Ces deux week-ends ont été riches en divers aspects, j’ai encore
appris et je vais me questionner encore longtemps sans doute, sur le
plan des rapports humains surtout, sur la connaissance des
possibilités de chacun, sur la compétition en général, sur
l’humilité des coureurs d'ultra, sur la simplicité des circadiens.
D'abord, remettons dans l'ordre des
souvenirs et des émotions qui sont loin de la raison et qui amènent
à la confusion, parce que l'émotion me submerge.
Si on osait me poser la question :
« pourquoi cours tu ? » voici ce que je pourrais
rétorquer : « pourquoi respires tu, pourquoi manges tu ,
pourquoi bois tu ? » . Si j'avais un peu de temps avant
d'écrire l'article que je vous inflige actuellement, je pourrais
lire et essayer de comprendre les philosophes sur lesquels s'appuie
le livre Courir de Guillaume Le Blanc; mon corps et mon esprit
sont-ils bien distincts d'après Descartes. Les circadiens, c'est à
dire ceux qui font des tours d'horloge sont pour certains contre la
raison puisqu'ils sont des ultra-coureurs, des coureurs qui ont
dépassé les bornes, d'autres sont cartésiens en référence à
cogito ergo sum, c'est leur esprit qui commande à leur corps et cela
avec méticulosité allant jusqu'à doser ce qu'ils ingèrent en
liquides et en solides avec contrôle permanent de leur masse
corporelle grâce à un pèse-personne portatif. Le coureur n'est pas
du tout un imitateur des philosophes grecs qui marchaient, en tous
cas le coureur d'ultras n'est pas épicurien recherchant l'ataraxie,
l'absence de souffrance. Courir très longtemps ça fait souvent mal.
Pour ma part, je ne me considère pas
comme ultra-coureur autre terme pas du tout utilisé mais synonyme,
outre-coureur, il y a sans doute un dédain des outre-mangeurs ceux
qui mangent trop et une vénération des outre-coureurs, mais il doit
y avoir une confusion, il y a outre-coureur c'est à dire
ultra-coureur et coureur d'ultras. Il y a beaucoup et trop voire beaucoup trop mais les limites sont personnelles. En Ethiopie il y des des gens qui mangent peu et il y a des gens qui courent beaucoup, tout le temps mais je ne crois pas qu'ils courent trop.
Un sigle que je dois vous expliquer: ADDM Au Delà Du Marathon, c'est au départ un forum de coureurs d'ultra et ensuite c'est devenu la désignation de ceux qui fréquentent ce forum
Karim à Millau est devenu coureur
d'ultra. Pour karim ça a commencé par le mythique 100km de Millau
tellement bien relaté par des passionnés de course à pied que le
lecteur-marathonien se pose très rapidement la question : « vais-je
devenir centbornnard ? ou plutôt quand vais-je faire Millau ?» .
Premier weekend, pour le premier décor, nous avons un
parcours dans l'Aveyron qui remonte au nord dans les gorges du Tarn,
passe sous le merveilleux Viaduc autorise une halte, courte ou longue
suivant la fatigue à St Affrique et revient au point de départ, les
acteurs sont parmi des milliers de bipèdes, un futur centbornard et
son accompagnateur à vélo, votre aimable conteur, pas compteur. Le
parcours est une boucle qui s'étale sur une cinquantaine de
kilomètres, doit-on avoir une réflexion et un ressenti sur
l'espace, la distance ou le temps? vu du coureur la distance est fixe
et pourtant la durée aidant, c'est surprenant comme pour l'un c'est
loin l'arrivée, cela semble insurmontable et pour l'autre c'est bientôt fini. Le temps est
élastique. Quand le temps est en plus à la pluie, le temps dure longtemps.
À 85 km on a parcouru plus de deux
marathons, il ne reste que … c'est quand même interminable et le
presque cent-bornard peut se poser la question d'arrêter. À Millau,
c'est bien car quoi qu'il arrive, c'est un endroit au milieu de tout
ou bien de nulle part, alors il faut rentrer coûte que coûte. Celui qui repart de St Affrique terminera son 100km.
Karim est parti prudemment, en
regardant sa fréquence cardiaque, il était inquiet, les pulsations
étaient bien au dessus de celles de l'entraînement et il courait
moins vite. D'habitude, je ne suis pas à côté d'un athlète que
j'entraîne et l'enregistrement de sa courbe de FC me sert après la
course à voir ce qui s'est passé. En tant qu' accompagnateur à
vélo, je l'ai réconforté en lui disant que la météo était sans doute responsable de sa FC anormale, j'ai apprécié d'avoir surtout en visuel, la foulée et la
posture du coureur c'est cela qui me renseigne le plus, la respiration était tranquille, l'allure quand même inconfortable dans sa lenteur relative.
