur un nuage, dès lundi soir, je suis allé au judo et j’ai pratiqué sereinement, en souplesse avec l’envie de me mettre au service de la salle, j’ai, je crois, aidé des ceintures blanches et de couleur à saisir des mouvements au sol comme debout en randori (petits combats d’entraînement), c'éatit un peu de redistribution du plein d'énergie mentale que j'avais emmagasiné. Mardi j’ai fait une séance au stade bien tranquille avec mes amis du club et les jours suivants j’ai bien savouré les footings à allures variées.
Jeudi, journée de bi-quotidien, midi gayeulles et soir avec les filles en préparation de la Rennaise, c’était la saint valentin, ma valentine sait comme je l’aime, ce jour là et tous les autres aussi et nous sommes heureux. Il ne faut pas oublier de dire à ses enfants comme on les aime. On peut aussi dire à ceux qui nous sont chers cette très belle expression : « merci d’exister » ça ne surprend personne et ça veut dire qu'on les aime.

Aujourd’hui, je n’ai pas couru, depuis que je sais que notre ami est décédé, j’ai dans la tête et parfois je fredonne l’air du mouvement Allegretto de la 7ème symphonie de Beethoven. Toute cette journée, depuis mon réveil jusqu’à ce soir, cet air est là et me bouleverse. C’est sans doute parce que cela me colle aussi bien quand je cours que quand je médite parce que la mort est venue emporter quelqu’un. 

Ce soir, je voudrais que lors de mes funérailles, on ne me voit pas allongé dans la boîte, je voudrais le temps de la cérémonie d’adieu que la boîte soit fermée et qu’on mette des photos de moi en train de courir, de sourire, en judogi, à écouter de la musique, JS Bach un morceau de piano interprété par Glen Gould, Mozart le concerto n°23 ou le requiem, Beethoven. 

J’aime la vie, j’aime bouger, j’aime manger, boire courir, je n’ai pas couru ça m’a manqué mais j’avais envie de soutenir mon amie qui a vu son amour s'en aller.

mercredi 30 janvier 2013

cadeaux d'anniversaire

Cela commence à faire quelques années en vétéran 2 que je cours, pour les non-initiés, vétéran 2 c'est moins de 60 ans mais plus de 50 quand même.
Au championnat départemental, à l'échauffement, Armand Tandé me disait que des coureurs de notre course pourraient être ses enfants, c'était son 26ème championnat en vétéran. Comme me disent mes amis coureurs, les vrais de vrais continuent à courir tant qu'ils le peuvent.
Lundi, c'était mon anniversaire, Que de cadeaux reçus !
Le soir, sur le tatami, ça a été le festival de chûtes, j'ai eu le bonheur de combattre comme quand je me préparais pour engranger des points pour obtenir mon 1er Dan, je ne suis pas si vieux que ça. Précision: les chutes c'est bien moi qui les ai encaissées. Arrivé à la maison, comme actuellement je revisite souvent les oeuvres de Mozart, babeth m'a offert 2 CD, des concertos pour violon interprétés par Yéhudi Menuhin. Oui, j'aime Mozart, ses concertos pour piano et orchestre, son Réquiem. Trois DVD clin d'oeil m'ont été offerts par Babeth et Marie, "the Lady" de Luc Besson qui est un beau film sur l'icône des asiatiques Aung San Su Kyi, "le Prénom" avec un certain Patrick Bruel qui est à peine plus jeune que moi de quelques mois et "My name is Khan" un film de Bollywood que nous avions commencé à visionner au Vietnam en 2010 sans jamais avoir vu la fin.


Dimanche, ça a été un grand coup de folie, j'ai pris le dossard de Lolo qui n'était pas en forme après une grippe, comme il était qualifié équipe, n'importe quel vétéran licencié du club pouvait le remplacer. Comme il n'y avait pas de volontaire alors j'ai pris le dossard, je l'ai épinglé sur mon maillot, j'ai fait mon footing de reconnaissance du parcours, j'ai posé pour la photo et pris le départ. 
dans les premières boucles je m'accrochais à un autre crossman
C'est de la folie, les premiers sont sans doute à plus de 20 km/h. Derrière même avec l'envie de faire un départ prudent, nous sommes aspirés, normal, nous ne sommes pas venus pour faire un footing. Le soir quand je regarde la courbe enregistrée par ma montre, je constate que très rapidement je suis très haut en pulses et je dois être sur la zone départ en pente descendante à 16 km/h, ensuite je vais me retrouver entre 14 et 13 km/h. Quand vous regardez les copains vous voyez que personne n'est facile.
Jean-René Vallerie

Franck Poirier


Jean-Daniel Lemercier et Alain Martin

Momo, Michel Le Mercier coureur et entraîneur

Pour les vétérans il y avait une petite boucle, une moyenne boucle et 3 grandes boucles. Dans la grande boucle, sur la fin, avant de passer devant le château, il y avait une sacrée montée, là j'étais seul au monde, plus personne en vue devant et plus personne derrière car à chaque fois que j'ai doublé c'est que le coureur abandonnait. Incroyable, à peine au bout de 20 minutes de course j'avais envie de marcher dans la montée alors j'ai tout donné pour être dans mon championnat du monde de Bretagne et j'ai couru à fond, sur la courbe ça a bien montré que j'ai grimpé à 178 pulses par minute mais seulement à 10km/h. 

Après la grimpette, je me suis retrouvé à côté des tentes, j'étais au bout du rouleau et j'ai mis le clignotant. Je sais que mon ami Momo n'aime pas me voir abandonner, il me connaît depuis longtemps c'était lui mon accompagnateur sur mon premier 100 bornes où j'étais fort et à mon dernier ou il m'a vu mettre le clignotant au 50ème. 


