jeudi 19 août 2010

Le voyage à Cap St Jacques (Vietnam)

Quelques photos de mon voyage au Vietnam avec passage au Cambodge.

Le voyage à Cap St Jacques

Il est une chose futile même si on peut croire qu’à la vue du temps que j’y consacre c’est très important pour moi ; cet été avant de prendre mes congés, j’ai couru, beaucoup couru pour commencer une préparation pour Millau avec mes amis et les enfants de l’association courir avec. Plusieurs fois j’ai pratiqué le bi-quotidien pour avoir un kilométrage conséquent. Avant de partir, je me suis pesé, j’ai constaté que je traînais toujours une masse corporelle « désavantageuse ». Je suis revenu de mon voyage, bien que lourdes mes valises ne présentaient pas d’excédent ce qui n’est pas le cas de mon corps qui a encore pris des kilos. Au bilan de la course à pied, il y a des athlètes qui font du tri-quoitidien, c’est simple cela veut dire 3 fois par jour, pour ma part, pour 3 semaines et demi de vacances j’ai couru trois fois, entre trois fois par jour et trois fois en presque un mois on passe du professionnel au diletant. Voilà pour le futile.

Du temps de l’Indochine, les saïgonnais allaient vers l’Est pour atteindre quelques belles plages de sables, Aujourd’hui ce lieu s’appelle Vung Tau mais quelques anciens disent Cap St Jacques.

Quand Papa et Maman ont quitté le Vietnam, cela a été une décision très importante. Les 25 premières passées de leur vie étaient heureuses, avec de beaux enfants, une fille ainée Gabrielle et trois garçons Pascal, William et Robert qui ont suivi. A un peu plus d’un an Robert s’en est allé, victime d’un méningite. Alors avant de partir pour la France, la Famille a fait un voyage à Cap St Jacques, les enfants étaient petits, l’ainée n’avait que 5 ans.

En France, la famille a vécu quelques temps dans un camp de réfugiés dans l’allier, Maman a accouché de Julien, c’est presque un symbole puisque conçu au Vietnam, il était déjà à Cap St Jacques. Plus tard, Papa a obtenu un travail à Châteauroux, la famille s’est agrandie, Je suis arrivé quand Charles De Gaulle est venu visiter la base de Déols et vous avez la provenance de mon prénom usuel, Adrien m’a suivi. Mes frères et moi avons un prénom usuel mais dans l’état civil, Papa a décidé que tous nous aurions le même prénom, c’est pourquoi nous nous prénommons tous Georges. Il disait qu’il suffirait d’appeler Georges pour que tous ses 5 garçons accourent. Maman raconte qu’ils voulaient 2 garçons et deux filles ; le constat c’est qu’ils en étaient à une plus cinq. Elie est né 6 ans après Georges Adrien, ce n’était toujours pas la deuxième fille alors il a bien fallu que Papa et Maman arrêtent, ils n’auront jamais de deuxième fille. Il faut noter que Elie est le seul des garçons à ne pas s’appeler Georges.

Papa et Maman ont vécu presque 50 ans en France.

En 2003, ils ont décidé de rejoindre leur pays natal, c’était encore une décision importante et difficile, Papa malade nécessitait des soins qui devenaient pratiquement impossible financièrement. D’un côté ils s’éloignaient de leurs enfants, des petits enfants et des arrières petits enfants, d’un autre un de mes cousins et sa famille allaient s’occuper d’eux avec énormément d’attention.

Cette année Maman voulait fêter ses 80 ans , mes frères et moi étions partant, pour venir avec nos familles, ensuite elle a changé cela en anniversaire des 60 ans de leur mariage. Cela devenait la fête de Papa et Maman.

De nombreux amis vietnamiens et français ont promis de venir.

Mon frère Julien, sa femme Sylvia, ses enfants Noam, Océane et Maeva sont arrivés les premiers au Vietnam et sont allé visiter le Nord, Hanoï, la baie d’Along puis ont entrepris leur descente vers le Centre et le Sud. Quelques jours après, Mes frères Adrien, Elie accompagné de son fils Robin, Babeth mon épouse, nos enfants Camille, Julien, Pierre, Marie et moi-même avons pris le même vol Paris-HoChiMinh Ville. Maman nous attendait à l’ Aéroport et nous avons filé vers Ben Tre.

Ben Tre est dans le Delta du Mékong à 80 km au sud de Saïgon. Papa et Maman ont fait construire une maison à la campagne sur le terrain de mon cousin qu’on appelle « 9 » cela s’écrit « chien » et cela se prononce « ti-in ».

Notre famille s’est retrouvée à la maison à Ben Tre. Mon papa bien que très affaibli nous a reconnu mes frères et moi et ses belles-filles, il n’a pas reconnu les petits enfants les plus jeunes car ils avaient beaucoup grandi depuis leurs dernière visite.

Le jour même de notre arrivée, nous avons fait une ballade dans la campagne, il faisait chaud. Le lendemain, j’ai fait un footing avec Adrien, Marie et Robin nous accompagnaient sur un vélo.

Nous avons fait un voyage à 8 à Dalat dans un mini-bus 15 places, pendant ce temps Papa est resté à Ben Tre avec une fièvre due à une infection aux poumons.

De retour à Ben Tre, nous avons agrandi notre groupe Julien et sa famille nous ont rejoint. Nous sommes partis à 15 pour une excursion au Cambodge.

Nous avons voyagé toute la journée pour atteindre la ville de Sim Reap presque à l’extrême ouest du Cambodge.

Le 1er août au moment du petit déjeuner mon frère Elie m’a appris que Papa ne s’est pas réveillé. Maman est venue dans la salle du restaurant, j’ai passé le repas à cacher mon émotion. Quand Julien est arrivé un peu plus tard dans le hall en larmes, nous étions enfin les quatre garçons présents pour Maman. Elle nous a demandé pourquoi nous pleurions et ainsi elle a appris. Nous somme touchés parce que Maman est maintenant sans Papa qu’elle a aimé 60 ans.

Adrien s’est proposé pour accompagner Maman pour retourner immédiatement à Saigon puis Ben Tre. Emmanuel un petit-frère de maman qui a été un des premiers à être au courant est venu de Saïgon. Tonton Emmanuel a pris en charge la situation.

Notre famille a continué son excursion un journée sur le site merveilleux d’Angkor, nous sommes rentrés via Pnom Penh.