Les
commentaires à chaud de Karim peuvent être surprenants et les réponses aux
questions aussi. Pendant la course j'ai été étonné de réflexions
de Karim. En fait ce n'était pas des réflexions mais des phrases
qui sortaient de sa bouche qui n'avaient aucun sens, d'ailleurs
certaines étaient tellement « débiles » que je les ai
sorties de ma mémoire. Ceci illustre le fait que le coureur
d'ultra est , à partir d'un moment, en grande fatigue et son cerveau est
réellement hors service. Je suis sûr qu'il a pratiquement le même corps mais je m'interroge sur son esprit.
Le vélo que j'utilisais était lourd et
j'avais beaucoup de mal à grimper les côtes, la vraie première
bosse est celle de Creyssels en dessous du viaduc et je l'ai montée
en marchant à côté du vélo. Après avoir rejoint Karim, j'ai bien
entendu pris dans le panier soit de l'eau, soit une pâte de fruit
pour la tendre afin qu'il ravitaille sans passer par les salles, c'est quand même un des rôles du suiveur que de ravitailler et donc de rester à côté du coureur. À
un moment, sans s'en apercevoir, Karim m'a demandé de « dégager »
et je me suis mis en arrière. Karim est un garçon charmant en
général, quand il a décidé d'être dur avec quelqu'un, il ne se
gêne pas pour utiliser des mots désagréables bien incisifs, là avec des mots très simples, il m'a momentanément blessé. Ma première leçon
a été qu'il faut pardonner à quelqu'un qui court un ultra et qui
est limite de passer outre-coureur.
Qu'est-ce que l'outre-mesure, qu'est-ce que le kilomètre de trop,
qu'est-ce qui fait passer d'un état équilibré à la bigorexie, dit
autrement y a t'il un ou des indicateurs à la surfatigue due à la
course à pied. J'aime à penser qu'avec une méthode de réflexion,
nous pouvons dans tous les domaines détecter la bigorexie,
l'outrance maladive, l'addiction à la pratique sportive, dans notre cas la course à pied.
La difficulté pour moi-même est que
je passe pas mal de temps à regarder, écouter analyser les
entraînements de mes athlètes sans pour cela avoir un regard
extérieur objectif sur ma propre pratique. Une des conséquences de mon
auto-gérance en terme de course à pied est que je finis par être
« bipolaire », il y a le côté toujours plus, toujours
plus long, toujours plus dur, toujours plus loin dans l'envie de me
surpasser puis quand l'objectif a été réussi c'est devenu rare ou raté, sans grosse déception,
il y a le côté, "je m'en fiche", sans objectif et je me
dis que je ne ferai plus rien, ne rien faire pour moi c'est juste faire des footings. Il est aussi aisé de se cacher
derrière son âge. Il n'y a pas d'age pour philosopher, il n'y a pas
que ceux qui ne peuvent plus qui ne cherchent plus la performance et
vous balance: « moi je cours pour le plaisir », il y
a des jeunes qui aiment la sagesse sans pour autant être sage et il
y a ceux qui courent "pour le plaisir", en réalité quelquefois sans plaisir et toujours sans
performance. Mais a t-on besoin de performance ? On a besoin d'indicateur si on veut progresser, cela vaut pour l'entraîneur et pour l'athlète. Attention, on peut progresser sportivement au sens distance ou chronomètre ou résultat et aussi optionnellement progresser dans la beauté du geste, dans la justesse du mouvement et pour certains on peut progresser dans la façon de communiquer son art, la façon de se construire humainement et pas comme un cyborg, c'est à dire un homme augmenté tendant vers une machine.
Mon ami Karim a été assez compétitif, il s'entraînait dur et avait couru Berlin 2008 en 2h38 ravi et Berlin 2009 en
2h36 déçu et cela a été son dernier chrono «correct », il faut dire qu'il y a des barêmes qui
donnent un niveau à une performance; à l'époque l'objectif était
de 2h32 car c'est pour un garçon un classement N2 National 2, depuis
cela a changé pour être N2 il faut courir le marathon en 2h20'00.
Eh
oui, c'est comme cela qu'un compétiteur se voit, il se voit à l'aune de
ses performances, de son chrono ou de sa distance ou bien de ses places lors des compétitions. Cela m'interroge et à force d'assister à des
championnats, j'avoue que je ne sais plus quels objectifs donner à
mes athlètes, objectif relatif ou objectif personnel.