Il a eu beaucoup de mal sur ce cross et longtemps de retour à la tente, Momo a médité. Vétéran, cela signifie que l'on commence la régression. Depuis pas mal d'années, je me dis que j'ai régressé en tant que coureur mais je ne cesse de chercher et progresser en tant qu'entraîneur.

André Sicot autre V2
Thierry Collen coureur et entraîneur

Olivier Le Moigne
Bruno Rageau coureur et entraîneur qui ne sera vétéran que l'année prochaine
Aujourd'hui, mon corps se rappelle le cumul Cross avorté le dimanche et Judo le lendemain.

Puisqu'il y a des moments où l'on fait des bilans, ça me fait plaisir de mettre en avant ce qui a été source de bonheur. Ma maman m'a écrit un courriel qui m'a rappelé comme elle m'aime et m'a souhaité autant de bonheur qu'elle a eu avec Papa. Il y a eu les coups de fil de mes enfants qui n'habitent plus à la maison, la grande est quand même très loin dans le sud, il y a les messages toujours sympathiques des amis et connaissances et il y a eu ce championnat à Plouay où il a fait beau, les courses se sont enchaînées et j'ai adoré cette journée. C'est bizarre de mettre sur le même plan un évènement sportif et les proches, l'humain et le sport sont-ils des valeurs à mettre en relation, devons nous aborder le débat sur l'élitisme, le dépassement de soi, la confrontation, l'humain, le faible le fort?. Ce dimanche m'a rappelé qu'il y a mes amis avec qui nous dirigeons, gérons et organisons  tout ce qui a trait au club. Nous partageons les obligations administratives, c'est le moins amusant mais il faut bien que quelqu'un le fasse, nous le faisons avec abnégation, nous prenons des décisions et il y a toujours quelqu'un qui est là pour nous critiquer gentiment, violemment ou méchamment mais nous  continuons à préparer les petits voyages du club au cross et les grands voyages comme pour aller sur un marathon. Avant cela, nous nous réunissons entre entraîneurs et nous discutons et partageons nos idées pour établir les préparations des athlètes qu'ils soient performants ou non. Un marathon en 4 heures ou en 2h30 se prépare au moins pour ne pas terminer fracassé, un crossman dernier ou sur le podium au Bretagne a fait pas mal de séances depuis décembre pour être au mieux.
Enfin, à l'instar de Comte-Sponville, après avoir redit: "j'ai le bonheur d'avoir l'amour de ma famille merci à maman, à Babeth et mes enfants de me le témoigner", c'est à mes amis entraîneurs très très proches que j'adresse ce: " Momo, Bruno et Thierry depuis plusieurs années et à mes anniversaires votre amitié est un cadeau, Merci d'exister!"

Il me faut remercier Françoise Gréhal qui est venue supporter tout le club à Plouay, certaines photos sont d'elle d'autres de Bruno Rageau.

samedi 12 janvier 2013

2013 toujours le plaisir de courir et de partager

J'ai fermé les yeux, j'ai revu mes moments de course, les sourires, les cris de joie, le partage d'émotions et c'est cela qui m'a fait avancer dans cette année 2012. Les cross en Bretagne et au France, Le Glazik autour de la joelette avec manu et d'autres enfants de Courir Avec, au marathon de Nantes avec les mêmes, la sortie de mon club la JA Melesse à Cheverny, une semaine de trail dans les Pyrénées avec jean-lou, un petit bout du GRP fin août avec Thierry, Le 100km de Millau à accompagner Karim, le France de 24 heures à Vierzon avec plein de potes d'ADDM et quelques mètres parcourus avec certains d'entre eux, voilà qui me donnent envie de prendre une très grande résolution pour 2013:

NE RIEN CHANGER

voilà ma grande résolution car j'aurai encore et toujours le plaisir de courir quelquefois seul pour mes méditations, mon introspection ma volonté d'appliquer ce qui était inscrit au fronton du temple de Delphes: "connais toi toi même et tu connaîtras ...."

et

quand je cours en groupe, à l'entraînement ou en compétition, c'est bien pour aussi me situer, me battre avec moi-même mon pire ennemi et pour partager avec les coureurs des moments de convivialité.

Le championnat de cross d'Ille et Vilaine sera encore pour tous les coureurs du club un énorme moment de course à pied.

Plus tard, pour ne rien changer, ce sera le glazik avec l'association Courir-Avec et ensuite préparation du marathon de Rotterdam ou nous sommes déjà pratiquement 40 dans le car avec des marathoniens, des dix-bornards.

Allez je nous souhaite une très belle année de plaisir de courir et de partager.




jeudi 11 octobre 2012

pourquoi cours tu un ultra ?

Ces deux week-ends ont été riches en divers aspects, j’ai encore appris et je vais me questionner encore longtemps sans doute, sur le plan des rapports humains surtout, sur la connaissance des possibilités de chacun, sur la compétition en général, sur l’humilité des coureurs d'ultra, sur la simplicité des circadiens.
D'abord, remettons dans l'ordre des souvenirs et des émotions qui sont loin de la raison et qui amènent à la confusion, parce que l'émotion me submerge.
Si on osait me poser la question : « pourquoi cours tu ? » voici ce que je pourrais rétorquer : « pourquoi respires tu, pourquoi manges tu , pourquoi bois tu ? » . Si j'avais un peu de temps avant d'écrire l'article que je vous inflige actuellement, je pourrais lire et essayer de comprendre les philosophes sur lesquels s'appuie le livre Courir de Guillaume Le Blanc; mon corps et mon esprit sont-ils bien distincts d'après Descartes. Les circadiens, c'est à dire ceux qui font des tours d'horloge sont pour certains contre la raison puisqu'ils sont des ultra-coureurs, des coureurs qui ont dépassé les bornes, d'autres sont cartésiens en référence à cogito ergo sum, c'est leur esprit qui commande à leur corps et cela avec méticulosité allant jusqu'à doser ce qu'ils ingèrent en liquides et en solides avec contrôle permanent de leur masse corporelle grâce à un pèse-personne portatif. Le coureur n'est pas du tout un imitateur des philosophes grecs qui marchaient, en tous cas le coureur d'ultras n'est pas épicurien recherchant l'ataraxie, l'absence de souffrance. Courir très longtemps ça fait souvent mal.