Les moments qui ont suivi ont été forts en émotion. Notre famille portait un bandeau blanc en signe de deuil. Papa semblait dormir dans son cercueil. Dans le salon à Ben Tre, il y a des photos de la famille, de Papa et Maman, il y en a quand ils sont très jeunes et je veux retenir ces belles images.

Nous sommes allés en car avec les cousins au crématorium. Grand-père paternel était pasteur, Papa et Maman sont chrétiens et citaient : « … poussière, tu retourneras poussière »

Notre regroupe s’est un peu agrandi, Christine ma cousine doublement germaine nous a rejoint et c’est à 16 que nous sommes partis faire un tour dans le Mékong. Nous avons visité Can Tho où la famille de maman avait vécu, nous avons retrouvé l’endroit où il y avait une très grande maison de famille. Nous sommes passés à Chau-Doc au mont Sam, nous avons fait une halte à Saïgon avant de prendre l’hydro-foil pour Vung Tau.

Il y a une petite montagne « nui nho » le plus à l’Est de Vung Tau, qu’on repère avec une grande statue de Christ au sommet, en face une petite île Hon Ba accessible à pied à marée basse avec une petite pagode.

Une partie de notre groupe a fait la sieste (moi surtout) l’autre est allé à la plage.

En fin de journée, quand la plage se vidait, les rochers se sont découvert , la famille s’est mise en marche vers Hon Ba. La progression sur les rochers était difficile. Nous avons grimpé jusqu’aux abords de la pagode, nous avons posé pour une photo, nous sommes redescendus pour être les pieds dans l’eau. La lumière du jour était très faible, la dispersion des cendres de Papa a été un moment très émouvant, j’ai bien regardé autour pour mettre en mémoire ce lieu. Maman a toujours quelqu’un à droite et à gauche pour la soutenir dans les passages difficiles dans les rochers et elle se sent soutenue. Paradoxalement elle dit qu’elle est maintenant seule alors qu’elle le dit à de nombreux enfants et petits enfants qui l’entourent.

Papa a été « énorme », il a attendu notre venue au Vietnam pour partir.
Ce voyage à Cap St Jacques, il avait dit qu’il viendrait avec nous.
Il est venu, Maman disait qu’il fallait qu’il soit dans l’eau, ses cendres vont voyager.


Le lendemain, j’ai fait ma seule vraie sortie de course à pied au Vietnam. Tôt, je me suis éclipsé de l’hôtel, j’ai couru sur la plage, jusqu’à Hon Ba, j’ai dépassé le cap, ce n’était pas joli de l’autre côté, je suis revenu sur mes pas, j’ai grimpé les marches jusqu’à la statue du Christ pour avoir le plus beau panorama. J’ai regardé longuement la petite île de Hon Ba. Petits pincements au cœur ; je ne pouvais pas courir car c’est un site religieux, j’ai donc savouré lentement cette descente vers la mer tout doucement en pensant à mon Papa.

En prenant l’avion à Paris, je savais déjà que je verrai Papa pour la dernière fois, je sais maintenant ce qu’est le deuil, je sais que je pleure de temps en temps mais je ne sais même pas pourquoi. Quand une tante ou un proche ne m’a pas vu depuis longtemps, ils me disent que je ressemble énormément à mon Papa. C’est mon visage qui lui ressemble ; j’ai le caractère de Maman avec la sensibilité de Papa. Quand je pense à un autre de mes frères c’est son caractère qui en ressort ; tous nous avons de tenons dans des proportions différentes des côtés de Papa et de Maman. Papa était doué en musique et en informatique, Maman est une vraie pipelette elle passe son temps à s’occuper des autres. Papa introverti et discret, Maman exubérante, communicative …

Quand je cours, je pense quelquefois aux enfants en joëlette, quelquefois je m’en voulais de ne pas avoir fait connaître cela à Papa. Puis je me dis, Papa et Maman sont partis au Vietnam il y a 7 ans, je ne connaissais pas encore ce moyen de faire courir les autres.

Le voyage à Cap St Jacques a été un grand moment. Papa et Maman étaient venus avec leurs enfants nés au Vietnam avant de partir en France, les quatre enfants nés en France sont venus au Vietnam pour le dernier voyage de Papa et Maman ensemble.

mercredi 14 juillet 2010

Dunes d'espoir, les parents, pilou, paul, michel, franck, christophe,olivier,jean-michel, marie, INES, ELSA,EMMANUELLE et CAMILLE


Ces derniers temps, mes papiers se font rares, ma vie n'est pas compliquée elle est complexe.

Compliquée, cela voudrait dire que c'est difficile, complexe c'est bien ce qui qualifie la mienne, diversifiée, riche; en effet, ces dernières semaines que ce soit professionnellement ou assiociativement, j'ai énormément de travail, je dois fournir beaucoup d'énergie et même si mes responsabilités prennent énormément de mon temps, j'ai réussi à préserver du temps pour courir pour moi-même, pour mon équilibre, pour ma santé et pour mon plaisir.
Depuis deux semaines, du fait de la chaleur, j'ai déplacé mes footings de récupération à la "fraîche" c'est à dire avant la journée de travail. Parce que j'ai participé à des courses je n'ai pas fait de travail de qualité en semaine mais j'ai réussi à doubler (bi-quotidien) deux fois deux fois (non ce n'est pas une faute, une semaine 2 et la suivante 2 si ça peut vous éclairer).

Bon, j'arrête de parler de moi et de ma pratique, j'ai enfin pu courir pour d'autres. Les autres ce sont mes compagnons d'un jour ou plus. En Avril j'étais avec mes amis de courir avec, là, ce Dimanche c'était avec Dunes d'espoir.

Ma vie est riche de ma pratique d'humble coureur, elle est fantastique quand mes athlètes concrétisent des mois d'entraînement, elle est fatiguante avec mes responsabliités professionnelles mais apporte des satisfactions de travail bien fait, elle est pleine de bonheur quand mes enfants me montrent qu'eux aussi se construisent harmonieusement, c'est du bonheur dans l'intimité qu'on ne dévoile pas sur Internet, mes amis, qu'il soient ou non des coureurs nous offrent de bien beaux moments à partager.