La compétition est d'après moi noble
s'il s'agit pour l'athlète de donner le meilleur de lui-même et
c'est personnellement qu'il doit avoir ses repères. S'il entre dans
une logique de battre l'autre, c'est un combat, c'est "la guerre" et
j'entends souvent les termes: « atomise, massacre, sois
un killer et j'en passe ».
Karim, quel que soit son langage ne
fait jamais référence aux autres compétiteurs, à Millau il s'est
battu contre lui-même, il a découvert un autre monde. Millau est-il
un passage initiatique ? En tous cas pour Karim, c'est là que
j'ai eu la chance de le voir passer une porte, la patience aidant, il
devra d'abord savourer et encore se remémorer cette merveilleuse
allée dans le parc de la victoire précédée par des kilomètres à
la bonne allure, avec les meilleures sensations entre Creyssels et
Millau. Une course réussie ne tient pas au chronomètre mais au pur
bonheur de courir pendant un moment en étant léger dans sa foulée,
dans ses jambes et dans sa tête, il n'y a plus de distinction entre
le corps et l'esprit et il n'y a même plus de Viaduc, de bitûme, le
coureur ne se déplace pas sur un parcours, l'accompagnateur n'est
plus à côté, il n'y a plus Millau d'un côté et le coureur de
l'autre, il y a le bonheur, il est indescriptible il se vit.
Quand ensuite, les jours
deviennent « normaux » s'installe le « cent-bornes
blues » il ne faut pas sombrer dans la frustration, on reprend une pelote magique, il faut
tirer sur un bout de laine et au bout, il y a les moments de
bonheur qui sont persistants. Toujours je demande aux athlètes de ne
pas programmer une nouvelle course, il ne faut pas galvauder un
moment très très fort en le faisant disparaître derrière un
nouvel objectif. Une victoire sur soi-même est précieuse, je me la
garde en moi, je la ressors pour le plaisir de la revivre. C'est comme mes enfants, certains ne sont plus physiquement à la maison si j'en ai envie, je ressors une autre pelote magique, moi je ne sais pas tricoter, je tire sur un bout de laine, je souris. Millau est magique je l'ai vécu aussi c'était presque hier.
De la persistance à vouloir courir
quels que soient les ages
Il n'y a pas d'age pour philosopher, aimer la sagesse il
n'y a pas d'age pour aimer courir; un très grand marathonien m'a dit
un jour: "plus tard mes records seront battus, personne ne se
rappellera que j'étais le plus rapide et je continuerai à courir
tant que je pourrais. J'ai un ami très agé qui court toujours"
De la relativité de la vitesse
Un ami ancien international de marathon
à peine plus jeune que moi m'a dit: « charlie, nous ne
courons plus aussi vite qu'il y a des années mais ce qui compte
c'est de toujours avoir le même plaisir de courir avec les mêmes
sensations »
Deuxième week-end, deuxième décor et deuxième équipe. Ci-dessous, je pose avec mon ami Titi, vétéran 2 sur le papier, coach lui-même et pourtant j'ai l'impression qu'il a les certitudes et les doutes d'un cadet quand il me parle.
Deuxième week-end, deuxième décor et deuxième équipe. Ci-dessous, je pose avec mon ami Titi, vétéran 2 sur le papier, coach lui-même et pourtant j'ai l'impression qu'il a les certitudes et les doutes d'un cadet quand il me parle.
Quand on passe du marathon au cent
bornes puis aux 24 heures, de fait on est plus vieux, de fait on
court moins vite par contre si on veut bien écouter, regarder,
respirer, sentir, toucher alors on a les mêmes sensations, on peut
courir vite à 16km/h et aussi à 10km/h. Mon dernier kilomètre à
Chavagne en 2007, je me sentais comme au sprint d'un cross, à
Vierzon ce dimanche juste avant 11h, c'était aussi grisant de courir
vite après 24 heures sur le circuit.
Les photos qui suivent sont offertes par claude Marchand, cloclo sur le forum ADDM
Tout s'est passé sur une boucle de
1028 mètres, tout s'est passé en 24 heures et il y a eu énormément
de kilomètres parcourus et surtout énormément de partage et
d'émotions.
Pour ne pas vous induire en horreur, pardon en erreur, je vous signale que j'ai couru un ultra ce weekend, un 24 heures est bien un ultra, mais je n'ai pas été ultra-coureur et je n'ai pas couru 24 heures.