Pour ma part, je ne me considère pas comme ultra-coureur autre terme pas du tout utilisé mais synonyme, outre-coureur, il y a sans doute un dédain des outre-mangeurs ceux qui mangent trop et une vénération des outre-coureurs, mais il doit y avoir une confusion, il y a outre-coureur c'est à dire ultra-coureur et coureur d'ultras. Il y a beaucoup et trop voire beaucoup trop mais les limites sont personnelles. En Ethiopie il y des des gens qui mangent peu et il y a des gens qui courent beaucoup, tout le temps mais je ne crois pas qu'ils courent trop.
Un sigle que je dois vous expliquer: ADDM Au Delà Du Marathon, c'est au départ un forum de coureurs d'ultra et ensuite c'est devenu la désignation de ceux qui fréquentent ce forum

Karim à Millau est devenu coureur d'ultra. Pour karim ça a commencé par le mythique 100km de Millau tellement bien relaté par des passionnés de course à pied que le lecteur-marathonien se pose très rapidement la question : « vais-je devenir centbornnard ? ou plutôt quand vais-je faire Millau ?» .

Premier weekend, pour le premier décor, nous avons un parcours dans l'Aveyron qui remonte au nord dans les gorges du Tarn, passe sous le merveilleux Viaduc autorise une halte, courte ou longue suivant la fatigue à St Affrique et revient au point de départ, les acteurs sont parmi des milliers de bipèdes, un futur centbornard et son accompagnateur à vélo, votre aimable conteur, pas compteur. Le parcours est une boucle qui s'étale sur une cinquantaine de kilomètres, doit-on avoir une réflexion et un ressenti sur l'espace, la distance ou le temps? vu du coureur la distance est fixe et pourtant la durée aidant, c'est surprenant comme pour l'un c'est loin l'arrivée, cela semble insurmontable et pour l'autre c'est bientôt fini. Le temps est élastique. Quand le temps est en plus à la pluie, le temps dure longtemps.

À 85 km on a parcouru plus de deux marathons, il ne reste que … c'est quand même interminable et le presque cent-bornard peut se poser la question d'arrêter. À Millau, c'est bien car quoi qu'il arrive, c'est un endroit au milieu de tout ou bien de nulle part, alors il faut rentrer coûte que coûte. Celui qui repart de St Affrique terminera son 100km.

Karim est parti prudemment, en regardant sa fréquence cardiaque, il était inquiet, les pulsations étaient bien au dessus de celles de l'entraînement et il courait moins vite. D'habitude, je ne suis pas à côté d'un athlète que j'entraîne et l'enregistrement de sa courbe de FC me sert après la course à voir ce qui s'est passé. En tant qu' accompagnateur à vélo, je l'ai réconforté en lui disant que la météo était sans doute responsable de sa FC anormale, j'ai apprécié d'avoir surtout en visuel, la foulée et la posture du coureur c'est cela qui me renseigne le plus, la respiration était tranquille, l'allure quand même inconfortable dans sa lenteur relative. 

Les commentaires à chaud de Karim peuvent être surprenants et les réponses aux questions aussi. Pendant la course j'ai été étonné de réflexions de Karim. En fait ce n'était pas des réflexions mais des phrases qui sortaient de sa bouche qui n'avaient aucun sens, d'ailleurs certaines étaient tellement « débiles » que je les ai sorties de ma mémoire. Ceci illustre le fait que le coureur d'ultra est , à partir d'un moment, en grande fatigue et son cerveau est réellement hors service. Je suis sûr qu'il a pratiquement le même corps mais je m'interroge sur son esprit. 

Le vélo que j'utilisais était lourd et j'avais beaucoup de mal à grimper les côtes, la vraie première bosse est celle de Creyssels en dessous du viaduc et je l'ai montée en marchant à côté du vélo. Après avoir rejoint Karim, j'ai bien entendu pris dans le panier soit de l'eau, soit une pâte de fruit pour la tendre afin qu'il ravitaille sans passer par les salles, c'est quand même un des rôles du suiveur que de ravitailler et donc de rester à côté du coureur. À un moment, sans s'en apercevoir, Karim m'a demandé de « dégager » et je me suis mis en arrière. Karim est un garçon charmant en général, quand il a décidé d'être dur avec quelqu'un, il ne se gêne pas pour utiliser des mots désagréables bien incisifs, là avec des mots très simples, il m'a momentanément blessé. Ma première leçon a été qu'il faut pardonner à quelqu'un qui court un ultra et qui est limite de passer outre-coureur.
Qu'est-ce que l'outre-mesure, qu'est-ce que le kilomètre de trop, qu'est-ce qui fait passer d'un état équilibré à la bigorexie, dit autrement y a t'il un ou des indicateurs à la surfatigue due à la course à pied. J'aime à penser qu'avec une méthode de réflexion, nous pouvons dans tous les domaines détecter la bigorexie, l'outrance maladive, l'addiction à la pratique sportive, dans notre cas la course à pied.