Dimanche 11 juillet,
la magie était au rendez vous du "bout du monde" autour et dans la joëlette de Dunes d'espoir. Michel a pris de très beaux clichés et Pilou a produit un papier qui me permet de savourer encore cette très belle journée et je ne peux que vous encourager à aller voir les photos de Michel pas pressés et l'article de Pierre alias pilou.

Photos de Michel pas pressés
Michel a écrit : "Je suis un trailer heureux et chanceux ! Merci Inès, Elsa, Emmanuelle, Camille, et Pilou, Paul, Marie, Charlie, Christophe, Franck, pour ce bonheur que vous m'avez donné de partager sur ce magnifique tracé du TBM ! L'objectif de Dunes d'Espoir est atteint : vous m'avez montré avec une telle facilité que notre différence d'équilibre sur 2 jambes ne doit pas être un frein au partage des rires et des joies à dévaler les chemins tortueux et somptueux de ce bout du monde qui est le nôtre ... "

article de Pilou : joëlette aventure au trail du bout du monde 2010

samedi 26 juin 2010

un marathon organisé par un marathonien qui est à l'écoute des marathoniens

Parce que
lorsque je suis accueilli au marathon de Vannes et au marathon de Cheverny c'est du plaisir, c'est pareil pour mes amis marathoniens que j'entraîne.

parce que
quand je rencontre rené Leroux de Vannes dans un village marathon ou
christian Hurson de Cheverny par exemple, lors de la fête à Plourhan pour le Glazik,
je partage leur passion leur désir de satisfaire les marathoniens

alors je me dois d'écouter ceux qui bichonnent les coureurs, les organisateurs de courses et je dois écouter les coureurs eux-mêmes.

Quand l'organisation comporte des marathoniens qui se sont déplacés un peu partout , en France et à l'étranger, alors le marathonien est bien au coeur de ses préoccupations.

Mon blog peut servir pour que
vous
qui passez par là,
déposiez des recommandations, des idées, des envies.

Sur le forum courir le monde quelques informations sont sorties et sont déjà intégrées à ma réflexion.

sur le forum courir en Bretagne cela devrait commencer à arriver.

Ne vous privez pas de le faire ici.

Nous sommes le 26 juin 2010, le marathon vert Cap Malo Rennes devrait se courir le 26 juin 2011 alors en même temps que vous courez pour rester en forme pour le plaisir ... agitez vos neurones et ensuite venez pondre ce qui sort de votre caboche.

Merci d'avance. un an c'est long mais c'est court vu de ceux qui organisent, préparent.

lundi 21 juin 2010

haile gebreselassié parain du marathon vert Cap-Malo Rennes

Voilà c'est confirmé, Haïlé Gebreselassié va venir au marathon de Rennes.
Pourquoi cacher mon immense plaisir ?

lundi 14 juin 2010

importance, priorité,urgence, la famille, les amis

Certains viennent voir sur mon blog parce qu'il y a peut-être des informations, des avis, des conseils qu'on ne trouve pas ailleurs.
En effet, j'ai la prétention de vouloir apporter une vision personnelle de la course à pied et tant pis si cela existe ailleurs en tous cas je suis fier de faire "chier" ceux qui cherchent des recettes et qui trouvent que mes articles ont un caractère philosophique.
Cependant, ce dimanche il n'était pas question de sagesse puisque la chaîne M6 en quête d'audience, ce qui est normal pour une chaîne de télévision privée a fait passer dans les magazines télé: Zone Interdite "jeux, sport, sexe, peuvent ils s'en passer ?"
Après avoir vu quelques extraits, après avoir bien rigolé avec mes enfants, après avoir digéré ces instants fugitifs de médiatisation avec Oliv, un de mes athlètes, j'ai laissé passer une journée de travail, j'ai dîné à mon hôtel car je suis en déplacement pour le travail et je me suis mis au clavier de mon ordinateur portable.
La télévision a une audience très importante, pour preuve des amis avec qui mon épouse et moi-même n'avions plus de nouvelle nous ont recontactés, au moins cela a un effet réel dans la vraie vie, des retrouvailles.
Maintenant cela me pose une réelle interrogation. L'impact médiatique n'est-il pas un appareil générant une distorsion, une déformation énorme ?
Poser la question, c'est déjà y répondre.
Le reportage sur les addictions a quelque chose de malhonnête car il met sur le même plan, une personne qui a peur d'affronter la vraie vie en cherchant à tout contrôler ou plutôt contrôler ce sur quoi elle peut intervenir, le contenu de son assiette, la suppression des poussières, l'aseptisation de sa salle d'eau, le temps, les quantités par exemple et un père de famille sain qui trouve une once de sérénité, d'équilibre en respirant, en bougeant, en courant, en s'occupant de ses enfants et de temps en temps en allant faire une compétition.
Il y a 52 Week Ends par an, beaucoup de marathoniens que j'entraîne trouve qu'une course est importante mais comme oliv, s'il fallait choisir et renoncer à une course, il n'y aurait pas photo. Concrètement, que ce soit un marathonien ou un trailer que je côtoie dans mon club, il est rare qu'il y ait plus de deux ou trois très grands objectifs dans l'année, alors cela veut dire deux ou trois week ends dans l'année où nous sommes à fond dans notre compétition.
Oliv, Karim, (parisiens) Cédric, Laurent (normands) sont ceux qui cet hiver sont venus en Bretagne pour dormir la veille du championnat départemental et le régional. Sans déconner, cela ne fait que 2 déplacement sen Bretagne. Alors si une addiction commence quand on va deux fois dans son club, alors je n'y comprend plus rien.
Bon reprenons les thèmes titres de cet article. Importance, quand je prépare une compétition sérieusement, je peux affirmer que je cours beaucoup plus qu'oliv, il m'arrive de doubler deux fois dans la semaine. Doubler c'est à dire courir le matin 45' et le soir entre 1h00 et 1h30.
C'est important mais pas autant que la famille et le travail. La famille parce que c'est le plus important dans ma vie et le travail parce qu'il faut bien gagner de l'argent pour nourrir celle-ci.
La priorité découle du classement de l'importance.
Un de mes enfants est mal dans sa vie, il m'est important de le soutenir dans ce passage difficile.
Mon enfant est au début de sa construction, il a besoin des conseils, des avis, des sentiments de ceux qui l'aiment alors il est prioritaire.
Après ma famille, mes amis sont ceux qui sont important et sont prioritaires.
La petite lucarne fait focus sur un de ceux-ci, dois-je oublier les autres. Non.
S'il y a une urgence alors momentanément je m'en occupe et ensuite je reviens aux priorités, aux aspects importants de ma vie.
Tiens, j'imagine certains de mes fidèles lecteurs.
Ils se disent:"charlie n'a pas écrit depuis le trail de Guerlédan".
Commentaire succinct: "charlie n'est pas fier de son enchaînement Guerlédan-Roscoff"
Plus tard quand la bêtise sera presque effacée alors je pourrais revenir sur ce qu'il ne fallait pas faire: 8h dans la chaleur à Guerlédan et 6 jours après un WE trail avec 3 courses 2 jours 1 bivouac, total environ 6h de trail.
En fait, l'émission avec Oliv était amusante à voir avec mes enfants, nous avons bien rigolé mais j'aime bien mettre en avant mes moments simples qui ne passent pas à la télé, ceux passés en famille, je ne les relate pas sur le net, ceux passés avec mes amis à l'entraînement, plusieurs fois par semaine (sans priver ma famille de ma présence car c'est le matin avant le lever des autres, le midi ou le WE alors qu'ils font la grasse mat ) c'est aussi, par exemple le samedi à Melesse suivi de la bibine traditionnelle avec jeanlou, patrice et jilali. Mes sorties trails "off" c'est à dire sans dossard mais avec le camel back, quelquefois la frontale ... mes déplacements clubs pour les courses chez des amis (momo par exemple) ou sur des championnats . Tous ces moments sont des moments de bonheur.
Même ce soir, où je ne cours pas, je pianote sur mon clavier, j'ai du plaisir à laisser vagabonder mes pensées, et bien ce soir, je savoure le temps qui passe et je peux par moment rêver pour le futur ou me remémorer des moments précieux.
Le temps s'écoule de façon différente quand je suis en train de transpirer, souffler, courir, marcher, c'est bien. Là je pense aussi à quelques uns de mes athlètes qui ont tendance à "psychoter", en effet certains sont des hyperactifs et s'ils ne peuvent courir ils sont mal. Moi, je crois pouvoir profiter des endorphines mais aussi de la fainéantise, c'est à dire savourer ne rien faire.
Petit à petit, certains athlètes hyperactifs finiront par sentir qu'il n'y a pas que la composante physiologique qui permet de se sentir bien, il n'y a pas que l'endorphine qui apporte du plaisir, il y a la prise de conscience que dans la pratique de la course à pied, ce n'est qu'une composante de la recherche de l'équilibre. L'équilibre entre la passion et la sérénité. Certains diront qu'un être est complexe, il y a une composante rock and roll et une composante Mozart.
Dans mon équipe, il y a beaucoup de personnalités que j'apprécie, il y a les coureurs performants et encore séniors, il y a les entraîneurs momo, thierry, bruno, il y a les trailers , il y a les marathoniens qui m'ont apporté de belles ou très belles progressions, il y a les modestes, les humbles et chaleureux coureurs et ceux qui arrivent et découvrent la diversité, la simplicité.