Détail, j'ai pris le départ de la course le 6 octobre à 11h00 et j'ai couru le matin du 7 octobre jusqu'au coup de pistolet final à 11h00, donc j'étais bien là 24 heures mais il y a eu des très très longues pauses ce qui n'a pas été le cas pour les champions et championnes qui ont tourné tout le temps des 24 heures.
Thierry Dehais alias Titi, s'était entraîné très dur! Avec sa victoire au 24 heures de Rennes, il nourrissait une grande ambition, la marque IB International B c'est 240 kms et IA c'est 250kms. C'est à la fin de la foire qu'on compte les ... C'est à la fin des 24 heures qu'on sait combien on a fait de kilomètres, la règle est simple, prendre le départ, courir et éventuellement marcher pour faire des tours et des tours, être là à la fin et ... c'est tout. Certains partent vite et finissent au ralenti, d'autres sont très réguliers et perdent très peu de vitesse à tel point que les autres ont l'impression de voir passer des avions.
Ma venue à Vierzon avait comme raison première assister Titi, prendre le départ avec lui, vérifier qu'il était sur le bon tempo avec le bon mental, le soutenir le temps qu'il fallait pour qu'il entre dans sa course serein et concentré ensuite sur la dernière heure, j'envisageais de tourner à la vitesse visée autour de 10km/h si possible.
Maud son épouse était au ravitaillement perso. Quand j'ai topé des temps intermédiaires et que j'ai vu que ses pulses étaient correctes bien qu'il constatait 10 de plus que la normale à la même allure, j'ai ralenti pour ne pas entrer dans le dur. J'étais complètement mouillé tellement je transpirais, j'ai utilisé 3 tenues différentes et elles étaient trempées, c'était désagréable à souhait.
L'ambiance en circadie est fantastique, dès que nous repérons des prénoms sur les dossards nous encourageons avec des allez jean-yves, allez stéphane allez fred allez stéphanie, en fait ce sont des dizaines de prénoms que nous apprenons très vite.
Ma venue à Vierzon avait comme raison première assister Titi, prendre le départ avec lui, vérifier qu'il était sur le bon tempo avec le bon mental, le soutenir le temps qu'il fallait pour qu'il entre dans sa course serein et concentré ensuite sur la dernière heure, j'envisageais de tourner à la vitesse visée autour de 10km/h si possible.
Maud son épouse était au ravitaillement perso. Quand j'ai topé des temps intermédiaires et que j'ai vu que ses pulses étaient correctes bien qu'il constatait 10 de plus que la normale à la même allure, j'ai ralenti pour ne pas entrer dans le dur. J'étais complètement mouillé tellement je transpirais, j'ai utilisé 3 tenues différentes et elles étaient trempées, c'était désagréable à souhait.
L'ambiance en circadie est fantastique, dès que nous repérons des prénoms sur les dossards nous encourageons avec des allez jean-yves, allez stéphane allez fred allez stéphanie, en fait ce sont des dizaines de prénoms que nous apprenons très vite.

Le temps est bien élastique car avec toutes les rencontres possibles et le tempo qui est suffisamment lent pour papoter, j'ai sympathisé avec Jean-pierre Tixier qui est dans le club où Karim est muté, après cinq années à progresser ensemble au sein de la JA Melesse, il continuera sous les couleurs de la Berrichonne de Châteauroux, la ville où il a presque toujours vécu et où moi-même je suis né.
Karim est passé à Vierzon qui est en fait dans le département voisin du sien.
Maurice Morard est une vielle connaissance rencontré sur ADDM mais aussi à Chavagnes en paillers en 2007 et à Barcelone, il avait l'ambition de monter sur le podium V3, les plus de 60 ans, et il a réussi pour le plaisir de tous ceux qui le connaissent. Titi est juste derrière Maurice sur la photo, ils ne sont pas à la même allure mais leurs regards montrent une concentration semblable. De temps en temps je faisais 500m pour contrôler l'allure de Titi, le système de comptage de l'organisation ne pouvait afficher sur écran les kilomètres parcourus. Titi était sans cesse dans le doute et ne savait pas combien il avait fait. Tout était possible car il tournait à 5'30 au kilo soit 10,9 km/h.
La pluie s'est invitée en fin d'après midi, comme j'étais venu sans objectif, vers 20 heures soit 9 heures de course j'ai fait une très très longue pause.