La difficulté pour moi-même est que je passe pas mal de temps à regarder, écouter analyser les entraînements de mes athlètes sans pour cela avoir un regard extérieur objectif sur ma propre pratique. Une des conséquences de mon auto-gérance en terme de course à pied est que je finis par être « bipolaire », il y a le côté toujours plus, toujours plus long, toujours plus dur, toujours plus loin dans l'envie de me surpasser puis quand l'objectif a été réussi c'est devenu rare ou raté, sans grosse déception, il y a le côté, "je m'en fiche",  sans objectif et je me dis que je ne ferai plus rien, ne rien faire pour moi c'est juste faire des footings. Il est aussi aisé de se cacher derrière son âge. Il n'y a pas d'age pour philosopher, il n'y a pas que ceux qui ne peuvent plus qui ne cherchent plus la performance et vous balance: « moi je cours pour le plaisir », il y a des jeunes qui aiment la sagesse sans pour autant être sage et il y a ceux qui courent "pour le plaisir", en réalité quelquefois sans plaisir et toujours sans performance. Mais a t-on besoin de performance ? On a besoin d'indicateur si on veut progresser, cela vaut pour l'entraîneur et pour l'athlète. Attention, on peut progresser sportivement au sens distance ou chronomètre ou résultat et aussi optionnellement progresser dans la beauté du geste, dans la justesse du mouvement et pour certains on peut progresser dans la façon de communiquer son art, la façon de se construire humainement et pas comme un cyborg, c'est à dire un homme augmenté tendant vers une machine.
Mon ami Karim a été assez compétitif, il s'entraînait dur et avait couru Berlin 2008 en 2h38 ravi et Berlin 2009 en 2h36 déçu et cela a été son dernier chrono «correct », il faut dire qu'il y a des barêmes qui donnent un niveau à une performance; à l'époque l'objectif était de 2h32 car c'est pour un garçon un classement N2 National 2, depuis cela a changé pour être N2 il faut courir le marathon en 2h20'00. 
Eh oui, c'est comme cela qu'un compétiteur se voit, il se voit à l'aune de ses performances, de son chrono ou de sa distance ou bien de ses places lors des compétitions. Cela m'interroge et à force d'assister à des championnats, j'avoue que je ne sais plus quels objectifs donner à mes athlètes, objectif relatif ou objectif personnel.
La compétition est d'après moi noble s'il s'agit pour l'athlète de donner le meilleur de lui-même et c'est personnellement qu'il doit avoir ses repères. S'il entre dans une logique de battre l'autre, c'est un combat, c'est "la guerre" et j'entends souvent les termes: « atomise, massacre, sois un killer et j'en passe ».
Karim, quel que soit son langage ne fait jamais référence aux autres compétiteurs, à Millau il s'est battu contre lui-même, il a découvert un autre monde. Millau est-il un passage initiatique ? En tous cas pour Karim, c'est là que j'ai eu la chance de le voir passer une porte, la patience aidant, il devra d'abord savourer et encore se remémorer cette merveilleuse allée dans le parc de la victoire précédée par des kilomètres à la bonne allure, avec les meilleures sensations entre Creyssels et Millau. Une course réussie ne tient pas au chronomètre mais au pur bonheur de courir pendant un moment en étant léger dans sa foulée, dans ses jambes et dans sa tête, il n'y a plus de distinction entre le corps et l'esprit et il n'y a même plus de Viaduc, de bitûme, le coureur ne se déplace pas sur un parcours, l'accompagnateur n'est plus à côté, il n'y a plus Millau d'un côté et le coureur de l'autre, il y a le bonheur, il est indescriptible il se vit. 
Quand ensuite, les jours deviennent « normaux » s'installe le « cent-bornes blues » il ne faut pas sombrer dans la frustration, on reprend une pelote magique, il faut tirer sur un bout de laine et au bout, il y a les moments de bonheur qui sont persistants. Toujours je demande aux athlètes de ne pas programmer une nouvelle course, il ne faut pas galvauder un moment très très fort en le faisant disparaître derrière un nouvel objectif. Une victoire sur soi-même est précieuse, je me la garde en moi, je la ressors pour le plaisir de la revivre. C'est comme mes enfants, certains ne sont plus physiquement à la maison si j'en ai envie, je ressors une autre pelote magique, moi je ne sais pas tricoter, je tire sur un bout de laine, je souris. Millau est magique je l'ai vécu aussi c'était presque hier.

De la persistance à vouloir courir quels que soient les ages
Il n'y a pas d'age pour philosopher, aimer la sagesse il n'y a pas d'age pour aimer courir; un très grand marathonien m'a dit un jour: "plus tard mes records seront battus, personne ne se rappellera que j'étais le plus rapide et je continuerai à courir tant que je pourrais. J'ai un ami très agé qui court toujours"

De la relativité de la vitesse
Un ami ancien international de marathon à peine plus jeune que moi m'a dit: « charlie, nous ne courons plus aussi vite qu'il y a des années mais ce qui compte c'est de toujours avoir le même plaisir de courir avec les mêmes sensations »

Deuxième week-end, deuxième décor et deuxième équipe. Ci-dessous, je pose avec mon ami Titi, vétéran 2 sur le papier, coach lui-même et pourtant  j'ai l'impression qu'il a les certitudes et les doutes d'un cadet quand il me parle.


Quand on passe du marathon au cent bornes puis aux 24 heures, de fait on est plus vieux, de fait on court moins vite par contre si on veut bien écouter, regarder, respirer, sentir, toucher alors on a les mêmes sensations, on peut courir vite à 16km/h et aussi à 10km/h. Mon dernier kilomètre à Chavagne en 2007, je me sentais comme au sprint d'un cross, à Vierzon ce dimanche juste avant 11h, c'était aussi grisant de courir vite après 24 heures sur le circuit.