mardi 25 mai 2010

guerlédan ... presque

Lundi de Pentecôte, je ne travaille pas, je suis déjà en déplacement alors dans le train qui m’éloigne de chez moi pour aller gagner ma croûte j’écris comme j’aime le faire à chaque fois que j’ai à panser mes blessures à chaque fois que je pense à mon sort qui est loin d’être triste, ma vie est riche d’expériences, de rencontres et d’aventures humaines.
En tous cas, mon corps se souvient, c’est plus que des courbatures, il y a des muscles qui se rappellent à moi, certains n’ont pas été assez sollicités à l’entraînement pour « crier » de la sorte : dans le haut du dos pas loin de la nuque, sur le devant des cuisses, les adducteurs, tout à l’heure en descendant des escaliers avec ma valise pas mal chargée, cela me rappelait mes premiers marathons où je voulais descendre à reculons.

Samedi soir, des Rennais, Franck, Jeanlou et moi sommes allés chez le morbihannais Michel Le Mercier alias momo.

Ce dimanche, c’était une très belle journée commencée très tôt, premier réveil 4h00, je me dis : « c’est trop tôt, rendors toi !». Un peu de patience et nouveau coup d’œil au réveil, Jeanlou respire fort, des mauvaises langues pourraient dire qu’il ronfle, en tous cas, puisque je suis éveillé, au moins moi je ne ronfle pas moi, pourtant j’ai du mal à respirer, une rhinite allergique commence à m’agacer (allons ne cherche pas des excuses à l'avance); il n’est que 4h30, dodo encore STP! Ah les nuits d’avant course, c’est toujours pareil, on dort peu et un rien nous maintient dans un état de semi-sommeil semi-veille.

Heureusement, la pasta party était « maison » c’est à dire que c’est la famille Lemercier, Christelle, Michel et Morgane qui nous choyaient avec des tagliatelles et une sauce à base de saumon ; après la fin de la finale D.Milito-Bayern, rappel Club bavarois 0 Milito 2 buts, nous nous sommes vite mis au lit, donc en gros 23h30-5h30 ça fait bien 6h de sommeil, c’est déjà pas mal.

Bon ce coup-ci, je regarde le réveil, il affiche pile 5h30, je saute du lit, motivé, Jeanlou émet un son qui me fait constater que lui aussi est éveillé, plus tard il dira que le coach a ronflé, cherche t’il des excuses pour la course à suivre ?. Le coach descend pour le petit déjeûner. Très rapidement momo l’autre coach, celui de Noyal-Pontivy arrive à la cuisine et franck aussi car il est déjà d’attaque.

Quand nous quittons la maison le soleil est déjà au dessus de l’horizon, il n’y a aucun nuage, la température est celle d’un matin d’été, cela nous promet de belles vues sur le lac.

Vraiment ce devrait être une belle journée, je suis concentré, je n’ai pas emporté d’appareil photo, j’ai décidé d’être à 100% dans la course, pas à traînasser et à me mettre hors délai, l’année dernière nous avons terminé ensemble, Jeanlou, Patrice et moi après environ 9h20 d’effort, cette année c’est chacun pour soi et aucune excuse pour personne, chacun donnera le maximum.

Nous passons chercher des copains de Momo de son association ADN, Gilles d’abord puis Denis. Nous sommes très en avance sur le lieu de départ, on aurait pu dormir une demi-heure de plus, l’organisation offre un café à tous ceux qui sont là avant le départ, c’est sympa et pas de refus.