Dans la nuit quand je suis allé prendre des nouvelles de Titi, il avait très mal au ventre et avait déjà vomi 2 fois. Il est allé se coucher, j'avais l'espoir qu'il repartirait après un peu de repos. Ca n'a pas été le cas, j'étais très déçu pour lui et ma philosophie de la vie, du respect des autres m'interdit de forcer un athlète à courir dans la douleur et m'interdit de hurler sur un coureur quel qu'il soit.
Dans la nuit je suis allé plaisanter avec Pierre-andré et Noël qui alimentaient le suivi du 24 heures sur le site ADDM. Quelquefois j'avais envie de recourir mais je trouvais toujours une excuse pour ne pas sortir de la salle, il faut dire qu'on rigolait bien et quand les ADDM passaient devant la table c'était très sympa de les encourger. Manu tenait toujours les compteurs à jour et ravitaillait les gars et Chantal.
Quand le jour s'annonçait, je me suis dit que c'était l'heure de mon footing matinal alors en continuant de plaisanter, j'ai mis mon coupe-vent car il crachinait et j'ai fait des tours tantôt avec un garçon tantôt avec une fille. Je me suis bien mis en évidence à côté de Chantal au ravitaillement pour la photo. En fait, j'étais lucide mais presque sur un nuage tellement j'étais bien.
Quand je m'arrêtais je demandais si quelqu'un avait besoin d'un coup de main et hop, je courais un ou deux tours pour que celui ou celle qui est dans le dur se mette en confort et ne gère pas le tempo car c'est moi qui le donnait quand je pouvais. Les façons de courir de chacun sont différentes. Certains coureurs ne sont pas en photos ci-dessous mais ils m'ont donné du plaisir à accepter que je courre à côté d'eux. Certains s'en souviennent d'autres pas, le temps d'une course nous avons été très proches, j'en aurais presque le circadien-blues.

Par exemple Renaud me demandait une allure et en fait il était capable d'aller plus vite alors je me suis mis à côté et essayer de voir qu'est-ce qui serait le mieux pour lui. Une allure lente est certes une assurance de ne pas se cramer mais trop lente et elle n'est plus rentable et contrariée. Aux dernières heures quand on sait qu'on a raté son objectif premier, il est peut-être bien de se mettre dans l'allure la plus fluide, c'est à dire celle qui vient naturellement.
Stéphanie qui a fait une superbe marque a été très régulière puisque j'ai tourné un peu à différentes heures à côté d'elle, elle était quasiment tout le temps à 7'30 au kilo, sans jamais marcher, nulle part, même pas dans la bosse. Je suis admiratif de cette régularité.
Chantal, difficile de la manquer, elle a toujours ce sourire, du début à la fin, on ne sait pas quand elle est dans le dur, elle dit que la course commence après la douzième heure, la moyenne sur deux tours donnait la même chose que stéphanie puisque c'était du 15', cependant elle courait en 6'40, marchait dans la petite bosse vers les 650m et aussi vers les 450m.
Dans la dernière heure, fred a recouru à côté de sa soeur et son mari david, le tempo était bon, le classement ne pouvait plus changer, les écarts étaient faits, stéphanie avait 198km et finira avec 206km, j'ai quitté son groupe et j'ai attendu Chantal en sachant qu'elle pouvait faire 200km en ne traînant pas (191km pointé à 23 heures mais sans doute 1km de plus pour passage juste après l'heure. Nous avons ensemble fait des derniers tours de folie, j'ai eu un coup de moins bien, j'ai accéléré pour prendre de l'avance et ravitailler, là Chantal m'a doublé pendant que je mangeais et je n'ai pas pu la rattraper, il ne restait qu'un tour et je l'ai attendue pour le sprint final, nous allions tellement vite que nous avons quasiment fait un tour de plus, sa marque finale est à 201 km 600.
Alors, à la question: "pourquoi cours tu un ultra ?" je réponds, je cours un ultra parce que je croyais être sage et ne plus le faire, j'ai couru à Vierzon dans un premier temps pour être présent et soutenir mon ami Titi, j'ai soutenu Karim qui courait son premier ultra à Millau. Je suis quelquefois entraîneur, quelquefois coureur, quelquefois marcheur, je ne suis pas un coach cassant, j'aime la vie, j'aime courir, j'aime le partage, j'ai aimé faire une boucle avec christian Dilmi sous le regard de ludovic, je n'ai pas couru 24 heures, j'ai participé aux 24 heures de Vierzon et c'était grandiose humainement, j'ai progressé peut-être philosophiquement, j'aime la sagesse et je ne suis pas sage, même sans courir on peut partager avec des circadiens tout en simplicité et le final avec Chantal était inoubliable.