Les photos qui suivent sont offertes par claude Marchand, cloclo sur le forum ADDM
Tout s'est passé sur une boucle de 1028 mètres, tout s'est passé en 24 heures et il y a eu énormément de kilomètres parcourus et surtout énormément de partage et d'émotions.
Pour ne pas vous induire en horreur, pardon en erreur, je vous signale que j'ai couru un ultra ce weekend, un 24 heures est bien un ultra, mais je n'ai pas été ultra-coureur et je n'ai pas couru 24 heures.

Détail, j'ai pris le départ de la course le 6 octobre à 11h00 et j'ai couru le matin du 7 octobre jusqu'au coup de pistolet final à 11h00, donc j'étais bien là 24 heures mais il y a eu des très très longues pauses ce qui n'a pas été le cas pour les champions et championnes qui ont tourné tout le temps des 24 heures.

Thierry Dehais alias Titi, s'était entraîné très dur! Avec sa victoire au 24 heures de Rennes, il nourrissait une grande ambition, la marque IB International B c'est 240 kms et IA c'est 250kms. C'est à la fin de la foire qu'on compte les ... C'est à la fin des 24 heures qu'on sait combien on a fait de kilomètres, la règle est simple, prendre le départ, courir et éventuellement marcher pour faire des tours et des tours, être là à la fin  et ... c'est tout. Certains partent vite et finissent au ralenti, d'autres sont très réguliers et perdent très peu de vitesse à tel point que les autres ont l'impression de voir passer des avions.
Ma venue à Vierzon avait comme raison première assister Titi, prendre le départ avec lui, vérifier qu'il était sur le bon tempo avec le bon mental, le soutenir le temps qu'il fallait pour qu'il entre dans sa course serein et concentré ensuite sur la dernière heure, j'envisageais de tourner à la vitesse visée autour de 10km/h si possible.
Maud son épouse était au ravitaillement perso. Quand j'ai topé des temps intermédiaires et que j'ai vu que ses pulses étaient correctes bien qu'il constatait 10 de plus que la normale à la même allure, j'ai ralenti pour ne pas entrer dans le dur. J'étais complètement mouillé tellement je transpirais, j'ai utilisé 3 tenues différentes et elles étaient trempées, c'était désagréable à souhait.
L'ambiance en circadie est fantastique, dès que nous repérons des prénoms sur les dossards nous encourageons avec des allez jean-yves, allez stéphane allez fred allez stéphanie, en fait ce sont des dizaines de prénoms que nous apprenons très vite.
cloclo ci-dessus a alimenté le forum avec ses photos alors ça me donnait du baume au coeur. Merci pour ces clichés qui nous rappelleront encore longtemps ce moment de partage, de bonne humeur et de connivence.



Le temps est bien élastique car avec toutes les rencontres possibles et le tempo qui est suffisamment lent pour papoter, j'ai sympathisé avec Jean-pierre Tixier qui est dans le club où Karim est muté, après cinq années à progresser ensemble au sein de la JA Melesse, il continuera sous les couleurs de la Berrichonne de Châteauroux,  la ville où il a presque toujours vécu et où moi-même je suis né.  

Karim est passé à Vierzon qui est en fait dans le département voisin du sien.















Maurice Morard est une vielle connaissance rencontré sur ADDM mais aussi à Chavagnes en paillers en 2007 et à Barcelone, il avait l'ambition de monter sur le podium V3, les plus de 60 ans, et il a réussi pour le plaisir de tous ceux qui le connaissent. Titi est juste derrière Maurice sur la photo, ils ne sont pas à la même allure mais leurs regards montrent une concentration semblable. De temps en temps je faisais 500m pour contrôler l'allure de Titi, le système de comptage de l'organisation ne pouvait afficher sur écran les kilomètres parcourus. Titi était sans cesse dans le doute et ne savait pas combien il avait fait. Tout était possible car il tournait à 5'30 au kilo soit 10,9 km/h.


La pluie s'est invitée en fin d'après midi, comme j'étais venu sans objectif, vers 20 heures soit 9 heures de course j'ai fait une très très longue pause. 


Dans la nuit quand je suis allé prendre des nouvelles de Titi, il avait très mal au ventre et avait déjà vomi 2 fois. Il est allé se coucher, j'avais l'espoir qu'il repartirait après un peu de repos. Ca n'a pas été le cas, j'étais très déçu pour lui et ma philosophie de la vie, du respect des autres m'interdit de forcer un athlète à courir dans la douleur et m'interdit de hurler sur un coureur quel qu'il soit. 

 
Dans la nuit je suis allé plaisanter avec Pierre-andré et Noël qui alimentaient le suivi du 24 heures sur le site ADDM. Quelquefois j'avais envie de recourir mais je trouvais toujours une excuse pour ne pas sortir de la salle, il faut dire qu'on rigolait bien et quand les ADDM passaient devant la table c'était très sympa de les encourger. Manu tenait toujours les compteurs à jour et ravitaillait les gars et Chantal.

Quand le jour s'annonçait, je me suis dit que c'était l'heure de mon footing matinal alors en continuant de plaisanter, j'ai mis mon coupe-vent car il crachinait et j'ai fait des tours tantôt avec un garçon tantôt avec une fille. Je me suis bien mis en évidence à côté de Chantal au ravitaillement pour la photo. En fait, j'étais lucide mais presque sur un nuage tellement j'étais bien. 