Les copains de la diagonale arrivent, Daniel, Michel et Lolo, ce dernier sarcastique me lance: « le charlie qui boit déjà du café qui va le déshydrater !», « pas faux », je me dis, mais … je garde secret des réflexions que je me fais sur nos habitudes « plaisir » plutôt contre-performantes.

Nous saluons quelques bretons du monde du trail, mon club est plutôt présent sur les courses sur route mais je suis fier de montrer mes couleurs car il y a aussi des trailers au JA Melesse, de plus il y a ceux que je rencontre quand je suis Dunes d’Espoir ou bien Courir-avec.

Des débutants sur le long nous donnent le nonjour et nous posons pour une photo, il y a les gars d’ADN, ceux de la JA Melesse et des copains qui s’entraîent à Cesson le midi avec nous, des potes de Bruno Rageau, les bleu-bites pas fiers sont Tango et Jipi. La seule chose vraiment qu’on a fait pour eux c’est de les avoir suffisamment effrayé pour qu’ils ne partent pas à fond et se retrouvent minables sur la fin.

Le speaker nous demande de nous rapprocher pour les consignes de courses, les rvitaillements autorisés ne sont que ceux de l’organisation, il y a 3 ravitaillements boissons et solides au 19ème, 31ème et 49ème, un point d’eau est ajouté au 41ème, il n’y a pas de barrière horaire mais possibilité de couper au 49ème pour revenir en seulement un kilomètre au lieu des 5 de la dernière partie. En fait c’est si on considère que le trail fait 54 km. La réalité c’est que le trail de Guerlédan, on aime, on y revient et on ne sait jamais vriment combien il y a de kilomètres. C’est toujours la même chanson, il y a des gars qui ont un gps, qui n’étant pas très lucides zigzaguent et à la finale ils annoncent fiers ou déçus qu’en fait leur Machin a trouvé 58km.

De toutes façons, je m’en fiche car je ne fais pas de photo alors je pars à mon rythme de course, sans me griller mais quand même je veux faire un temps correct ou bien une place au scratch tout aussi honorable. Mêm qu’avec jeanlou nous nous battrons chacun pour enrhumer l’autre !

C’est le départ, je suis au milieu du peloton mais je trouve que ça ne va pas vite, ce n’est pas grave, je me dis que quand on part pour à peu près 8h ou juste en dessous de 9h on n’est pas à quelques minutes sur les premiers kilos sur le plat. Je m’amuse à regarder autour de moi, je vois les copains momo, franck. Jipi, ne cesse de me dire qu’il a compris la leçon et part très doucement. Combien de fois lui ai-je dit : « on a toujours l’impression que c’est facile alors on se met dans le rouge très tôt »

Ca y est, nous quittons le chemin de halage pour entamer la première montée, celle-là je la connais car nous l’avons grimpée à l’entraînement il y a quelques semaines. Je m’adresse à Franck : « voilà franck, sur le plat je pouvais rester avec toi un peu, maintenant dans la grimpette, si je cours je suis d’emblée asphyxié, c’est là que nous nous disons au revoir et on se voit à l’arrivée ». Franck fera 7h11, il était déjà douché quand je l’ai vu à l’aire d’arrivée. Son Garmin affichera 56,61 km sur GTC alors que le Sportrack trouvera quant à lui 57,81 km.

Agréable surprise, nous n’allons pas jusqu’en haut de la côte gravie à l’entraînement et tournons rapidement sur un sentier à pente douce, je suis content et du coup je décide de ne pas marcher car je suis même en capacité de parler à Momo.

Pendant un bon bout de temps, je suis au niveau de Momo, Jeanlou est loin devant à mon avis, nous avons des descentes très agréables sur des terrains mous et je me sens aérien, je me dis sans cesse : « souffle bien en descente pour aider à ne pas crisper et ne pas commencer à casser tes fibres des cuisses ». Momo et moi partageons cet avis, c’est un moment de course agréable, dans certaines descentes il y a la place pour doubler alors je me fais plaisir à glisser c’est à dire poser les pieds sans choc juste en déroulé tout en restant souple et en allant un poil plus vite que les autres.

Momo décide de partir et d’aller voir Jeanlou, je lui donne mes consignes : « quand tu le rattrapes, vu qu’il est parti trop vite, tu lui ch… dessus et si je le passe je le méprise ». Momo fera 7h56.

Puis vers Gouarec, ce n’est plus le même décor, les sentiers ombragés cèdent leur place à des chemins, la traversée des landes de Liscuis en hauteur offre de belles vues mais la chaleur commence à me cogner sur la tête, j’ai beau avoir une casquette à rabat, elle a beau être mouillée, je ne suis pas bien du tout. Patrice me double dans la montée des landes. Cela ne fait pas encore deux heures de course et j’ai mal à la tête d’avoir si chaud, « boullie », c’est le terme qui qualifie le mieux ma tête. Nous passons par une descente un peu ombragée ce qui est la promesse que le ravitaillement n’est pas trop loin puisqu’il est avant le passage sur la passerelle donc au niveau de l’eau (contraire de hauteur). En fait je me souviens qu’avant la traversée de la Nationale il faut se taper une très longue route en pente douce qui longe la N164, cette route nous amènent à Bellevue. Déjà sur cette partie où on n’est pas encore à deux heures de course, il y a des trailers qui se transforment en marcheurs.

L’air de rien, ce n’est pas un plat pays, en à peu près 19 km d’après le parcours de l’organisation et 20,8 km d’après le GPS de franck, nous avons cumulé 687m de dénivelée positive d’après mon Polar.

Au ravitaillement, je recharge la poche à eau à raz bord, cela fait 2 litres, j’ai encore en tête le souvenir de l’idée d’abandon à cause de ma tête-bouilloire alors même si le prochain est à peine 12km, je préfère en avoir plus que pas assez. Pas beaucoup de temps perdu, Jeanlou avait dit qu’il ne perdrait pas de temps, je tope et note seulement 5’ c’est bien. Le gars Mathieu ne sait pas qu’il me sert de lièvre à distance.