Quand je m'arrêtais je demandais si quelqu'un avait besoin d'un coup de main et hop, je courais un ou deux tours pour que celui ou celle qui est dans le dur se mette en confort et ne gère pas le tempo car c'est moi qui le donnait quand je pouvais. Les façons de courir de chacun sont différentes. Certains coureurs ne sont pas en photos ci-dessous mais ils m'ont donné du plaisir à accepter que je courre à côté d'eux. Certains s'en souviennent d'autres pas, le temps d'une course nous avons été très proches, j'en aurais presque le circadien-blues.


Par exemple Renaud me demandait une allure et en fait il était capable d'aller plus vite alors je me suis mis à côté et essayer de voir qu'est-ce qui serait le mieux pour lui. Une allure lente est certes une assurance de ne pas se cramer mais trop lente et elle n'est plus rentable et contrariée. Aux dernières heures quand on sait qu'on a raté son objectif premier, il est peut-être bien de se mettre dans l'allure la plus fluide, c'est à dire celle qui vient naturellement.



Stéphanie qui a fait une superbe marque a été très régulière puisque j'ai tourné un peu à différentes heures à côté d'elle, elle était quasiment tout le temps à 7'30 au kilo, sans jamais marcher, nulle part, même pas dans la bosse. Je suis admiratif de cette régularité.


Chantal, difficile de la manquer, elle a toujours ce sourire, du début à la fin, on ne sait pas quand elle est dans le dur, elle dit que la course commence après la douzième heure,  la moyenne sur deux tours donnait la même chose que stéphanie puisque c'était du 15', cependant elle courait en 6'40, marchait dans la petite bosse vers les 650m et aussi vers les 450m.


Dans la dernière heure, fred a recouru à côté de sa soeur et son mari david, le tempo était bon, le classement ne pouvait plus changer, les écarts étaient faits, stéphanie avait 198km et finira avec 206km, j'ai quitté son groupe  et j'ai attendu Chantal en sachant qu'elle pouvait faire 200km en ne traînant pas (191km pointé à 23 heures mais sans doute 1km de plus pour passage juste après l'heure. Nous avons ensemble fait des derniers tours de folie, j'ai eu un coup de moins bien, j'ai accéléré pour prendre de l'avance et ravitailler, là Chantal m'a doublé pendant que je mangeais et je n'ai pas pu la rattraper, il ne restait qu'un tour et je l'ai attendue pour le sprint final, nous allions tellement vite que nous avons quasiment fait un tour de plus, sa marque finale est à 201 km 600.

Alors, à la question: "pourquoi cours tu un ultra ?" je réponds, je cours un ultra parce que je croyais être sage et ne plus le faire, j'ai couru à Vierzon dans un premier temps pour être présent et soutenir mon ami Titi, j'ai soutenu Karim qui courait son premier ultra à Millau. Je suis quelquefois entraîneur, quelquefois coureur, quelquefois marcheur, je ne suis pas un coach cassant, j'aime la vie, j'aime courir, j'aime le partage, j'ai aimé faire une boucle avec christian Dilmi sous le regard de ludovic, je n'ai pas couru 24 heures, j'ai participé aux 24 heures de Vierzon et c'était grandiose humainement, j'ai progressé peut-être philosophiquement, j'aime la sagesse et je ne suis pas sage, même sans courir on peut partager avec des circadiens tout en simplicité et le final avec Chantal était inoubliable.

mercredi 3 octobre 2012

Karim, Millau 2012, premier 100km


Notre ami Karim est connu aussi comme Zyend sur le forum ADDM Au Delà Du Marathon, c'est un endroit où à trop traîner, on devient un jour ou l'autre aspiré par l'ultra et Karim, Hakim, Zyend a fini par craquer, a demandé plusieurs fois à son coach de préparer et courir un 100km. Pour essayer, je trouve que Millau est pas mal vu qu'avec son profil ses généreuses montées et descentes il est impossible de battre des records alors on peut se focaliser sur autre chose que le chrono et savourer. Je me suis permis de recopier son CR qui me paraît bien court comparé aux 9 heures passées de Millau à Millau en passant par Le Rozier dans les gorges du Tarn et St Affrique.
  
Millau 2012. Premier 100 km.

C'est le premier "gros" objectif que j'ai préparé depuis mes aventures sur Marathon.
Je me retrouve sur la ligne de départ après un entrainement en plein cagnard 6j sur 7.
J'ai envie de faire un truc bien mais pour moi c'est l'inconnu, et faut le dire, bien qu'affûté je ne suis pas un poids plume non plus... :siffle:

Cette course, c'était que du bonheur, avec des bons moments, d'autres moins faciles, certains très difficiles avouons-le. J'étais préparé à tout, même la météo je m'étais préparé à ce qu'il fasse un temps de chiotte.
Je m'étais donc préparé à vraiment tout, sauf à en baver du 30ème au 50ème km. :boulet:

Le départ donné, je sens que le stress est là et le cardio monte déjà haut dans les tours. C'est mon 1er 100km, alors je me calme et je pars prudemment. La 1ère partie commence bien, Charlie me suit et me rassure sur ma foulée.
Je papotte avec un jeune qui fait aussi son 1er 100km qu'il veut finir en 10/11h...je lui dis qu'il est en avance mais il me double et part bille en tête.
Un autre gars tout en noir accompagné de sa nana avance au même rythme que moi, une foulée dure qui tape sévère du talon "plac plac plac"...je me dis qu'il va avoir drôlement mal aux jambes plus tard.
Il vise aussi 10h-11h, alors qu'il est sur des bases à 8h45/09h00, sagesse quand tu nous tiens :chinois:

Les km défilent, mais y a un truc qui cloche, j'arrive au 30ème pas frais. En clair, j'ai mal aux cannes.
Je ne comprends pas, j'ai jamais eu ces sensations à l'entrainement. J'ai mal dans le haut des cuisses, j'ai mal sur l'intérieur du genou, côté souffle ce n'est pas fluide.