Quand je repars c’est bizarre pendant très longtemps j’entends dernière moi quelques coureurs, la pause m’a complètement ragaillardi, j’ai un très bon rythme et je suis vigilant car je connais ce passage et l’année dernière je me suis pas mal cassé la figure en tapant dans des racines ou des cailloux. C’est la partie du trail la plus roulante, c’est sur le bord du lac, il y a très peu de bosses, je m’enflamme, là je déconne, je me vautre et comme à chaque fois, il y a le côté qui bute et l’autre côté qui se contracte en réaction à la chûte. Ca fait mal, ce n’est pas le choc car il est très faible mais c’est le muscle qui est très dur comme lors d’une crampe. Les traileurs qui me dépassent me demandent s’il faut appeler les secours, « pas du tout » leur dis-je et dans ma tête : « des gamelles j’en ai pris des plus sévères et je me suis relevé ». La reprise à trottiner est douloureuse, je reprends petit à petit le rythme et me met de temps en temps en marche rapide pour éviter les chocs et pour « sentir » les muscles s’allonger, s’étirer sans douleur.

Sans GPS, je sais que bientôt je serai à l’anse de Sordan et c’est là qu’il y a un troquet où nous avions bu un coup à l’entraînement, c’était bière pour les copains et coca pour moi parce que j’avais mal au bide. Euphorique, je dis à tous les trailers autour de moi qu’il y a une plage et un troquet bientôt. Une fille me demande s’il y a des glaces, « sans doute » lui dis-je mais je pense que c’est contraire au règlement que de consommer hors ravito. De toutes façons, elle n’a pas emporté d’argent.

Enfin, le fameux troquet apparaît face à moi, je me dis que j’ai parcouru 5km, bouh, pas terrible l’allure, je croyais que j’allais vite en fait je calcule à la louche, 44’ pour 5km, ça fait du 7 et demi. Tant pis, le ravito, le vrai est normalement 7 km derrière donc ça devrait faire moins ‘une heure. C’était calculé sur la base des informations données dans le Ouest-France du samedi. Juste après le calcul je dépasse deux connaissances Rachel et Laurence, elles sont en train de dire : « dommage, … » , je demande si c’est la chaleur qui est trop dure, Laurence me dit que non ça ne va pas du tout et m’encourage : « vas y charlie ». Bon je continue mon chemin et vais commencer à pas mal marcher car quand on quitte le bord du lac, il y a des montées sur chemins carrossables qui paraissent infinies, tout le monde marche, de temps en temps je me met en marche rapide et arrive à aller beaucoup plus vite. Quand il n’y a plus de cailloux qui pourraient me faire trébûcher, j’essaie de me mettre en état « absence » c’est à dire que je dis à mon corps : « maintenant tu es en mode automatique ce ne sont que les mêmes cycles qui se répètent » et je tente de sortir mon esprit de ce corps en mode « veille-automatique » j’essaie de me projeter de trois-quarts devant et je regarde l’autre répéter ses gestes automatiques. La peinibilité a disparu puisque l’esprit qui est celui qui reçoit les signaux du corps qui endurent n’est plus là il est juste à côté. Cela ne marche pas bien cette affaire, l’esprit revient très vite car en fait, le profil n’est pas régulier, il y a des virages, il y a des légères montées mais aussi des légères descentes. Tant pis, je ne fais pas beaucoup d’économie de « mental », après tout à part la chaleur il n’y a pas tant de difficultés. Les petits encas personnels sont de temps en temps un autre moyen de s’évader. Pour ne pas ingérer que du sucré, j’ai bien sûr les « tuc » mais aussi quelque chose de très peu connu, les prunes séchées sucrées-salées vietnamiennes, j’en prends une par heure et je n’en ai pris que 8. Quand je prend le sachet qui les contient, je compte et cela me donne une idée de ce qui me reste à endurer.

Pas question de traîner, je continue de minimiser les moments de marche lente et je double quand je fais de la marche rapide. Dans un passage lent, je constate quand même que je suis cuît, tanguy me rattrape et nous échangeons un peu.

Dans cette phase, un epu au dessus du lac, j’ai l’illusion d’avoir doublé et doublé et j’arrive à la montée le long du barrage, je suis très content et confiant car le ravito est derrière, je me souviens c’est à Mûr de Bretagne. Au moment d’appuyer pour grimper la première marche, j’ai une crampe terrible à l’adducteur gauche, je m’assois sur la marche, je tends la jambe c’est terrible, je la plie c’est également très douloureux, je change de fesse d’appui et c’est l’adducteur droit qui crampe, j’ai les deux adducteurs qui me font horriblement mal. J’essaie de m’accroupir c’est pire. Je souffle fort pour me calmer, ça diminue et je commence à masser les deux muscles douloureux. Pas mal de trailers que j’ai doublés me demandent s’ils peuvent faire quelque chose, « non, merci » leur réponds-je et certains ont l’air mal, je les réconforte en leur disant que le ravito est derrière le barrage.

Ma montée se fait marche par marche, je fais attention à présenter mon genou et mon pied aligné à la verticale, j’appuie sur ma cuisse bien perpendiculairement pour ne pas solliciter l’adducteur. Ca passe !

Au plus haut de la montée, je m’aperçois que le ravito est très loin, je recommence à trottiner dans la descente.
Avant le ravito il y a une partie bitûmée alors je prends une foulée facile et double les traileurs qui étaient passé lors de mes crampes, je les taquine en disant : « je vais tout boire et ne rien vous laisser au ravito ».

Même attitude qu’aux autres pauses, je remplis ma poche à eau complètement et je repars. Toujours la même envie d’y aller juste après de longs moments de doute, c’est dingue cet effet ravito, en fait cela donne à chaque fois un objectif intermédiaire et une fois attends il y a un sentiment de réussite et on repart « plus fort ».