Je panique. On arrive sur Millau pour boucler le Marathon, je sens que Charlie perçoit mon malaise, il y a un truc qui cloche. Plus tard, je comprendrai que mon excès de prudence m'a poussé à lever le pied, adopter une allure trop lente qui n'a jamais été travaillée à l'entrainement.

On arrive près du Parc de la Victoire, le bruit me casse la tête...Un petit bisou à ma chérie mais j'ai du mal à repartir. Je m'arrête au ravito quelques secondes le temps de boire un peu de gazeux.

Mon camarade de course tout en noir me dit que maintenant il continue à 10 km/h, j'ai envie de lui dire que c'est trop tard pour lui, qu'il a déjà bouffé tout son carburant, mais c'est pas mes oignons et moi même j'en mène pas large...

Toutefois il explosera en plein vol plus tard et finira hélas à 6.5km/h :pleurer:
C'est laborieux de repartir, mais enfin on sort de Millau et l'ambiance est plus calme.

Vite fait on arrive au pied de la 1ère côte. Je commence à la grimper tout doucement, mais elle fait mal.
Je m'autorise à marcher à grandes enjambées alors que je me fais doubler à droite et à gauche, je sens que ça m'échappe. J'hésite à aller plus loin.

On passe le 50ème, je m'efforce de sourire au photographe. J'attends impatiemment la côte de Tiergues mais Charlie me dit qu'il y a encore pas mal de km avant.
Le faux plat jusqu'à St Rome est usant, il y a 3 coureurs devant moi, à peine 50m, mais ils me paraissent loin les bougres. Le temps se gâte et je suis à 2 doigts de craquer.

D'un seul coup, BLAM, il se met à flotter et c'est peut-être la meilleure chose qui me soit arrivé. Certains coureurs s'affolent un peu et s'évertuent à sortir k-way, coupe-vent, écharpes et essuie-glaces
Je remets ma casquette à l'endroit et part en tête en relançant l'allure. Je passe en mode crossman, dur au mal, avançant sans discontinuer.
Je décide de ne plus m'inquiéter pour le cardio, et si je pète en vol, ben ça fera un chouette feu d'artifice.

ENFIN ! Tiergues se présente, Charlie me dit:" ça y est, ça commence, je te retrouve dans la descente vers St-Affrique" (St-Aff pour les intimes).
J'avale la côte comme un Ti-punch, c'est à dire d'un trait, en savourant et en exultant. Sans marcher et en prenant soin de prendre les lacets bien à l'extérieur, déjà je remonte des coureurs mal en point.

La descente vers Saint-Affrique est raide, bien raide. Charlie me rattrape en vélo et j'avale un coup de flotte et une pâte de fruits. J'y vais à bonne allure et m'assure à ce que mon talon touche le moins possible le sol (merci la PPS). Ca le fait, mais la plante des pieds en prends plein la gueule. En plus ça fait chouic-chouic à cause de la flotte.
Arrivé à St-Affrique, je repars illico après m'être fait pointer. Je n'ai qu'une hâte, me retrouver à Tiergues et revenir à la maison.

Je remonte la côte avec la même détermination, la tête dans le guidon, pas question de faiblir.
Je remonte une bonne quinzaine de coureurs. J'échange quelques mots avec V. Toumazou, dont les billets sur Millau m'ont vraiment fait rêver, et continue de plus belle.
Arrivé à Tiergues, ce n'est que du bonheur. Je m'autorise à penser que la course c'est "in the pocket". Et là je redescends, sans réduire l'allure. Juste en faisant attention à bien dérouler.
Quelques débuts de crampes bordel m'obligent de temps à temps à ralentir l'allure quelques mètres en tendant bien la jambe droite...je reste vigilant mais je ne panique pas.

Physiquement, je suis heureux comme tout. J'ai mal nulle part, plus de bobos aux jambes, plus de bobos à la tête, la pluie, les bosses, c'est que du bonheur...on dirait un cross sans la boue, bref, je rentre chez moi.

Je m'attends à voir le panneau 85km, mais j'en suis en fait qu'au 80ème. Je redoutais un peu cette partie, Charlie m'avait prévenu que ça serait long du 80èm e au 90ème.
Mais je laisse filer, croise tous les coureurs qui m'encouragent, je les encouragerai (presque) toutes et tous sans exception...Ainsi que les suiveurs et suiveuses pour qui ça n'a pas dû être toujours simples.

Vite, très vite le 90ème km s'annonce. Ça sera juste, très juste pour passer sous les 9h, mais je ne cherche pas à faire le con maintenant. J'appréhende beaucoup le retour à Creisseils, heureusement Charlie me rattrape enfin. Parce que même si j'ai mal nulle part, je commence à être fatigué nerveusement.
Je gère encore quelques crampes en écourtant la foulée et en marchant à grandes enjambées bien étirées.

Charlie m'annonce encore 5km, c'est le moment. Je déroule, c'est presque plat, je retrouve ma vraie foulée de l'entrainement, en-effet, ça n'a rien à voir avec le début de la course. Je n'arrive plus à repérer les flèches jaunes, la circulation n'est pas super bien gérée lorsque je passe, c'est Charlie qui m'ouvre la route.
Km 99, c'est dans la poche, Charlie qui me gueule dessus, me dit de profiter, de savourer, de mémoriser cette allure, l'entrée sur le Parc de la Victoire, l'arrivée en faux plat.
Km 100.
Finished.
26ème.



09h01.
Enfin, j'ai vraiment mal aux cannes.