Pour continuer, il y a un passage à l’ombre en descente puis nous atteignons un centre de vacances où j’avais passé un WE avec mon association courir à st grégoire il y a dix ans. Juste après le passage sur le parkig du centre de vacances commence une longue traversée au soleil de ce que nous appelerons le pré, il faut passer dessus ou dessous des fils electriques, ça ce n’est pas trop embêtant, par contre d’être en plein cagnard, cela m’a occis. Depuis le ravito j’étais en compagnie d’une feminine bien régulière, c’est presque un pléonasme, sur les descentes nous étions à la même allure et sur les montées légères je continuais à courir alors qu’elle marchait. Dans le pré, elle est passée devant et puis, je ne l’ai vue qu’à l’arrivée elle a fait moins de 9h00 alors que pour moi c’était le début de la chûte de l’allure.
Le passage dans le pré m’a occis et je savais que c’était bientôt le début des passages les plus durs du trail.
C’est à partir du moment où nous avons quitté le bord du lac, que nous avons enchaîné des montées et des descentes avec des vues magnifiques. Ces montées, je les abordais avec de moins en moins de force musculaire, là je sentais mon « surpoids » c’était démotivant, de plus j’appréhendais le passage du rocher de Trégnanton où l’année dernière j’avais de terribles crampes et j’étais passé en rampant tantôt sur le ventre tantôt sur le dos, au judo on appelle ça la crevette.
Cependant, j’ai eu la surprise de passer l’endroit tant redouté et je constatais que le chemin me faisait descendre vers le lac, signe que j’approchais du ravitaillement.
Cette descente je la faisais tranquillement en déroulant pour ne pas casser un peu plus mes quadris et me projetais déjà sur la dernière descente vers bon secours. D’après la carte dans le journal, le dernier ravito était au 49ème et la fin au 54ème, je me souviens que l’année cette dernière partie m’avait semblé très courte comparativement à la partie entre Mûr et Bellevue.
Arrivé au niveau du lac, je me suis interrogé pour aller me rafraîchir, il y avait des jeunes qui plongeaient depuis un ponton. Puis, j’ai vu une carte du Lac avec le fameux point rouge, « vous êtes ici ». Misère de misère, j’étais loin de Bellevue, je ne comprenais pas. Un gars de l’organisation s’est rapproché et m’a dit : « au GPS il paraîtrait qu’il y a 58 km, ceux qui sont passé ici affichaient 48km donc si vous marchez et en plus la partie qui vous attend est dure, avec de la caillaisse, ardoise, carrière de bellevue, il doit vous rester environ deux heures et demie ». J’ai dit tant pis je n’ai pas envie d’attendre dans un minibus une plombe alors je continue le trail. La dessus, il m’a proposé de partir de suite car nous n’étions qu’à 5 minutes du village. En effet quand on fait par la route et en véhicule motorisé, c’est rapide.
Voilà le fin mot de mon histoire, je suis monté dans la navette car après 8h de trail, ça me faisait ch… d’arriver 10h30 et l’année dernière il n’y avait même plus de bière après 9h20. De plus pas de Jeanlou en vue, je n’aurais pas l’opportunité de le doubler. Dans ces cas là, tout ce qui passe par la tête est bon pour justifier un abandon.
Je suis arrivée sur la ligne et j’ai déposé mon dossard pour qu’il sache que j’étais hors course, c’est très embêtant pour un organisateur qui croit qu’un gars est encore sur le parcours alors qu’il est rentré. En effet, des gars se sont arrêtés à leur camping-car qui était sur le bord du parcours, c’est une invitation quand il fait chaud de ne pas repartir mais s’ils ne préviennent pas l’organisation cela peut entraîner des recherches inutiles.
Bon après ça, mon ami jean-paul couétil coach à l’EAPB m’a offert une bière, j’ai vu arriver des gars que je connaissais, Gilles alias Gillinc en 8h40, dans sa préparation il a fait un truc que je n’aurais pas fait et cela ne l’a pas pénalisé, Patrice est arrivé juste derrière. Michel qui avait bouclait la digonale cet automne en 38 heures devait être très abîmé parce qu’il a déclaré : « la réunion c’est dur, mais là, aujourd’hui j’ai plus souffert ». Comme quoi après avoir eu la cabôche bouillie, on peut dire des choses surréalistes : « Guerlédan fait plus souffrir que la diagonale des fous ». Lolo et un autre vieux trailer sont arrivés au delà des 9h00. J’ai aussi rencontré des gars qui ont abandonné. JeanLou est arrivé au bout de 9h40. Evidemment il avait les mêmes mots : « c’est n’importe quoi, il ne faut pas venir avec une préparation de mickey … pas de plaisir » j’aurais dû l’enregistrer l’année dernière et j’aurais eu la trace des mêmes propos.

C’est bizarre, mais moi qui ai abandonné, je ne suis pas si mécontent de mon trail.
Au lendemain du trail de Guerlédan non accompli, mon corps se souvient. Il est passé une journée et je sens le début de la récupération, hier je doutais que je pouvais recommencer un ultra-trail et là, alors que je boucle ce papier, je suis tout simplement bien. Prêt à recommencer, peut-être différemment, mais oui, je le referai.


lundi 17 mai 2010

dépassement ou accomplissement ?

Jérôme a le don de susciter la réflexion sur le sens de mon engagement dans la course à pied et bien au delà de la simple recherche de performance. Dans ses derniers commentaires il demande assez simplement quel a été le chrono du marathonien et de façon tout aussi simple : "que devons nous chercher le dépassement ou l'accomplissement ?".

A la première question, la réponse est immédiate, c'est un temps brut 2h50'37.

La deuxième question est celle qui va nécessiter un plus long développement.

En liminaire, j'évoquerai quelques athlètes que j'entraîne, il y a, vous vous en doutez, des profils très variés et cela aboutit à des motivations bien différentes dans la pratique de la course à pied.
Il y a celui qui ne cherche pas un accomplissement de soi. Il y a celui qui ne cherche pas à se dépasser. Il y a celui qui croît qu'il atteindra son accomplissement s'il se dépasse et celui qui s'est peut-être dépassé et n'a pas atteint son accomplissement.

Parmi ceux que je n'entraîne pas, il y a des athlètes qui ont faim, faim de gagner pour eux et pour subvenir aux besoins de leurs proches. Il faut intégrer cela à notre réflexion.

Parmi ceux qui n'ont pas faim, il y a des coureurs qui croient qu'ils ont des capacités limitées et leur motivation est de participer à une course qui leur paraît inaccessible alors terminer c'est déjà se surpasser.
Dans mon club, des débutants arrivent en début de saison, ils veulent courir avec les expérimentés avec les conseils des entraîneurs et petit à petit ils se décident et participent à des épreuves locales. Au tout début, juste alterner course et marche c'est déjà se surpasser.

Passons aux athlètes qui prennent une licence sans savoir pourquoi ou peut-être juste parce que chez nous c'est naturel d'être suivi par un entraîneur formé au club et diplômé par la FFA hors stade. Au départ moi-même je ne savais pas trop quel était mon objectif. J'ai pris ma licence car je trouvais ça complètement naturel d'être dans le club de mon entraîneur Christian Delerue. Il n'était pas question d'accomplissement mais sans doute de façon floue, je cherchais un dépassement, cela se concrétisait par la volonté de faire des chronos. Est-ce lié au besoin de prouver qu'on existe au travers du regard des autres ? Nous avons souvent besoin de repères comme des notes à l'école; des records en compétition nous placent quelque part sur une échelle et ceux qui rêvent d'absolu peuvent chercher à atteindre le sommet d'une hiérarchie, être le premier de la classe le patron du peloton, le président de ceci voire le président de la République.
On va monter sur un estrade, un podium, les autres nous verront nous applaudiront.

Un athlète de haut niveau voudra devenir champion du monde. Un athlète de niveau national voudra faire les minimas. En fait, tant qu'il y a de l'espoir, on veut se surpasser, pour être meilleur que celui d'à côté et déjà meilleur que soi-même.

Faisons un bref résumé en ne gardant que le marathon qui est le symbole du surpassement pour beaucoup.

Pour cette année sportive commencée le 1er septembre 2009, je retiendrai :
- Karim Atiki au marathon de Berlin fin septembre 2009, il a battu son record personnel 2h36'56 au lieu de 2h38'27, je ne crois pas qu'il a considéré s'être surpassé et pourtant il en avait envie mais ce ne fût pas un accomplissement, sa peformance l'a décu, d'ailleurs il veut y retourner et claquer un nouveau chrono.
- Thierry Collen et Bruno Rageau sont à mettre à part, ils sont coureurs, certes, ils ont amélioré leurs records tous les deux à Reims, thierry en 2h54'16 et bruno en 3h17'31. Ils sont à part parce qu'ils doivent s'entraîner pour eux alors qu'ils ont des gars à suivre et cela leur prend beaucoup de temps et d'énergie. Pour eux qui sont plus tournés vers les autres, c'est difficile de se surpasser car cela veut dire qu'on est centré sur soi le temps de la compétition mais nous savons que la préparation avant la compétition est aussi importante alors que leur nature est centré sur ceux qu'ils entraînent. En tant que coach de coaches je dois trouver le dosage et le moment très précis qui permet de séparer l' athlète de l'entraîneur. Tout le temps qu'ils resteront compétiteurs cela sera compliqué.
- Alain Martin avec seulement ses quatre séances par semaine a encore réussi à battre son record lors du marathon de Reims en octobre 2009, c'est aussi quelques minutes mais c'est quand même difficile de faire 3h18'42, je me rappelle qu'il n'y a pas longtemps au championnat de Bretagne de cross, alain était arrivé quasiment dernier et avait vu passer les champions qui lui mettaient un tour. Alain vient de passer vétéran mais il est encore de ceux qui vont aller chercher les secondes à l'entraînement. Même s'il vient de faire une sortie trail avec mes copains, je ne lui conseillerai pas de devenir comme nous "les vieux".
- Cédric Faucon qui nous a fait une performance énorme 2h35'38 au marathon de Paris, il a été au taquet de bout en bout et du coup son ami lolo s'est surpassé pour ne pas se faire bouffer par le jeune, ce qui a abouti aussi à un record personnel pour le vétéran 2h33'57. Dans la bouche et dans la tête de ces deux là il n'est nullement question d'accomplissement mais tout simplement ils veulent être devant, gagner, gagner des places, gagner des secondes et des minutes et pour cela ils cherchent le dépassement... de soi, cela va de soi.
- Olivier Bersot, première licence premier marathon avec le club à Reims et ... pas top, pas grave, première saison de cross, départemental et régional en Bretagne, il apprend la modestie du débutant crossman et au printemps il claque son record personnel 2h54'13. En regardant ses chronos, ce qui en ressort c'est que le garçon a super bien optimisé sur le marathon et il va falloir qu'il se dépasse sur 10km et sur semi. A ce jour il n'a pas encore engrangé de chrono officiel sauf sur marathon.
- Christophe Treuil blessé cet hiver a repris le chemin du marathon et à Sénart il a couru la distance sans faire de performance notable, nous savons qu'il est capable dans un futur proche de tout donner et qu'il faut aussi être patient.
- Bruno Charles et moi devons avoir une discussion sur comment il a vécu les dernières semaines avant le marathon, nous savons que ce n'est pas l'envie qui manquait mais l'environnement de son marathon était très personnel et il est des choses dont on n'a pas envie de relater sur un blog "public".
- Anthony Davoury a eu sa dose de patience car depuis un an il n'avait pas réussi de marathon, son chrono datait de La Rochelle 2008, suivaient Poitiers et Reims "moyens" et au marathon du Mt St Michel il avait un double objectif, battre son record et faire le temps de qualification en sénior c'est à dire 2h45'00. Il a bien battu son record personnel mais le vent l'a empêché de concrétiser un bel entraînement. pour quelques cinquante secondes. Nous l'avons déjà dit, plusieurs minutes ont été ajoutées à pas mal de chronos (johnny et franki en 2h36 et 2h37 alors qu'ils visaient en dessous de 2h30) ce qui fait croire que pour Anthony, la prochaine fois sera peut-être la bonne.
- Benoît Blanchard a été à la source de mes dernières réflexions, mais j'attire votre attention sur le fait que benoît est un ancien excellent compétiteur de marche athlétique, ce qui amène au geste technique et bien sûr le ressenti de la foulée "parfaite" , pour benoît le surpassement revêt automatiquement un caractère différent des autres, la boucle est bouclée, nous avons commencé par Karim qui était judoka qui du coup est un crossman et il sait toujours s'arracher dans la boue puis sur le bitûme et nous terminons avec Benoît "serein" qui avoue ne pas être bon en cross mais qui à mon avis est attiré par la course "accomplie" ce sera un prochain marathon.
Peut-être que si vous cherchez bien vous découvrirez un message envoyé à certains qui ne sont pas dans ce bilan de marathon, je suis pour que ceux qui peuvent encore se surpasser ne fassent pas semblant ... J'ai aussi des amis qui cherchent des course accomplies, nous en parlerons de vive voix dans la vraie vie.
Jérôme, puisque tu me lis, je te réponds personnellement: "cherche encore le dépassement !"