Je suis partagé sur la gestion de ma première partie. Partir trop prudemment, trop lentement m'a causé quelques soucis. J'ai appris un autre truc aussi, avec des pâtes de fruits, du coca de la saint-yorre et de l'eau plate, ben ça passe tranquille sans problèmes gastriques.

C'était une aventure sportive et humaine vraiment exceptionnelle. Pour moi ce n'est pas une course mythique qu'il faut faire une fois et la mettre sur son CV, c'est avant tout une épreuve exigeante que j'aurai plaisir à refaire tant pour la performance que pour les sensations.

En bon crossman/marathonien je me suis vraiment bien éclaté !

Z.

jeudi 13 septembre 2012

officiel : georges devient charlie et continue à entraîner


Mai 68, Mai 1981, des mois de rupture, Mai 2012, il y a eu des changements dans ma vie, pas une révolution, cependant une étape mémorable.
Il faut revenir avant ma naissance, mon grand père paternel, vietnamien, s'appelle Lê Van Tram, mon papa lui Lê Hoang An. Papa se marie avec une quarteronne, c'est à dire que son grand-père paternel est Français, il s'est marié à une vietnamienne, et mon grand-père s'est marié à une vietnamienne, la maman de ma maman.
Qui suis-je ? En plus d'être octoron, un huitième français et sept-huitième vietnamien, je suis français de nationalité. Papa est devenu français à son mariage. En 1956, deux ans après Dien Bien Phu, pour les français en Indochine cela devenait très compliqué, Papa et Maman ont décidé de venir à la métropole. La francisation du nom a eu deux conséquences sur l'état civil. Lê étant trop court, papa a fait changer en Le Hoang An puis Le Hoangan, son premier prénom était André, son deuxième Georges et tous ses proches le prénommaient Georges. Pour je ne sais quelle raison, papa a décidé que ses enfants se prénommeraient tous Georges. Maman, elle, trouvait plus pratique de nous appeler chacun différemment et c'est ainsi qu'elle m'appelait Charlie. C'est vraiment très tard que j'ai appris que mon prénom officiel d'état civil était Georges environ à l'age de 11 ans.
Papa souriait toujours quand je lui racontais mes mésaventures administratives. Quand l'été 2010 au Vietnam avec quelques frères nous avons répandu ses cendres, une page a été tournée. Il m'a fallu un an pour me décider à entreprendre les démarches pour demander à changer mon état civil.

Ce 21 mai 2012, je reçois un courriel avec une copie du délibéré envoyée par le greffe du tribunal.
C'est officiel, Charlie est mon premier prénom et cela va être inscrit au registre d'état civil à Châteauroux, là où je suis né un jour de passage de Charles De Gaulle il y a 53 ans.

Il y a la vie qui s'écoule, il y a possibilité de s'installer dans le confort et il y a des parcours chaotiques, il y a des aventures, des voyages inattendus, des prises de risque. Il y a chez moi toujours l'envie de progresser, de construire, de parfaire. En ce mois de Mai il y a eu une nouvelle façon d'envisager le futur. Cette période de grande réflexion me met dans l'inconfort, juste l'opposé de la routine qui pouvait s'installer.
Les éléments fondamentaux sont d'abord ma famille, avec Babeth mon épouse, nous sommes toujours attentifs et vigilants sur le cheminement, la construction, l'éducation de nos enfants mais ils sont grands maintenant ou tout du moins les trois premiers, Camille 26 ans interne en médecine générale, Julien 24 ans menuisier ex compagnon du devoir et maintenant apprenti philosophe, Pierre 21 ans élève ingénieur, il reste Marie 16 ans lycéenne.
Après ma famille, il y a celle de papa et maman, on ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas ses frères et soeurs, ils sont là, ils sont dans nos pensées et s'ils nous appellent nous sommes prêts à les aider s'ils en ont besoin.
Il y a mes amis, ceux que j'ai choisis et vice-versa. En ce mois de Mai, j'ai encore eu l'occasion de savourer pleinement des moments simples de bonheur avec ceux qui partagent quelques kilomètres de course et qui sourient, rigolent franchement autour d'un repas.
Je ne connais pas la solitude du coureur de fond, je suis un outre-coureur, je partage avec des infra-joggeurs et au delà de mes passions sportives il y a ma quête de progression dans la vie, la vie tout court pas un assemblage de ma vie familiale avec ma vie professionnelle avec ma vie de sportif avec ma vie de « professeur ».

A partir de maintenant je vois les choses autour de moi sous un autre éclairage. Quand j'ai rencontré des personnages qui n'étaient pas sincères avec les autres, qui se mentaient à eux mêmes, qui jouaient à une comédie et qui cherchaient sans cesse la scène et les projecteurs, j'ai eu un rejet qui s'est installé et a grandi, cela approchait même la nausée. Depuis, il m'importe surtout d'agir dans ce qui m'apparaît aller dans le sens de l'amélioration de chacun et de tous, il ne s'agit pas de me fondre et disparaître comme individu mais plutôt en associant mes forces, mon énergie à mes frères et amis avoir plus d'impact. Un philosophe qui vit en ermite n'arrivera qu'à se convaincre lui-même du bien-fondé de sa philosophie et son groupe sera réduit à une personne, l'humanité entière continuera son chemin sans apport de la méditation de ce philosophe.
Quand j'entraîne des athlètes, j'ai un groupe assez important avec quelques dizaines de membres, quand des athlètes que j'entraîne deviennent à leur tour entraîneur, mon groupe additionné aux groupes de mes athlètes-entraîneurs est beaucoup plus grand. Quand ma sagesse est partagée, je reçois et je donne, le “Je” deviens nous; nous contribuons chacun à notre progression personnelle et collective.